Energie et pénuries : les prévisions alarmistes de l’Agence internationale de l’énergie

Guerre en Ukraine et Driving Season, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) alerte. Des pénuries de carburants seraient possibles dès cet été en Europe au moment des départs en vacances. Ce scénario, jusqu’ici improbable, est pourtant désormais évoqué explicitement par son directeur général Fatih Birol, économiste et expert en énergie. Interviewé par le magazine allemand Der Spiegel, il craint que l’augmentation de la demande ne soit trop forte par rapport à l’offre pendant la saison estivale. Elle risque de générer des goulets d’étranglements dans plusieurs pays européens. On fait le point.
Guerre en Ukraine et Driving Season
« Le marché pétrolier mondial n’est pas menacé de pénurie, même en cas de durcissement des sanctions visant la Russie », avait déclaré à ma mi-mai l’AIE. Désormais, l’agence met en garde contre le risque d’un « choc d’offre global ». « Au fil du temps, l’augmentation régulière des volumes dans des pays du Moyen-Orient membres de l’Opep+ et aux Etats-Unis, conjuguée à un ralentissement de la croissance de la demande, devrait empêcher un déficit d’offre important dans le contexte des perturbations accrues de l’offre russe », résumait-elle dans son rapport mensuel.
Dans un article publié ce mardi 31 mai par le journal allemand Der Spiegel (Link vers : https://www.spiegel.de/wirtschaft/benzin-diesel-und-kerosin-iea-chef-fatih-birol-warnt-vor-sprit-engpass-im-sommer-a-4a532976-fb1a-444d-97ab-888ff39eede8), Fatih Birol fait part de ses craintes.
La crise énergétique toucherait tout particulièrement l’Europe et elle pourrait être plus importante que le choc pétrolier de 1970. Cette situation risque de nous conduire à une poursuite de la hausse des prix, mais pas seulement.
L’explication est double : d’un côté, la guerre en Ukraine, qui continue de maintenir les prix du pétrole brut à des niveaux élevés, mais aussi avec un effet saisonnier en Europe et surtout aux Etats-Unis. Les Américains roulent en effet davantage à partir du mois de mai et cela se répercute de ce côté de l’Atlantique.
Une déclaration à tempérer
Jean-Pierre Favennec est un spécialiste de l’énergie et en particulier du pétrole et du gaz. Interviewé sur BFMTV, il estime qu’il faut néanmoins relativiser : « Chaque opérateur pétrolier doit disposer de trois mois de stockage. Les stockages réellement utilisables sont un petit peu plus faibles. Mais disons qu’on a facilement un mois et demi à deux mois de stock devant nous ».
Et de préciser : « À plus long terme, l’embargo européen sur le pétrole russe va surtout entrainer une réorientation des approvisionnements au niveau mondial, plutôt qu’une pénurie. Vraisemblablement, les Russes vont vendre davantage de pétrole en Chine et en Inde. Les Indiens et les Chinois auront besoin d’un peu moins de pétrole au Moyen Orient ou en Afrique par exemple. Et c’est donc du pétrole qui va devenir disponible pour les Européens. En revanche, les tensions sur les prix pourraient bien effectivement se poursuivre »
Copyright : Twitter Fatih Birol
