Seule l’indépendance énergétique de la Belgique compte

Journaliste – Rédacteur en chef.
BELGAL’accord dégagé récemment par le Gouvernement fédéral sur la prolongation des réacteurs nucléaires Doel 4 et Tihange 3 continue à faire couler beaucoup d’encre. Dimanche, la ministre du Climat, de l’Environnement et du Green Deal, Zakia Khattabi (Ecolo) appelait tout le monde à la retenue. « La mise en scène, victoire versus défaite partisane sur le nucléaire, ne sert en rien l’intérêt général, mais la vérité à ses droits : la prolongation de deux réacteurs est inscrite (et cadrée) dans l’accord (de la) Vivaldi, le milliard supplémentaire la transition, pas, voilà les faits », écrivait-elle dimanche sur Twitter.
La ministre écologiste a parfaitement raison de remettre l’église au milieu du village. Car dans ce dossier, il ne peut y avoir de vainqueur, ni de vaincu. Seule compte l’indépendance énergétique de la Belgique.
Mais cette autosuffisance énergétique draine dans son sillage d’autres aspects tout aussi importants de la question que sont l’impact de celle-ci sur la facture des ménages et la contribution de la Belgique à la réduction des émissions polluantes dans l’atmosphère. Il va de soi que l’indépendance énergétique de la Belgique conditionne les prix de l’énergie en Belgique : à titre d’exemple, plus l’électricité est produite à suffisance en Belgique, plus les prix pratiqués par les producteurs seront avantageux et moins élevés pour les ménages si les intermédiaires et les différentes autorités (régionales, fédérales) ne sont pas trop gourmandes au passage. Par ailleurs, en optant pour un mix énergétique, alliant le nucléaire (actuel et celui du futur) et les sources d’énergie renouvelables, la Belgique réduira son impact environnemental et c’est tout bénéfice pour la planète.
En optant pour un mix énergétique, alliant le nucléaire et les sources d’énergie renouvelables, la Belgique réduira son impact environnemental.
C’est donc l’indépendance énergétique, laquelle conditionne beaucoup d’aspects importants, qui doit guider les autorités publiques dans les différentes options à prendre. L’accord dégagé, il y a quelques jours, est un premier pas qui va dans la bonne direction. Mais il est triste et navrant de voir qu’il a fallu attendre la guerre en Ukraine et son lot de victimes innocentes pour que certaines formations politiques daignent accepter la prolongation de deux réacteurs nucléaires. Est-ce subitement le conflit armé imposé par un président autoritaire d’une grande puissance militaire qu’est la Russie à un pays indépendant (mais militairement défavorisé par rapport à lui qu’est l’Ukraine) qui leur a subitement ouvert les yeux sur la dépendance de la Belgique et le risque que celle-ci comporte ? Et pourtant, des experts, spécialistes de la question, et des travailleurs, bien au fait des données chiffrées, n’ont cessé de documenter le débat avec leurs analyses argumentées.
La prolongation de deux réacteurs nucléaires est donc actée (à voir si on ne reviendra pas pour constater qu’il faudra en prolonger d’autres comme le soutiennent depuis des mois les mêmes qui avaient alerté sur cette option). Il faudra aussi tenir l’engagement d’investir massivement dans le renouvelable et surtout ne pas passer sous silence le défi de l’isolation des bâtiments. Mais il reste à régler la question technique. Et sur ce point, la petite musique que fait entendre la direction de l’exploitant des centrales nucléaires, Engie-Electrabel, a de quoi inquiéter. Le patron de l’énergéticien en Belgique, Thierry Saegeman, a estimé, lors d’un débat, que « la décision de prolonger le nucléaire arrive bien trop tard ».
Engie-Electrabel a-t-elle réellement travaillé, ne fut-ce qu’avec un minimum de personnel, sur l’option B (prolongation du nucléaire) introduite dans l’accord du Gouvernement fédéral, il y a près de deux ans ?
Certes, Engie-Electrabel avait attiré l’attention des autorités fédérales sur la nécessité de prendre une décision assez tôt, mais l’entreprise a-t-elle réellement travaillé, ne fut-ce qu’avec un minimum de personnel, sur cette option B (prolongation du nucléaire) introduite dans l’accord du Gouvernement fédéral, il y a près de deux ans ? Si tel est le cas, la concrétisation de cette option B ne devrait pas être impossible, même s’il faut reconnaître que la mission ne sera pas facile. Pourquoi donc venir agiter aujourd’hui la menace de deux hivers sans nucléaire (pas de prolongation des réacteurs avant 2027) au risque de semer la panique dans la population ? Ce faisant, Engie-Electrabel risque de donner l’impression de vouloir opposer un agenda technique caché empêchant la concrétisation de la décision politique. Il est temps de tirer rapidement cette question au clair pour éviter une mauvaise surprise.
