La secteur culturel se rebelle en choeur et les Belges le soutiennent

Journaliste / Secrétaire de rédaction
Ils étaient 5.000 ( 15.000 selon les organisateurs) dimanche à manifester leur soutien au secteur culturel au Mont des Arts à Bruxelles, des milliers à Liège aussi répondant à l'appel du cinéma frondeur liégeois Les Grignoux. BELGAA la suite de la manifestation bruxelloise qui vient de débuter, les cinémas Grignoux à Liège avaient lancé un appel à rassemblement ce matin devant le cinéma Sauvenière et des centaines de partisans et d’amis ont répondu à l’appel en faveur d’une culture libre accès. A l’instar de ces actions de résistance, les théâtres prennent le parti de rester ouverts, eux aussi, malgré les restrictions imposées dès ce dimanche, le National ou le Théâtre de Namur, entre autres ont décidé de suivre. Ce dimanche, le Cref, le conseil des recteurs des universités francophones a tenu à apporter son soutien au mouvement de résistance du secteur culturel.
Plus que jamais, il faut rappeler que la culture n’est pas ce luxe qui s’ajoute au bien-être économique et sanitaire (…), elle est au cœur de nos vies
Ce dimanche, le Centre Culturel d’Uccle, en accord avec son Conseil d’Administration et l’Echevine de la Culture a pris la décision de rester ouvert et de maintenir toutes les représentations du spectacle « Venise sous la neige ». « Par cette action, nous avons le sentiment de jouer pleinement notre rôle d’institution culturelle », explique-t-il. Toutes les représentations prévues du mardi 28 au vendredi 31 décembre sont également maintenues.
« Devant les dernières mesures prises, injustes et infondées, nous poursuivons notre combat pour que nos lieux restent ouverts et que nous puissions y accueillir tous les publics. Nous nous lions donc aux acteurs culturels namurois pour contester les dernières mesures annoncées par le Comité de concertation », poursuivent les responsables. « Durant des mois, nous avons suivi les directives et expertises scientifiques dans le but de participer à l’effort collectif contre le Covid. Aujourd’hui, la fermeture imposée ne semble pas cohérente au vu de l’avis des experts et des autres mesures mises en place. C’est pourquoi nous décidons de rester ouverts. »
A Liège et à Bruxelles, la culture STOP aux restrictions
En parallèle à la manifestation bruxelloise organisée cet après-midi et où plusieurs centaines de personnes ont également répondu présents, plusieurs centaines d’autres se sont rassemblées ce dimanche matin devant le cinéma Sauvenière, l’un des trois cinémas Grignoux de Liège. Une manifestation en soutien au monde culturel qui prend place très symboliquement devant un des établissements des Grignoux, qui ont les premiers lancé le mouvement de résistance au lendemain de la décision de fermeture du monde culturel prise par le comité de concertation. « On ne cèdera plus, il faut tenir bon », confiait dans la foule des Namurois venu soutenir l’action du cinéma dont il est un habitué à Namur via le Cameo.

Rassemblement à Liège ce matin, devant le cinéma Sauvenière (Grignoux).
La résistance culturelle en marche
En outre, la CTEJ (Chambre des Théâtres pour l’Enfance et la Jeunesse), « comme tous les acteurs culturels, a décidé de poser un acte politique de résistance en refusant de respecter des décisions arbitraires non fondées sur des données scientifiques objectives en terme de contamination du Covid-19 », explique Aliée Laurent au nom du CTEJ. « La CTEJ et les Fédérations culturelles rappellent inlassablement que de nombreuses études attestent que les lieux culturels ne sont pas des lieux de contamination a fortiori lorsqu’ils accueillent des publics assis, masqués et qui ne parlent pas pendant une durée limitée ».
La CTEJ refuse de cautionner une décision politique issue d’un marchandage scandaleux et d’une politique politicienne qui ne constitue en rien une vraie politique sanitaire rationnelle et proportionnée au risque. En conséquence, la CTEJ a décidé de maintenir le Festival Noël au Théâtre dans son ensemble du 26 au 30 décembre 2021 et du 4 au 7 janvier 2022 et ce, en étroite collaboration avec ses partenaires lieux, qui appliquent depuis le début de la crise des protocoles stricts et ont investi d’énormes ressources financières et humaines pour permettre l’accueil des publics en toute sécurité.
Les mesures sanitaires en vigueur avant la décision de fermeture du secteur culturel prise par le Codeco le 22 décembre dernier seront strictement respectées. Par ailleurs, « La CTEJ exprime son soutien envers toutes les actions pacifiques de résistance entreprises par le secteur culturel contre les décisions injustes qui le frappent », ajouter, pour la CTEJ et le Festival Noël au Théâtre, Alizée Laurent.
Le soutien des universités francophones
Face à ce bouillonnement de culture en marche, le Cref, le Conseil des recteurs francophones a tenu a réagit et à apporté son soutien à la résistance en cours. Il est composé de Annemie Schaus, Rectrice de l’Université Libre de Bruxelles (ULB) et Présidente du Cref, Pierre Wolper (ULiège), Vincent Blondel (UCLouvain), Philippe Dubois (UMONS), Annick Castiaux (UNamur), Pierre Jadoul (USL-B).
Dans la suite des vives réactions suscitées par la décision gouvernementale de fermer les théâtres, les cinémas et les salles de concert, les recteurs et rectrices des universités francophones souhaitent rappeler que la culture n’est pas le problème mais la solution.
« Alors que la culture est souvent jugée trop éloignée des besoins premiers comme des défis économiques et sociétaux, elle s’avère être au contraire un puissant moyen pour sortir de la souffrance et de la crise. Plus que jamais, il faut rappeler que la culture n’est pas ce luxe qui s’ajoute au bien-être économique et sanitaire. Prétendument située à la marge de nos sociétés, du côté des seuls loisirs, elle est au cœur de nos vies », explique le CREF, par voie de communiqué.
Et de poursuivre: « On peut même dire qu’elle est un besoin vital, car elle contribue à donner du sens à nos existences, surtout quand ces dernières sont ébranlées. La culture nourrit le débat, apporte de la nuance, encourage l’ouverture à la différence et à la diversité, contribue à la compréhension de la complexité. Tout comme l’enseignement et la recherche, elle concourt à l’émancipation de l’être humain et à l’acquisition par celui-ci de son autonomie intellectuelle, socle de toute démocratie et horizon de toute université. Pour toutes ces raisons, les recteurs et rectrices des universités francophones apportent tout leur soutien au monde culturel qui ne peut être la variable d’ajustement dans la crise sanitaire que nous traversons.»
Et maintenant…on continue
A noter que le Théâtre de Namur, à l’instar aussi du National, à Bruxelles resteront ouverts malgré tout. Il s’agit bel et bien d’un authentique acte de résistance de tout un secteur en souffrance depuis plus d’un an et demi. Preuve s’il en fallait encore, du ras-le-bol de la gestion yo-yo de la pandémie dont le politique, et donc, les citoyens, ne semblent pas bien envisager la fin.
– Crédit: Baldelli
