Réfugiés: la solidarité s’organise, comme une triste habitude

Journaliste / Secrétaire de rédaction

Les images des réfugiés ukrainiens face au désarroi, la peur et l’incompréhension de l’accélération du conflit touchent les populations civiles belges et étrangères en plein coeur. Nombreux sont celles et ceux qui souhaitent agir. C’est notamment le cas de Félix Derison. Cet enseignant et directeur d’école à la retraite, photographe et artiste à ses heures se démène depuis toujours pour « agir dans le monde » comme ont dit auprès des personnes dans le besoin, ici et maintenant. La situation ukrainienne le touche d’autant plus qu’il connaît bien ce pays, des amis et des proches y vivent. Ne pouvant rien faire pour eux directement, ce vendredi 4 mars, il partira pour la frontière polonaise. Un seul objectif: aller porter réconfort à quelques réfugiés et ramener quelques familles en Belgique. Félix est déjà assuré d’une quinzaine de logements pour les accueillir. Mais pour combien de temps?…

Kiev, ville millénaire, en 2012.
« Comme je l’ai fait en Roumanie, après la chute du régime, je ne peux rester inactif dans mon divan face à la misère de familles et spécialement d’enfants », explique-t-il. A l’époque, Félix est instituteur, il se démène comme un diable, rassemble vêtements, vivres, jouets, objets de premières nécessité, déniche une équipe et des camionnettes. Direction la Transylvanie. Sur place, on aide des familles, des écoles, des gens du voyage aussi, qui sont ici chez eux. Depuis, Félix y est retourné plusieurs fois et a gardé contact.
Aujourd’hui, à la frontière polonaise, ils sont plus d’un demi million de réfugiés ukrainiens. Comment agir, comment aider? « On peut déjà leur apporter leur soutien, leur témoigner de notre solidarité avec un peu de réconfort », estime-t-il. « Evidemment, on ne peut pas tous partir en Pologne ni même tous les accueillir ici, mais si je peux en aider quelques-uns, s’ils le souhaitent aussi, nous pourrons le faire. J’aurais aussi au moins le sentiment d’être un peu utile ».
C’est avec le soutien et la collaboration de l’ambassadeur ad interim de l’Ukraine en Belgique que Félix s’engagera sur les routes de Pologne. « L’ambassadeur, lui, a été rappelé auprès du gouvernement« , précise encore Félix Derison. « L’ambassade va rédiger une lettre en ukrainien pour les personnes déplacées mais en aussi en polonais, afin d’expliquer ma démarche ».

En trente ans, l’ancien directeur d’école primaire engagé a largement découvert cette Europe de l’Est comme on l’appelle communément…à l’Ouest. Hongrie, Tchéquie, Slovaquie, Ukraine, ont peu de secret pour lui. C’est d’ailleurs en Ukraine, parti faire des photos, qu’il rencontre Oksana, sa compagne. Effrayée aujourd’hui que son pays soit sous les feux des bombes et des projecteurs.
« Elle vit sous les bombes depuis quatre jours dans la ville de Dnipro à une centaine de km à l’est de Kiev, elle est bloquée; je ne peux rien faire pour elle pour l’instant. Elle ne veux pas quitter son entreprise, sa maison, ses parents. Je l’entends chaque soir encore mais chaque fois, en raccrochant, je me dis que c’est peut-être la dernière fois que je lui parle », explique-t-il.
« Il me reste donc une seule envie, sauver modestement, aider d’autres personnes dans la mesure de mes petits moyens. Nous partirons avec des vêtements chauds, des jouets pour les enfants et des vivres et reviendrons avec des familles meurtries et effondrées. »

Et de poursuivre: « Grâce à la générosité d’amis et de certaines organisations, je compte partir chercher des familles afin de les mettre à l’abri et de leur permettre de survivre à cet enfer. Je suis en mesure de ramener une vingtaine de personnes pour lesquelles j’ai presque trouvé des logements. Il faudra ensuite trouver des écoles, les aider dans les formalités administratives etc…Je recherche encore quelques chauffeurs volontaires et fiables, nous partons vendredi, cet aller-retour doit être court « , précise-t-il encore.
Encore un départ, encore une démarche solidaire. On dirait presque que l’on commence à s’y habituer. Les victimes ne sont jamais tout à fait les mêmes, jamais tout à fait différentes non plus. Toutes ont perdu un petit quelque chose d’elle-même, un toit, des proches, une vie, un pays. Dans le cas qui nous occupe, c’est un peu tout ça la fois.

Se souvenir de Kiev à l’heure de la paix, alors qu’un convoi de chars russes se trouvent aux portes de la capitale.
