FRANCE. Emma, une adolescente de 14 ans, a été retrouvée morte jeudi dernier sur la voie publique d’un village de Clessé, près de Mâcon, en Saône-et-Loire, lardée de coups de couteau. L’auteur des faits est son petit ami, Joris. Les proches sont sous le choc. Les parents ne connaissaient l’existence du jeune homme qu’au travers des confidences d’Emma auprès de sa maman. Sans antécédent judiciaire, le suspect a été arrêté et incarcéré dans une maison d’arrêt de Dijon pour « homicide volontaire avec préméditation ». Il a reconnu les faits peu après son arrestation. Son jeune âge lui permettra, au cas où sa culpabilité est confirmée, d’échapper à la réclusion à perpétuité. Comment peut-on tuer à 14 ans ? Quel est le profil de l’auteur présumé ? On fait le point avec Marjorie Sueur, psychologue clinicienne, experte près de la Cour d’Appel d’Aix-en-Provence et consultante en criminologie et victimologie.
Emma et Joris avaient pour l’habitude de se retrouver entre minuit et 4 heures du matin dans le village, c’est dans ce contexte que l’auteur présumé a décidé de passer à l’acte. Ce qui interroge actuellement les enquêteurs est le motif. Selon le procureur, le mobile reste encore à définir, une chose semble acquise : le jeune homme pensait vouloir tuer, mais le suspect n’a pas donné plus d’explication à ce stade. Les deux adolescents avaient récemment mis un terme à leur relation. C’est lui qui avait pris cette décision pour, finalement, revenir le 25 mars avant de rompre à nouveau puis de se donner une dernière chance.
Au-delà de ce cadre dressé, Joris n’a jamais fait l’objet de signalements de harcèlement scolaire et n’a jamais eu affaire à la justice. « La seule chose que l’on sache, c’est que lui-même avait été victime de violences de la part de son père en janvier. Ces éléments doivent être exploités », a souligné le représentant du parquet. Une expertise psychiatrique a été demandée pour lever un peu plus le voile sur ce meurtre déroutant.
« Le passage à l’acte a été réfléchi, mais il est sous-tendu par une fragilité psychologique qui vient de sa construction sur des bases certainement instables et incertaines. Les violences intrafamiliales ont certainement joué un rôle. Il faut aussi voir le contexte où Joris a grandi. Apparemment, il a été relativement délaissé par ses parents divorcés. Comment a-t-il pu dès lors se construire une image de l’homme et de la femme ? Quelles sont ses représentations familiales ? Tout cela devra être analysé. Ensuite, il passait également énormément de temps sur les jeux vidéo, ce qui peut induire une perte de repères entre le jeu et la réalité. Laissé seul face à lui-même, à ses interrogations, à ses angoisses, il s’est construit son univers. C’est ainsi un cumul de paramètres qui peut expliquer le passage à l’acte », nous explique Marjorie Sueur.
Dans l’inconscient collectif, même si cela reste impensable, seul un adulte peut commettre un féminicide, un acte qui survient généralement au moment d’une séparation. Il s’agit pourtant bien en l’espèce d’un féminicide. Emma et Joris étaient en situation de rupture.
« Cette rupture amoureuse a réactivé une blessure originelle, un traumatisme infantile. Joris ne peut imaginer sa vie sans elle. Elle lui a certainement porté l’attention et la tendresse qu’il n’a peut-être jamais ressenties auparavant. La souffrance engendrée par son isolement familial est une souffrance qu’il connait, contrairement à celle causée par la séparation sentimentale. Sans réel communication avec son entourage. Joris n’a pas eu d’espace pour parler de son mal-être grandissant. Et quand il n’y a plus de place pour la parole, on agit. La douleur l’a envahi au point de préméditer son acte ».
Et de nous préciser : « si l’enfance et les conditions de vue durant cette période, comme les défaillances parentales ainsi que les rencontres permettent de comprendre le passage à l’acte, rien toutefois n’excuse celui-ci. Toutes les personnes ayant grandi dans un environnement défaillant, ne passent pas à l’acte. C’est la personnalité de l’individu, associé à d’autres paramètres qui explique ce dernier ».
En France, une fois mis en examen, un mineur ne peut pas être maintenu en détention provisoire plus d’un an, ce qui explique que Joris pourrait être jugé rapidement. Pendant cette période de détention provisoire, et une fois condamné, un individu de moins de 18 ans peut également recevoir un accompagnement spécifique telles que des mesures éducatives qui vont viser à l’accompagner pour poursuivre sa scolarité, pour se former, pour avoir un diplôme. Il sera aussi accompagné sur le plan social, psychologique.
Par ailleurs, lorsqu’ s’agit de mineurs, les peines sont abaissées. Si sa culpabilité pour assassinat est confirmée, Joris échappera à la perpétuité. Il encoure 20 ans de réclusion criminelle, puisqu’il n’a pas encore 18 ans.
C’est ce que l’on appelle l’excuse de minorité. Paradoxalement, une montée de la violence est de plus en plus constatée chez les jeunes. La réponse pénale est-elle adaptée ?
Du point de vue de la peine, « si l’incarcération est la réponse pénale attendue par la société, elle ne peut pas être suffisante pour traiter les actes criminels. Elle doit être ajustée, donnée au cas par cas en tenant compte de la personnalité du prévenu, de ses éventuels antécédents judiciaires. Et dans cette hypothèse, l’excuse de la minorité pourrait ne plus être prise en compte. Mais, au-delà du drame survenu à Clessée, la question fondamentale à devoir se poser, c’est comment aider nos jeunes à se sentir mieux et surtout à leur faire comprendre que la violence n’a jamais résolu un conflit. Nous éviterions bien des drames ».
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