SOCIETE

Politique de prise d’otages en Iran : une peine de 8 ans confirmée pour Benjamin Brière


C’est son avocat commis d’office, Saeid Dehghan, qui l’a annoncé sur Twitter. Une peine de prison de 8 ans et 8 mois pour espionnage a été confirmée en appel pour le touriste français Benjamin Brière. Voyageur et blogueur, il avait été arrêté par les autorités iraniennes en mai 2020 après avoir piloté un drone près de la frontière entre l’Iran et le Turkménistan. En première instance, il a été condamné en janvier dernier à huit ans et huit mois de prison. La peine vient d’être confirmée en appel. Depuis plusieurs années, l’Iran pratique la diplomatie de l’otage en matière de politique étrangère. Benjamin Brière n’est pas le seul ressortissant étranger à être retenu en Iran. Son conseil français, Philippe Valent, demande à la communauté internationale de faire de la libération des otages un préalable à la reprise des négociations sur le nucléaire.

Un « agent au service d’un État ennemi »

Depuis son départ de France en juin 2018, seul à bord de son Sprinter qu’il avait aménagé lui-même, le Français avait fait des milliers de kilomètres du nord au sud de l’Europe avant de mettre le cap sur le Moyen-Orient et de voir sa vie basculer en Iran.
Âgé de 37 ans, Benjamin Brière a été condamné en janvier dernier à huit ans et huit mois de prison pour « espionnage » et « propagande » contre le régime.
Benjamin Brière, qui s’est toujours présenté comme un touriste, a été arrêté en mai 2020 pour avoir pris « des photographies de zones interdites » avec un drone de loisir dans un parc naturel. Il lui est aussi reproché d’avoir posté sur les réseaux sociaux un court texte où il s’interroge sur le port du hiyab : « pourquoi est-il obligatoire en Iran, alors qu’il est facultatif dans d’autres pays islamiques ? »

Une cour d’appel iranienne vient de confirmer cette la sentence, a-t-on appris mardi 28 juin. Pour la cour, Benjamin Brière serait un « agent au service d’un État ennemi ». Aux vues de cette motivation de la décision, maître Philippe demande « aux autorités françaises, américaines, britanniques, de faire de la libération des otages un préalable à la reprise des négociations sur le nucléaire ».
Il dénonce « un procès inéquitable devant des juges impartiaux. Benjamin Brière « n’a bénéficié d’aucun droit à se défendre, d’aucun accès aux éléments de l’accusation, aucune possibilité de préparer et présenter une défense devant les juges du tribunal révolutionnaire ». « C’est affligeant et dramatique, le sort de Benjamin est instrumentalisé », a-t-il déclaré à l’Agence France-Presse.

La famille de Benjamin Brière, qui s’inquiète aussi pour sa santé, en appelle aujourd’hui aux autorités françaises afin que des mesures soient prises immédiatement pour permettre son rapatriement.

Trois autres ressortissants français sont détenus actuellement en Iran. La chercheuse franco-iranienne Fariba Adelkhah a été condamnée en mai 2020 à cinq ans de prison pour atteinte à la sécurité nationale. Elle est aux arrêts domiciliaires depuis octobre 2020.
Deux autres Français ont été arrêtés en mai, accusés par Téhéran d’être « entrés dans le pays dans le but de déclencher le chaos et de déstabiliser la société ». toutes ces interpellations ont été jugées « sans fondement » par Paris.

Un rapport de force

Le phénomène de la prise d’otages en Iran est connu et répété. Depuis plus de dix ans, ce sont une cinquantaine d’étrangers et de binationaux qui y ont été arrêtés. Une quinzaine de personnes y sont encore retenues aujourd’hui. La méthode est toujours la même : l’utilisation de charges opaques, telles que l’espionnage et l’atteinte à la sûreté de l’État, l’incarcération à la prison d’Evin près de Téhéran, les interrogatoires sans fin et les confessions forcées. Et derrière la tactique, il y a les objectifs.

Jason Rezaian, journaliste américano-­iranien arrêté en juillet 2014 puis relâché le 16 janvier 2016, soit le jour même de la mise en place de l’accord sur le nucléaire iranien, est un cas probant. Comme il l’explique lui-même dans le récit circonstancié de son expérience, sa libération s’inscrivait dans une négociation d’ensemble où les États-Unis acceptaient également de libérer des prisonniers iraniens, d’alléger le régime des sanctions et de restituer certains avoirs du pays.

Comme lui, Xiyue Wang, chercheur américain, a également été récemment échangé, après trois ans de prison, contre la remise en liberté d’un universitaire iranien. D’autres n’ont pas cette chance. La citoyenne britannique et iranienne Nazanin Zaghari-Ratcliffe, condamnée à cinq de prison, est toujours détenue. L’Iran est allé jusqu’à demander au Royaume-Uni de régler une dette datant de 1979 et s’élevant à plusieurs centaines de millions d’euros.

Lier le sort des otages au nucléaire

Quelle réponse apporter dans ce rapport de force ? Un ancien otage américain à Téhéran, Barry Rosen, tente de mobiliser les diplomates occidentaux pour lier le sort des « otages » détenus par le régime iranien aux discussions en cours autour de l’accord sur le nucléaire.

Depuis plusieurs mois, le septuagénaire rencontre des diplomates français, allemands, américains et anglais pour essayer de convaincre qu’il faut dire à l’Iran qu’il n’y aura pas d’accord sur le nucléaire tant que tous les otages ne seront pas libres.

« Il faut un front uni contre l’Iran, qui utilise des gens comme monnaie d’échange, pour mettre un terme à cette diplomatie des otages », relate-t-il dans la presse américaine. « J’espère que Benjamin Brière et Fariba Adelkhah supportent la souffrance et comprennent que des gens ici se soucient d’eux. Ils ont besoin du soutien du gouvernement français, qui doit garder une position forte contre l’Iran », estime-t-il. Les conditions de détention de tous ces détenus ont une résonance directe avec ce que l’Américain a lui-même vécu pendant 444 jours entre 1979 et 1981, comme 51 autres otages de la prise de l’ambassade des États-Unis.

Mais le fait de lier le dossier nucléaire au sort des détenus aux mains de Téhéran n’est pas du goût de tous les politiques. Certains observateurs questionnent aussi cette démarche et appellent, comme le fait officiellement le département d’État américain, à faire évoluer les deux dossiers de manière distincte.