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Afghanistan : la Résistance d’Ahmad Massoud en appelle à la communauté internationale


Première étape d’une longue série d’entretiens, le 13 janvier dernier, ils rencontraient l’ancien Président de la République Française François Hollande à Paris. Les représentants internationaux du Front National de la Résistance (FNR) en Afghanistan demandent à l’Europe son soutien dans la lutte pour la démocratie dans le pays et contre le terrorisme international. Depuis la prise de Kaboul par les Talibans, le 15 août dernier, le mouvement d’opposition armé d’Ahmad Massoud est fermement décidé à reprendre le pouvoir. Nous avons rencontré Ali Meysam Nazari, le chef des relations extérieures du FNR, de passage à Bruxelles ce mardi.

De retour au pouvoir en Afghanistan, les Talibans ont gouverné le pays de 1996 à 2001, imposant une interprétation radicale de la charia. Le Front National de la Résistance (FNR) ou Résistance du Panchir est une alliance militaire créée en Afghanistan en juilletdernier. Elle se compose d’anciens membres de l’Armée nationale afghane, de l’Alliance du Nord et d’opposants au mouvement islamiste. Cette alliance a été mis en place en réponse à la prise de pouvoir des Talibans suite au retrait du pays des forces armées américaines.

Ali Meysam Nazary en est le porte-parole à l’étranger. Il est considéré comme le bras droit d’Ahmad Massoud, le fils du commandant Ahmad Shah Massoud, surnommé « le lion du Panchir », héros de la résistance antisoviétique afghane assassiné par le réseau islamiste Al-Qaïda le 9 septembre 2001, deux jours avant les attentats du 11 septembre.

Actuellement, l’homme est en tournée en Europe pour demander le soutien des européens dans les aspirations démocratiques des citoyens afghans, la rencontre début janvier, à Téhéran, entre les talibans et le FNR s’étant soldée par un échec en raison de « divergences irréconciliables ». L’heure n’est plus aux « pourparlers informels ». Ali Meysam Nazary nous explique pourquoi.

Copyright – Obaid Mahdi, Daniel Salvatore Schiffer et Ali Meysam Nazary – DR

Nous sommes les victimes d’une reconquête territoriale, avec un recul des droits humains et des libertés acquises après 20 années d’ouverture

L-Post : L’ Afghanistan est-il condamné à devenir un émirat islamique gouverné par la force ?

Ali Meysam Nazary : Depuis le retour des fondamentalistes nationalistes au pouvoir nous refusons de nous y résoudre. Nous ne voulons pas de la charia pour ligne politique, avec les femmes renvoyées à leurs foyers et les minorités ethniques mises au pas. Nous sommes les victimes d’une reconquête territoriale, avec un recul des droits humains et des libertés acquises après 20 années d’ouverture liée à la présence internationale. C’est un véritable cauchemar pour de nombreux Afghans, notamment les jeunes, éduqués et diplômés.

L-Post : Le 8 juillet 2021, le président américain Joe Biden déclarait que le retrait de ses forces, entamé en mai, serait achevé le 31 août. Il a tenu parole. Comme l’Afghanistan vit cette décision ?

Ali Meysam Nazary : Biden a déclaré appliquer une décision prise sous le gouvernement Trump. Nous actons, mais il aurait pu en décider autrement. Il a sans doute ses raisons. Nous espérons toutefois conserver des relations avec l’actuelle administration américaine afin de continuer le combat contre le terrorisme.

L-Post : Quels sont les objectifs du Front national de résistance ?

Ali Meysam Nazary : Nous sommes pour un Afghanistan démocratique, juste et libre pour tous les citoyens afghans. Il y a tellement d’ethnies différentes et de minorités en présence dans notre pays que seule un système fédéral décentralisé sur le modèle suisse ou belge permettrait de mettre fin aux conflits.

Les Talibans ne fonctionnent qu’avec la terreur. Ils vont encore frapper. Des milliers de combattants étrangers partent d’Afghanistan.

L-Post : Qu’attendez-vous de la communauté internationale?

