SOCIETE

Suicide assisté : Mourir dans la dignité au cœur des débats en Italie


Le Parlement italien a entamé, lundi 13 décembre, l’examen du projet de loi sur la dépénalisation du suicide assisté. Porté par la coalition de centre gauche au pouvoir, il est fortement décrié par les partis de droite et les associations pro-vie. Au mois d’août dernier, un référendum sur la légalisation de l’euthanasie atteignait pourtant les 750.000 signatures, soit bien au-delà du seuil de prise en considération qui est de 500.000 signatures. Dans la foulée, le 23 novembre, la justice italienne a autorisé pour la première fois l’euthanasie. La décision est un véritable séisme dans un pays encore profondément influencé par l’Église catholique, mais laisse un vide juridique qu’il appartient à présent aux autorités de combler.

Mario (43 ans), ancien chauffeur de poids lourds, tétraplégique et cloué dans un lit depuis onze ans à cause d’un accident de la route, pourra mettre fin à ses jours accompagné par une équipe de soignants. Souffrant d’une « condition irréversible », il est le premier Italien a pouvoir bénéficier d’un « suicide assisté » par le corps médical. C’est l’aboutissement d’une longue bataille juridique portée par l’équipe d’avocats de l’Association Luca Coscioni. Les modalités concrètes et la date de ce suicide assisté restent cependant encore à définir.
La décision du Comité éthique italien fait l’effet d’un tremblement de terre mais elle laisse un vide juridique déclarant uniquement illégal un article du code pénal punissant les personnes qui apportent leur aide au suicide assisté. Actuellement, la loi italienne punit l’aide au suicide d’une peine allant de 5 à 12 ans de prison.

Copyright – Mgr Vincenzo Paglia, président de l’Académie pontificale pour la Vie – www.vatican.va

Une loi pour mourir dans la dignité

La Chambre des députés italienne a commencé, lundi 13 décembre, à débattre d’un projet de loi intitulé « Dispositions relatives à la mort volontaire médicalement assistée ». Compte tenu de l’agenda parlementaire très chargé, le débat, à peine entamé, reprendra en février 2022 et le texte sera alors soumis au vote. Mais pour le pays, il s’agit bien d’un tournant majeur sur ce dossier ultra-sensible. Mario Adinolfi, président du petit parti chrétien Popolo della Famiglia (Peuple de la famille), a dénoncé de son côté « une campagne de marketing pour la culture de mort ».

L’Académie pontificale a également réagi : « en ce qui concerne le cas de Mario, la souffrance causée par une pathologie telle que la tétraplégie est certainement compréhensible, mais « la légitimation de l’assistance au suicide, voire du meurtre consenti, par principe, ne pose-t-elle pas des questions ou des contradictions à une communauté civilisée qui considère le défaut d’assistance comme un crime grave et qui est prête à lutter contre la peine de mort ? »
Pour l’Académie, « il devrait y avoir d’autres moyens pour une communauté d’assumer la responsabilité de la vie de ses membres, en encourageant la considération que la vie elle-même a une valeur ». Le vice-président de l’Union des Juristes catholiques italiens, Vincenzo Bassi, a pour sa part présenté ce suicide assisté comme une « défaite » et comme le signe de « l’incapacité de notre société à être proche des gens et à leur transmettre du sens, même dans une situation difficile comme celle d’une personne malade qui ne peut pas se déplacer ».

Mourir sur ordonnance, jusqu’où ?

Entre les revendications claires des patients, le support du aux familles, l’implication des équipes soignantes et le serment d’Hippocrate presté par les médecins (ndlr : Je respecterai la vie et la dignité humaine), le débat médico-légal sur l’euthanasie porte également une interrogation d’ordre philosophique : Peut-on mourir sur ordonnance et jusqu’où ? Si pour ses partisans, en effet, le droit à l’euthanasie est un véritable « acte d’humanité », pour ses adversaires, « l’aide médical à mourir est une mort provoquée et tuer n’est pas soigner ».

Placée au carrefour des questions morales, religieuses et politiques, l’euthanasie divise véritablement les Européens dans la mesure où l’article 2 de la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH) protège le droit à la vie. Saisie de la question en  2002, dans l’affaire Pretty contre Royaume-Uni du 29 avril 2002, où une citoyenne britannique demandait à mourir dans la dignité, la CEDH n’a pas tranché. Elle a renvoyé aux Etats-membre le soin d’encadrer juridiquement a fin de vie.

Ainsi, aujourd’hui, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg font office d’exception en la matière. La majorité des pays européens ne reconnaissent pas l’euthanasie (ou suicide assisté). Nombre d’entre eux cependant tolèrent implicitement ou explicitement l’abstention de soins (l’euthanasie passive ou le droit au « laisser mourir »).

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