Société

Morts de la rue : « personne ne devrait être enterré seul »

Crédit photo: Copyright - le Collectif les Morts de la Rue
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Dans plusieurs pays européens, dont la Belgique, le 1er novembre est le jour associé à la fête catholique de la Toussaint, un jour férié qui est traditionnellement marqué par des visites dans les cimetières, par le recueillement sur les tombes des proches décédés et par le fleurissement de leur sépulture. Phénomène discriminant, le sans-abrisme n’offre pas la même fin de vie à tous les citoyens. Se retrouver sur le bitume reste un état honteux et y mourir d’autant plus. Et pourtant ne pas respecter le départ de quelqu’un par le rituel induit un manque d’humanité. Depuis 15 ans, le collectif les Morts de la Rue s’emploie à rendre la dignité du départ à des personnes sans domicile fixe. D’après son bilan, 518 cérémonies ont été organisées pour les sans-abris décédés sans toit entre 2005 et 2020.

Depuis 2006, le Collectif les Morts de la Rue, dont l’Asbl Diogènes assure la coordination, agit pour saluer dignement les sans-abris en Région bruxelloise qui meurent dans la rue. Aujourd’hui, il fait le bilan et revient sur quelques événements et chiffres marquants de ces 15 dernières années. Selon les données du collectif dont nous avons eu connaissance, entre 2005 et 2020, 518 cérémonies ont été organisées pour les morts de la rue, dont 294 par ou en collaboration avec le Collectif (57%). Ce dernier tente toujours d’impliquer la famille dans ces événements. En outre, 144 personnes ont été rapatriées vers leur pays d’origine. Il s’agit principalement de personnes venant du Maroc et de la Pologne. Si la plupart des cérémonies d’adieu sont prises en charge par les communes (52%), un nombre important d’entre elles sont payées par les familles du défunt (43%) ; 3% sont également financées sur fonds propres de la personne décédée. Outre l’organisation de funérailles individuelles, le Collectif des Morts de la Rue coordonne chaque année une cérémonie en hommage aux personnes décédées l’année précédente.

Les oubliés de la crise sanitaire

D’année en année, le nombre de décès parmi les sans-abris en Région Bruxelloise ne cesse d’augmenter. Si en Belgique, il n’existe aucun chiffre officiel concernant le nombre de personnes vivant dans la rue, il existe une certitude : l’épidémie de Covid-19 les isole encore un peu plus. Les services de santé et administratifs sont moins facilement accessibles et le reste de la population les tient plus que jamais à distance. Les sans-abris font partie des grands oubliés de la crise sanitaire. Et pourtant, le risque épidémique rencontre l’urgence sociale.

Travail de rue avec les personnes sans-abris. Crédit-photo: asbl Diogènes

Un adieu humain et digne

« Souvent lorsque l’on est dans la rue, la honte mêlée à une perte de confiance en soi vous fait disparaître des radars. Les familles ne retrouvent bien souvent leurs proches qui errent dans la rue qu’à l’annonce d’un décès. Et pourtant, bouleversées, ‘je ne veux pas qu’il soit enterré comme un chien’ est leur crainte que nous entendons le plus souvent », nous explique Benjamin Ntabundi, travailleur de rue chez Diogènes et membre du Collectif les Morts de la Rue.

« Nous ne sommes pas des magiciens, mais personne ne devrait être enterré seul ! Une bougie, une fleur, un texte, de la musique, grâce au travail de nos bénévoles, nous organisons des cérémonies simples, mais qui permettent au défunt de quitter ce monde accompagné d’humanité, parce que le vrai tombeau d’un mort, c’est aussi la mémoire des vivants ».

Un toit pour tous

« Les habitants de la rue ne décèdent pas plus en hiver qu’en été. Ce constat indique qu’il faut s’écarter d’une politique du thermomètre et proposer de réelles solutions structurelles, amenant un changement profond et durable pour les personnes sans-abri et leurs conditions de vie », poursuit Benjamin Ntabundi.

Le logement constitue l’un des besoins essentiels les plus élémentaires de tout être humain, au même titre que la nourriture et l’habillement. En conséquence, le droit au logement a été consacré comme un droit fondamental de la personne humaine, tant au niveau international, dans La Déclaration universelle des droits de l’Homme du 10 décembre 1948, qu’au niveau national, dans notre constitution, et régional. Si ce droit vient à être bafoué, c’est toute la dignité de la personne qui en est atteinte. Or, les personnes qui ne disposent que de ressources financières limitées sont plus souvent lésées dans leur droit à un logement décent. « Sans adresse, vous n’existez pas. Nous nous sommes donc battus pour que les personnes sans domicile fixe aient la possibilité d’avoir une adresse de référence auprès des CPAS, ce qui leur ouvre le droit d’être réintégrées dans leurs droits. Mais, l’étape suivante pour se reconstruire socialement, c’est d’avoir un toit. Et l’arsenal législatif ne manque pas ! Nous plaidons donc pour une réduction des listes d’attente pour les logements sociaux, pour l’augmentation du revenu minimum proportionnellement au coût d’un logement décent et pour l’élargissement de l’offre de solutions de logement et d’accompagnement sur mesure des personnes sans abri. Personne ne devrait ni vivre ni mourir dehors ».

 

Vous souhaitez devenir bénévole et soutenir le travail du collectif les Morts de la Rue ? Vous pouvez envoyer un mail àinfo@mortsdelarue.brussels.

Plus d’infos sur le site internet :www.mortsdelarue.brussels

 


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