Ali Meysam Nazary : Nous attendons un soutien politique et logistique, de l’Europe comme de l’OTAN. Depuis le départ des forces armées américaines, nous nous sentons abandonnés. Les terroristes sont armés jusqu’aux dents, avec des armes et du matériel américain qu’ils ont récupéré. Nous avons des ressources limitées pour mener cette guerre mondiale contre le terrorisme. Or, combattre les Talibans, c’est aussi prévenir de futurs attentats terroristes en Europe et ailleurs. Les Talibans ne fonctionnent qu’avec la terreur. Ils vont encore frapper. Des milliers de combattants étrangers partent d’Afghanistan. Le groupe Etat islamique, les Talibans et Al-Qaïda partagent la même idéologie. Cette préoccupation devrait être internationale.

Copyright – Capture vidéo – Des Talibans qui défilent dans les rues de Kaboul harnachées avec des gilets remplis d’explosifs pour instiller la peur à la population

L-Post : Quelle est la situation des femmes et des enfants sur place ?

Ali Meysam Nazary : Viols, décapitations, les femmes et les jeunes filles d’Afghanistan vivent une réalité sans nom. Les Talibans ont une vision archaïque et rétrograde des femmes. Elles sont appelées à « rester à la maison pour leur sécurité ». Nous revendiquons l’égalité entre tous les Afghans et un islam modéré et rationnel. La démocratie est le seul système que nous accepterons parce que c’est le seul système qui respecte aussi les droits des femmes.

La peur des violences et des représailles génère une volonté de fuite

L-Post : Comment allez-vous vous redresser économiquement ?

Ali Meysam Nazary : La peur des violences et des représailles génère une volonté de fuite. Nous allons perdre notre élite intellectuelle, nos cerveaux, qui n’entrevoient pas d’avenir dans le contexte politique et économique chaotique actuel. Il y a aussi le risque que d’autres grandes puissances, comme la Russie ou la Chine, trouvent des accords avec les Talibans. Le Pakistan, l’Iran et la Turquie n’ont pas non plus écarté à ce jour l’idée de reconnaître le nouveau régime. Lithium, diamants, nos terres regorgent d’intérêts économique-clé. Il y a aussi une guerre géopolitique qui est à l’œuvre. Nous demandons à la communauté internationale de nous aider à préserver nos ressources et à les exploiter en toute autonomie.

L-Post : Vous appelez toujours le peuple Afghan à se soulever contre les Talibans ?

Ali Meysam Nazary : Bien sûr, ce syndicat du crime ne pourra tomber que par la résistance. Le peuple Afghan ne veut pas que les Talibans les représentent. Ils sont 50.000 au maximum. Ces groupes terroristes alignés sur Al-Qaïda ne peuvent pas créer un gouvernement. La seule solution est de continuer le soulèvement pour libérer le pays. Le dialogue n’est plus suffisant. Seuls la paix et l’inclusivité ont un sens dans un gouvernement.
Pour l’instant, les talibans croient en leur victoire et ne cherchent pas à mettre en place un gouvernement inclusif. Tout un chacun doit pouvoir se reconnaître dans le processus décisionnaire et politique. On ne peut avoir une seule force politique qui domine la politique. On ne peut pas faire confiance aux Talibans. Ils ont trahi les Américains, les Européens et le peuple Afghan. Ils ne remplissent aucune de leurs promesses.

L-Post : Qu’attendez-vous des Talibans ?

Ali Meysam Nazary : D’abord qu’ils se retirent de toutes les régions où ils ne bénéficient pas d’un soutien. Ensuite, entériner la démocratie comme le seul système politique viable, à savoir que les dirigeants en Afghanistan ne peuvent être élus que par des élections. Troisièmement, respecter les droits de l’ensemble des citoyens quel que soit leur genre et leur religion.

 

Copyright – Twitter de François Hollande – Obaid Mahdi, le représentant du mouvement en France, Ali Meysam Nazary, François Hollande, et Daniel Salvatore Schiffer, le conseiller spécial du mouvement en Belgique