Politique

Après l’indépendance énergétique, l’Europe face à son indépendance alimentaire


Plus de trois mois après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, déclenchant une guerre aux portes directes de l’Europe, celle-ci continue à faire rage dans cette zone du continent. Le conflit a révélé aux dirigeants européens que l’Europe a oublié de se préoccuper de son indépendance énergétique et se retrouve aujourd’hui pieds et poings liés en la matière au dictateur du Kremlin, Vladimir Poutine. C’est d’ailleurs cette dépendance au pétrole, au gaz et à l’électricité russes qui empêche l’Europe aujourd’hui de se prononcer à l’unanimité pour un embargo notamment sur le pétrole russe. L’intérêt particulier de certains pays comme la Hongrie ou l’Allemagne freine les décisions en la matière, ce qui fait le bonheur du président russe qui continue à financer sa guerre en Ukraine notamment par les revenus de la vente du pétrole aux pays européens.

Mais une nouvelle étape vient d’être franchie dans cette guerre quand l’Europe réalise qu’elle est aussi dépendante de la Russie et de l’Ukraine pour son alimentation, en particulier en matière de céréales. Le blocus de la mer Noire est aujourd’hui une menace pour l’approvisionnement, non seulement de l’Europe, mais aussi d’autres pays (Algérie, Egypte, Maroc, Tunisie, Soudan, Libye, etc.) qui se fournissent auprès de l’Ukraine ou de la Russie en blé, maïs, colza, orge, tournesol, etc. Il faut dire que le sol ukrainien est l’un des plus riches et plus fertiles du monde en matière organique et en activité biologique. Terre noire et riche en éléments essentiels pour le développement de l’agriculture (azote, potasse, phosphore, humus, etc.), le sol ukrainien bénéficie aussi d’un climat favorable (tempéré continental avec un hiver froid et un été chaud) et d’une porosité élevée (permettant une bonne irrigation de l’eau de pluie). Considéré comme le deuxième plus grand pays d’Europe (603.700 km²), le pays offre de grands espaces permettant des cultures (céréales) sur de grandes surfaces.

Après la question de son indépendance énergétique, l’Europe découvre aujourd’hui que son approvisionnement en matières premières alimentaires est aussi sérieusement menacé par la guerre en Ukraine.

Après la question de son indépendance énergétique, l’Europe découvre aujourd’hui que son approvisionnement en matières premières alimentaires est aussi sérieusement menacé par la guerre en Ukraine. Et pourtant, cela fait des années que les agriculteurs européens (Belges, Français, etc.) tirent la sonnette d’alarme en appelant leurs dirigeants à se préoccuper de l’indépendance alimentaire du continent. Aujourd’hui, outre l’énergie, ce sont les prix des produits alimentaires qui flambent, sans compter les risques de pénurie. L’Europe doit désormais revoir ses priorités et écouter davantage la voix de ses fermiers, leur donner les moyens de produire bien et mieux.

Pour ce faire, la Politique agricole commune (PAC) de l’Europe doit être revue au regard de la nouvelle donne imposée par la guerre en Ukraine. Elle doit permettre un développement des fermes à taille moyenne, familiale ; un développement de la polyculture et que les aides profitent aux agriculteurs qui respectent leurs sols et leurs animaux. Il faut éviter que la PAC finance la spéculation foncière et impose la mise en jachère de davantage d’espaces agricoles cultivables. La PAC doit veiller à limiter au maximum l’utilisation des pesticides qui détruisent les qualités nutritionnelles de nos sols.

La Politique agricole commune (PAC) de l’Europe doit être revue au regard de la nouvelle donne imposée par la guerre en Ukraine.

A l’instar de la question énergétique, l’Union européenne doit tirer des leçons de la guerre en Russie pour corriger le tir au niveau de son agriculture afin qu’elle lui assure sa sécurité alimentaire. L’Europe doit donc montrer aux agriculteurs qu’elle est de leurs côtés afin d’encourager les jeunes à embrasser ce métier, car aujourd’hui c’est plutôt à une désertion des campagnes qu’on assiste et on risque de le payer cher.


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