#RamenezLaCoupeALaRaison : les travailleurs au Qatar réclament 400 millions d’euros à la FIFA

Sous l’hashtag PayUpFIFA, une coalition d’ONG, dont Human Rights Watch et Amnesty et FairSquare, mais aussi des associations de défense des droits des migrants, des syndicats de travailleurs lancent une campagne de sensibilisation. Ils demandent à Fédération Internationale de Football Association (FIFA) et au gouvernement du Qatar, pays hôte du Mondial 2022 de football, de réparer les graves atteintes subies par les travailleurs migrants depuis l’attribution de l’organisation de la Coupe du monde en 2010. En cause, entre autres, de nombreux décès et des vols de salaire. L’hécatombe sur les chantiers mènera-t-elle au boycott ? La FIFA dit « procéder actuellement à l’évaluation de cette demande ».
Des ouvriers migrants « maltraités »
Des centaines de milliers de travailleurs migrants au Qatar n’ont reçu aucun dédommagement financier ni aucune réparation adéquate pour l’exploitation à grande échelle dont ils ont été victimes pendant la construction des infrastructures destinées à la Coupe du monde de la FIFA qui débutera en novembre prochain.
Le 19 mai dernier, Amnesty, soutenue par d’autres organisations de défense des droits humains, a demandé à la FIFA de verser une compensation d’au moins 440 millions de dollars aux ouvriers migrants « maltraités »au Qatar. Ce communiqué intervient à la suite de vives critiques répétées contre la lenteur de l’instance dirigeante du football à réagir contre les mauvaises conditions de travail des ouvriers qui ont afflué sur les chantiers liés au mondial dans le riche État du Golfe.
De multiples accidents du travail
Dans un rapport Predictable and preventable (Prévisible et évitable), Amnesty indique que, parmi les dommages, il faut compter au nombre de ceux-ci des milliers de décès et de blessures inexpliqués, des vols de salaires et des droits de recrutement illégaux et exorbitants.
Selon Amnesty, la somme de 440millions de dollars demandée correspond à la dotation que se partageront les 32 équipes participantes et est le « minimum nécessaire » pour indemniser les travailleurs concernés.
« La FIFA et le Qatar ont failli à leurs obligations envers les travailleurs migrants qui ont été essentiels à la Coupe du monde 2022, mais ils peuvent encore apporter des compensations à ceux qui ont subi de graves préjudices et aux familles du grand nombre de personnes qui ont trouvé la mort », a affirmé de son côté Minky Worden, directrice des Initiatives mondiales à Human Rights Watch. « La FIFA devrait immédiatement mettre de côté les fonds nécessaires pour apporter un dédommagement à la mesure du mal et éviter l’humiliant héritage de la Coupe du monde de la honte. »

Copyright : Vue aérienne du stade Ras Abu Aboud, à Doha, au Qatar, pendant sa construction en novembre 2020 – AFP
Des salaires impayés
Depuis 2010, de nombreuses associations de droits humains ont documenté à maintes reprises, l’exploitation généralisée à laquelle ont été confrontés les travailleurs en raison du système de kafala (parrainage) du Qatar, qui donne lieu au travail forcé et ce, malgré les réformes au code du travail que les autorités qataries ont promulguées en réponse à une plainte de travail forcé portée devant l’Organisation Internationale du Travail.
En mars dernier encore, Human Rights Watch a démontré un vol de salaires allant jusqu’à cinq mois, au sein d’une entreprise de commerce et de construction qatarie ayant pignon sur et prestant dans des projets en lien avec la FIFA.
Vers un possible boycott ?
Les révélations récentes du Guardian (Link vers : https://www.theguardian.com/global-development/2021/feb/23/revealed-migrant-worker-deaths-qatar-fifa-world-cup-2022) sur la mort de près de 6.500 ouvriers immigrés sur les chantiers lancés en vue de la Coupe du monde de football ont aussi ravivé les critiques sur la tenue de cet évènement.
Le quotidien britannique a récolté et compilé des données auprès des autorités du Sri Lanka, du Népal, du Bangladesh, de l’Inde ou encore du Pakistan mais estiment que leur nombre pourrait être encore sous-estimé puisque les ambassades du Kenya et des Philippines, deux pays pourvoyeurs de main-d’œuvre au Qatar, n’ont pas répondu à leurs demandes.
Les appels au boycott de la compétition se multiplient. « Le Mondial 2022 de football ne peut se dérouler sur un cimetière. Des gens ne peuvent mourir au nom du football », estiment la coalition d’ONG qui fait campagne sous l’hashtag PayUpFIFA.
Lorsque la FIFA a accordé au Qatar l’organisation du tournoi, « elle savait, ou aurait dû savoir, que les travailleurs migrants employés à la construction massive des infrastructures, seraient confrontés à de graves risques pour leurs droits humains. Cependant, la FIFA n’a ni imposé de conditions concernant le droit du travail, ni exercé de diligence raisonnable concernant les droits humains », a rappelé Human Rights Watch.
