Exécutions en Iran en 1988 : Hamid Noury condamné à perpétuité en Suède, une première
Ce croquis de salle d'audience, réalisé le 23 novembre 2021, montre l'ancien responsable des prisons iraniennes Hamid Noury interrogé au tribunal de Stockholm, le 23 novembre 2021 - AFPUn procès inédit contre un ex-responsable pénitentiaire iranien jugé pour « crimes de guerre lors des exécutions de masse en Iran en 1988 » s’est achevé à la mi-mai en Suède. C’est la première fois qu’un Iranien comparaissait devant un tribunal pour sa participation présumée à ces exécutions menées après un ordre de l’ayatollah Khomeini, fondateur de la République islamique d’Iran, vers la fin de la guerre Iran-Irak. Après neuf mois de procès, le verdict était donc très attendu. Il vient de tomber. Le parquet avait requis la perpétuité. Le tribunal a suivi. Hamid Noury (61 ans), qui avait été arrêté en novembre 2019 lors d’un voyage à Stockholm, vient d’être jugé responsable de l’exécution de milliers d’opposants au régime dans un contexte de purge. C’est une première mondiale.
Un procès unique
En 1988, Hamid Noury occupait des fonctions d’assistant du procureur dans une prison près de Téhéran. « L’accusé a, dans son rôle d’assistant du procureur de la prison de Gohardasht à Karaj, près de Téhéran, conjointement, et en collusion avec d’autres, été impliqué dans les exécutions, qui ont eu lieu après une fatwa du guide suprême de l’Iran, l’ayatollah Khomeini », selon le jugement.
« Sous un alias, Hamid Noury est allé chercher les prisonniers, les a amenés au comité chargé de les condamner à mort et les a escortés jusqu’au site d’exécution », a jugé le tribunal de Stockholm, qui a suivi les réquisitions du parquet pour la perpétuité.
Tout au long des audiences étalées sur neuf mois, Hamid Noury, souvent théâtral et souriant, avait rejeté les témoignages d’anciens détenus l’accusant d’avoir participé à une série d’exécutions. Il dénonçait un complot monté par les Moudjahidines du peuple visant, selon lui, « à discréditer le régime de Téhéran, affirmant également qu’ « il était en congés durant la période concernée et qu’il travaillait dans une autre prison ».
Sous un alias, Hamid Noury est allé chercher les prisonniers, les a amenés au comité chargé de les condamner à mort et les a escortés jusqu’au site d’exécution.
Une diplomatie sous tension
Entamé en août 2021, le procès a tendu les relations entre la Suède et l’Iran. Il suscite l’inquiétude de représailles visant les prisonniers occidentaux détenus par le régime islamique, dont deux citoyens suédo-iraniens se trouvant dans le couloir de la mort. La principale inquiétude concerne l’universitaire irano-suédois Ahmedreza Djalali, condamné à la peine de mort en Iran pour des pseudo accusations d’espionnage. Préoccupée par d’autres récentes arrestations d’Européens en Iran « sans raison apparente », la Suède déconseille depuis fin juin à ses ressortissants de se rendre dans le pays.
Un jugement exemplaire
Hamid Noury a été reconnu coupable de « crimes aggravés contre le droit international et de meurtres ». Même si l’accusé, comme fonctionnaire pénitentiaire, jouait un rôle considéré comme « subalterne », c’est la première fois qu’un fonctionnaire iranien est jugé et condamné pour cette purge sanglante visant principalement des membres du mouvement armé d’opposition des Moudjahidine du Peuple (MEK), honni par Téhéran. La perpétuité correspond en Suède généralement à une peine effective d’une quinzaine d’années d’incarcération.
Des groupes de défense des droits humains estiment qu’au moins 5.000 prisonniers ont été exécutés à l’été 1988 lors de sentences prononcées à la chaîne par des « comités de la mort ». Les MEK avancent eux un bilan de 30.000 victimes.
