2021 aura été l’année la plus antisémite de la décennie

Journaliste / Secrétaire de rédaction

A l’occasion de la Journée internationale de commémoration de la Shoah, ce 27 janvier, il ressort du dernier rapport annuel de l’Agence juive et de l’Organisation sioniste mondiale, publié ce 24 janvier que dix incidents antisémites ont lieu en moyenne par jour dans le monde et que les actes antisémites ont augmenté dans le monde en 2021, surtout aussi sur les réseaux. Cette évolution est notamment marquée par l’actuelle pandémie. La crainte des deux organisations est également la banalisation de la Shoah et de ses tristes symboles. Le rapport révèle enfin que 2021 apparaît l’année la plus antisémite de la dernière décennie.
Il ressort du dernier rapport sur l’antisémitisme de l’Organisation sioniste mondiale récemment publié, qu’il y a une diminution de la violence physique contre les Juifs, mais aussi une forte augmentation de l’antisémitisme sur les réseaux sociaux.
L’Organisation sioniste mondiale a pour vocation de promouvoir le sionisme auprès des communautés juives françaises et belges.
Le nombre moyen d’incidents antisémites signalés en 2021 était de plus de dix par jour, selon le rapport. « Toutefois, le nombre réel d’incidents était nettement plus élevé, car beaucoup ne sont pas signalés par les victimes par peur, et en raison du manque de surveillance et de poursuites des autorités locales et des organismes d’application de la loi », selon une déclaration conjointe de l’Organisation sioniste mondiale et de l’Agence juive sur le rapport.
L’année 2020 avait déjà été marquée par une augmentation des incidents antisémites, qui se sont principalement déroulés dans l’arène numérique, les pays ayant imposé des confinements en raison du COVID. Mais lorsque les pays ont repris les rassemblements physiques, de tels incidents ont également eu lieu. De nombreuses manifestations contre les vaccins et les restrictions comprenaient des éléments liés à la Shoah, comme l’étoile jaune, ainsi que des théories de conspiration antisémites selon lesquelles les Juifs propageraient la pandémie pour contrôler le monde, indique le rapport.
L’Europe a été le continent le plus touché par les incidents antisémites en 2021, avec près de 50 % de tous les incidents survenus dans le monde.
Il ressort du rapport, que le Royaume-Uni a enregistré une augmentation de 49 % au cours des six premiers mois de 2021, avec 1 308 incidents contre 875 pour la même période en 2020. L’Autriche a également enregistré une multiplication par deux du nombre d’incidents, tandis qu’en Allemagne, le taux est resté à peu près le même, avec 1 850 incidents antisémites enregistrés au cours des 10 premiers mois de 2021, contre 1909 cas signalés pour toute l’année 2020.
La pandémie pour cause… aussi
Le deuxième continent le plus touché par les incidents antisémites est l’Amérique du Nord, avec 30 % des incidents antisémites du continent survenus aux États-Unis, selon le rapport.
Aux États-Unis, New York a enregistré une hausse de 100 % du nombre d’incidents antisémites en 2021, avec 503, contre 252 en 2020. À Los Angeles, le nombre d’incidents antisémites a augmenté de 59,2 % au cours des six premiers mois de 2021, par rapport à la même période de l’année précédente, selon les données de la police de Los Angeles citées dans le rapport. Ces incidents comprenaient principalement des actes de vandalisme et de destruction de biens, des graffitis et des profanations de monuments. La violence physique et verbale représentait moins d’un tiers de tous les incidents antisémites.
Le rapport montre qu’aux États-Unis, il y a au moins une agression par jour d’un Juif, par rapport à l’Allemagne où une attaque contre un Juif a lieu en moyenne une fois tous les trois jours.
En France, il est clair que le changement s’est opéré depuis les années 2000 contre l’État d’Israël, comparé à l’Allemagne et aux États-Unis, où les messages les plus importants attaquent la religion juive, face aux événements mondiaux et à l’atmosphère qui favorise l’aggravation de l’antisémitisme.
