POLITIQUE

Flandre : Hadja Lahbib aux Affaires Etrangères est vue comme une nomination « pauvre »


L’annonce a été faite ce vendredi 15 juillet par Georges-Louis Bouchez. L’ancienne présentatrice du JT de la RTBF remplace Sophie Wilmès au poste de ministre des Affaires étrangères, des Affaires européennes et du Commerce extérieur, et des Institutions culturelles fédérales au sein du gouvernement De Croo. « J’aurai l’honneur d’être le visage de la Belgique à l’étranger », c’est par ces mots qu’Hadja Lahbib (52) a présenté sa prise de fonctions lors d’une conférence de presse tenue au bureau du parti libéral francophone. C’est la « surprise du chef » titrent ce samedi matin plusieurs médias francophones. Une surprise qui ne manque pas de faire également réagir au nord du pays. Si au sud, la nouvelle ministre est perçue comme une icône de la multiculturalité, en Flandre, la presse titre : « Grandir dans une partie pauvre du pays et devenir ministre, c’est possible ». Certains médias se questionnent aussi sur le fait qu’un ministre devrait être élu par le peuple et non choisi par un parti.

« Elle n’a peut-être pas de grandes connaissances politiques préalables, mais elle est certainement celle qui connaît le mieux le domaine politique ». Entre les ravis, les mécontents et les sans opinions, les libéraux sont partagés après la désignation surprise d’Hadja Lahbib. L’intéressée se déclare elle-même « être une âme libre », « ni de gauche, ni de droite ».

Pourquoi avoir choisi une candidate sans carrière politique, alors que plusieurs autres femmes de carrière étaient en ordre utile sur la liste ? C’est nier les compétences en interne, affirment certains. Cela balance dans le monde politique, mais aussi dans la population. Certains internautes sont tout aussi interpellés sur les réseaux sociaux. D’aucuns estiment même que cette nomination alimente l’idée de collusion entre la presse et le politique.
Du côté néerlandophone du pays, les commentaires vont également bon train, mais sous un autre angle. « Grandir dans une partie pauvre du pays et devenir ministre ? Chez nous, c’est possible », titre Het Laatste Nieuws, dans une opinion sous la plume d’Isolde Van den Eynde, journaliste politique au sein du média.

A la manière de Macron

Pour la journaliste politique, Georges-Louis Bouchez a choisi « à la manière de Macron », en prenant une personnalité de la société civile, sans carrière politique. « Bouchez a trouvé une journaliste de RTBF, digne d’être ministre MR.  Ni à gauche, ni à droite. Au milieu, à la manière de Macron. Une libre penseur ». Et de poursuivre : « Comme elle l’a si joliment dit en français, « capitaine de son âme ».  Aussi belle soit-elle, on en trouve dans toutes les fêtes, ça c’est sûr. Et on est toujours curieux de savoir si le capitaine du MR, plutôt de droite, ne va pas prendre le volant de temps en temps. ».

Une ministre non élue

« Mais là où cela craque, c’est qu’en tant qu’ex-journaliste, elle est la énième ministre non élue après Nicole de Moor (CD&V), Eva De Bleeker (Open Vld), Frank Vandenbroucke (Vooruit), Annelies Verlinden (CD&V) et Thomas Dermine (PS). Légalement, on ne peut rien y faire et pourtant, c’est une évolution quelque peu douloureuse. Certainement pour ceux qui ont passé leur vie à faire de la politique et à s’y épuiser (…) La récolte ? Les électeurs jugeront les nouveaux arrivants à De Croo-I en 2024 ».

Même son de cloche dans les pages de Het Gazet Van Antwerpen qui a lancé un sondage en ligne : « Une ancienne journaliste devient ministre. Pensez-vous que les ministres devraient être élus ? ». Les réponses sont cinglantes et à l’unisson : « La ministre non élue Hadja Lahbib ne représente qu’elle-même et son parrain, Bouchez », « A quoi servent les listes électorales ? », « Un ministre doit être élu, c’est la pierre angulaire de la démocratie », « L’intention des électeurs est un mythe », « Pourquoi y-a-t-il des élections ? Et puis on s’étonne du nombre d’abstentions ».

Une nomination « pauvre »

« Il y a encore beaucoup à dire sur Hadja Lahbib », poursuit la journaliste Isolde Van den Eynde, « mais surtout ceci : en Belgique, on peut grandir dans les quartiers les plus pauvres du pays et réussir comme ministre. Regardez Zuhal Demir (N-VA), la fille de mineurs de la cité de Genk. Regardez Meryame Kitir (Vooruit), la fille de mineurs de la même ville. Et regardez Hadja Lahbib, née et élevée dans le Borinage, la région minière pauvre du Hainaut. « Je suis le visage de la Belgique à l’étranger » a déclaré Hadja Lahbib. On constate que c’est comme ça… ».
Hadja Lahbib, fille d’une famille algérienne de Kabylie, est effectivement née à Boussu, près de Mons. « Un détail que le président du MR Georges-Louis Bouchez aime à souligner : les Francs Borains, le club de football dont il est le président, est l’équipe de Boussu », peut-on encore lire dans Het Laatste Nieuws.

Surprendre pour changer de politique

Georges-Louis Bouchez balaye toutes les critiques. Lahbib était son premier choix. « Elle ne fait pas d’erreur. Elle n’a peut-être pas l’expérience politique, mais elle a une meilleure connaissance du terrain que certains de ses prédécesseurs lorsqu’ils ont atterri au gouvernement », a-t-il déclaré. « Et puis, on dit souvent que les gens devraient être plus impliqués dans la politique et que la politique ne devrait pas être un champ clos ».

La nouvelle ministre des Affaires étrangères reconnaît n’avoir aucune expérience en politique, mais évoque son expérience de journaliste sur le terrain. « Lorsque j’étais présente en tant que reporter au Moyen-Orient, en Afghanistan, au Pakistan ou en Inde, j’ai toujours voulu jeter des ponts entre des opinions parfois éloignées. J’ai pu raconter et analyser en tant que témoin privilégié. Maintenant, on m’a demandé de décider et d’agir. C’est ce que je vais faire », a-t-elle expliqué.

Et de ponctuer : « C’est un honneur d’être le visage de la Belgique à l’étranger. Il y a des défis qui nous attendent : il n’y a pas seulement cette guerre aux portes de l’Union européenne, il y a aussi les crises énergétique et climatique. Mais je crois qu’un monde plus juste, durable et équitable est possible. Je respecterai loyalement l’accord de coalition et j’abattrai beaucoup de travail (…) Peut-être est-il temps de changer quelque chose en politique ».