Même sans regard, les toiles de Loïc Pallage nous observent au fond des yeux

Journaliste / Secrétaire de rédaction

Jusqu’au 25 mars, découvrez la première exposition de Loïc Pallage en la Villa Gallery de la Villa consulaire de Liège, en bord de Meuse. L’artiste y déploie une palette de son talent à travers des œuvres singulières empreintes de mystère et de poésie. Des visages sans regard déclinés selon le principe de la trichromie, pour la plupart, des tableaux où seuls la bouche et le nez semblent statufiés pour l’éternité. Un artiste se dévoile, une exposition à découvrir.

L’œuvre servant d’attrait à cette exposition, présentée jusqu’à la fin du mois, au cœur du parc de la Boverie, impressionne d’entrée de jeu. On y reconnaît, le visage anguleux de Bowie, rendu fantasmagorique. Le chanteur disparu ne nous observe pas réellement et pourtant, il se dégage du tableau, une présence hors du commun. Bienvenue dans l’univers sans regard de Loïc Pallage.
« J’ai 30 ans, j’ose me définir comme artiste désormais, cela fait dix ans que j’y travaille. Mais je suis aussi graphiste indépendant et assistant dans le domaine hospitalier », confie celui qui présente ici sa toute première exposition dont il n’a pas à rougir. La vingtaine de tableaux présents donne à voir une petite sélection de son talent. Pour ce faire, Loïc Pallage s’inspire de photographie dont il fait un croquis avant de s’étendre sur la toile. Ces œuvres empreintes de sensualité et de poésie semblent tout droit sortir d’un univers onirique.
« J’omets volontairement les regards et me focalise sur le nez et la bouche de ces personnages, pour majeure partie, inconnus. David Bowie étant l’exception qui confirme la règle (rires). Le nez jouit d’une architecture sympa à travailler, si je peux m’exprimer ainsi. Le nez est trop souvent négligé et pourtant, il est fascinant à dessiner. Les traits au couteau participent à relater le couvre-chef ou la chevelure, qu’importe. On y voit ce que l’on veut. Le tout apporte contraste et une part de mystère à la toile », explique-t-il.

Loïc a réalisé plus de 60 toiles en huit ans, il n’en expose ici que le meilleur selon lui. Nul doute qu’il en existe encore bien d’autres. Ces tableaux sont la parfaite illustration de la croisée de ses propres chemins personnels entre l’art graphique, le dessin et la peinture. Son style relève plutôt de l’art figuratif mais s’inspire également de l’art décoratif avec quelques accords impressionnistes.
Et puis, il y a ces couleurs, ce bleu-mauve-vert profond dont il a presque le secret, ces traits hachés de blanc et sa toile de fond noir jais qui valorise l’ensemble. Ces portraits plus que grandeur nature détonnent à plus d’un titre. Ils subjuguent le regard. Le nôtre.
En partie déshumanisés et limités à la seule expression de la bouche, ses personnages figuratifs semblent nous regarder droit dans les yeux, alors qu’ils n’en ont pas. C’est troublant de réalisme et de présence, pourtant déstructurée. Imposant sans le vouloir peut-être un sentiment de mélancolie et de nostalgie, l’œuvre de Loïc Pallage a véritablement son mot à dire dans le paysage artistique contemporain.

« Il m’a fallu longtemps, plus de huit ans, pour trouver ma «patte », mon style, comme on dit. Je n’entends pas théoriser ce que je peins, ce dont je veux parler. On peut y lire ce que l’on veut, et cette idée me séduit aussi », précise-t-il encore.
Sans y toucher, Loïc Pallage a pris place dans la galerie des artistes contemporains. Petit à petit, il s’y installera, assurément.
Exposition, jusqu’au 25/03
Village Gallery, Villa Consulaire,
Parc de la Boverie – Liège.
Du merc. au di. de 13h à 18h.
Info: 0468 38 72 22