L’Autriche apparait comme le pays ayant le taux d’antisémitisme le plus élevé d’Europe
Le rapport fait état essentiellement de « vandalisme, destruction, tags et profanation de pierres tombales, suivis d’actes de propagande » parmi le décompte des signalements. Les violences verbales et physiques à caractère antisémite représentent, elles, « moins du tiers » des cas recensés.
Si 30 % des incidents ont été recensés aux États-Unis, l’Europe comptabilise la moitié d’entre eux. Une tendance qui peut s’expliquer par « une exportation du conflit » israélo-palestinien en Occident.
En mai 2021, des tensions à Jérusalem-Est ont débouché sur un conflit, dont le bilan des autorités locales palestiniennes est de 260 morts de leur côté, parmi lesquels de nombreux combattants du Hamas, et 13 morts en Israël.
Vers une banalisation de la Shoah ?
Le rapport révèle encore une augmentation spectaculaire du nombre de conspirations antisémites publiées sur les réseaux sociaux » due à la situation sanitaire.
Depuis l’apparition du virus, l’utilisation de l’étoile jaune comme stigmatisation des « vaccinés » ou « non vaccinés, les insultes vis-à-vis de responsables politiques juifs ou les théories du complot arguant d’une origine du virus de la part de personnes de confession juive ont fleuri sur la Toile.
Le rapport s’inquiète ainsi d’une « banalisation » de la Shoah, due en partie à l’épidémie. « Il y a une attractivité des messages antisémites auprès d’un public coutumier de ces lectures », reconnaît Marc Knobel, auteur aussi « Cyberhaine. Propagande et antisémitisme sur Internet », aux éditions Hermann.
Si les causes de cette augmentation « record » sont multiples et que l’actualité fait « muter » l’antisémitisme, « certains gouvernements ont adopté des lois pour lutter contre leur propagation dans la société », précise malgré tout le rapport de l’Organisation sioniste mondiale et l’Agence juive, publié trois avant Journée internationale de commémoration de la Shoah, le 27 janvier.
La haine transmise aux réseaux
D’autre part, il y a une augmentation du vandalisme dans les zones du patrimoine juif, y compris la désécration, la destruction et l’écrasement d’objets de nature juive, y compris les pierres tombales et les fenêtres de synagogue. Depuis le déclenchement du corona, une grande partie de l’activité antisémite s’est déplacée vers les réseaux sociaux.
En 2021, des milliers de tweets de nature antisémite et négationniste ont été téléchargés sur Twitter. Par rapport à Twitter, il y a une baisse de la quantité de contenu antisémite sur YouTube à la lumière de l’interdiction de la négation de la Shoah, et en octobre 2020, Facebook a annoncé que sa plate-forme travaillerait pour supprimer des documents tendant à fausser les événements liés à la Shoah.
Près de 50% des actes antisémites se sont produits en Europe
Le rapport révèle encore qu’en Argentine, le nombre d’incidents a augmenté au cours de l’année écoulée dans un contexte pro-palestinien et Israël a été accusé d’être responsable de l’épidémie du fléau du corona. Plus proche de nous, il ressort qu’en Allemagne, la haine des Juifs aurait augmenté depuis le début de la pandémie.
L’Autriche apparait comme le pays ayant le taux d’antisémitisme le plus élevé d’Europe. Au premier semestre 2020, environ 300 incidents ont été enregistrés. Aux États-Unis, l’événement de la mort de George Floyd et les événements qui ont suivi le plus gros mouvement fournisseur d’antisémites, Black Lives Matter, ont été un tournant important en ce qui concerne les Juifs et les slogans antisémites, ainsi que les actes de pillage et de graffitis sur les synagogues et les entreprises appartenant à des Juifs.
Aller plus loin: Marc Knobel, auteur aussi « Cyberhaine. Propagande et antisémitisme sur Internet », aux éditions Hermann.
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