Suppression du certificat médical: les entreprises craignent une hausse de l’absentéisme

Journaliste / Secrétaire de rédaction

Aujourd’hui, plus de 8 entreprises de plus de 50 travailleurs sur 10, soit 83,5% d’entre elles, continuent d’imposer à leurs travailleurs la présentation d’un certificat médical en cas d’absence. Moins d’une entreprise concernée sur dix ne le demande jamais. 3 employeurs sur 4 craignent que la nouvelle mesure relative au certificat médical voulue par le gouvernement fédéral n’entraîne une augmentation des absences d’un jour. Face au changement prévu, 6 entreprises sur 10 sont résolument contre la suppression du certificat médical pour un jour d’absence.
L’automne dernier, le gouvernement s’est engagé à supprimer les certificats médicaux pour les courtes absences. La mise oeuvre concrète de cette mesure est toujours en suspens, mais selon le ministre de la Santé Franck Vandenbroucke, le gouvernement a toujours l’intention de poursuivre sur cette voie. Le certificat médical serait dès lors supprimé pour « un nombre limité d’absences très courtes ».
Pour l’heure, rien ne filtre sur le nombre de jours concerné et aucun calendrier n’est connu quant à l’entrée en vigueur de la réforme.
Cependant, selon le ministre Vandenbrouck, l’objectif est bien de « libérer les médecins généralistes de beaucoup de paperasse contre-productive », afin qu’ils aient plus de temps pour d’autres choses, comme la prise en charge des malades de longue durée
Une réforme qui fait du bruit
Face à ce projet de nouvelle mesure, les employeurs apparaissent sceptiques. En effet, près de 6 entreprises de plus de 50 travailleurs sur 10 soit 55,8%, concernées par la mesure, sont résolument contre. 3 employeurs sur 4 soit 76% pensent d’ailleurs que cette suppression entraînera davantage d’absences de courte durée.
Telle est la conclusion d’une vaste enquête menée auprès de 1 105 employeurs belges entre le 30 juin et le 12 juillet, par le secrétariat social de Securex, partenaire en matière d’emploi et d’entrepreneuriat. En outre, il semble que l’introduction de la nouvelle mesure entraînera un changement radical car, actuellement, plus de 8 entreprises concernées sur 10 réclament toujours un certificat médical pour un jour d’absence au travail.
Seul 1 employeur sur 10 estime que la mesure n’entraînera pas d’augmentation des absences d’un jour.
Début juin, les ministres fédéraux compétents, Frank Vandenbroucke et Pierre-Yves Dermagne, annonçaient que les travailleurs d’entreprises de plus de 50 personnes pourraient s’absenter durant un jour, à raison de trois fois par an maximum, sans devoir présenter un certificat médical.
La récente enquête menée par Securex auprès des employeurs montre que cette mesure est accueillie de façon mitigée, voire négative, par les entreprises de plus de 50 travailleurs. 55,8% de ces grandes entreprises sont résolument contre la suppression du certificat médical pour un jour d’absence. Seul un cinquième, soit 19,7% d’entre elles est prêt à accepter cette mesure et 24,5% affirme qu’il pourrait éventuellement l’autoriser. Parmi les grandes entreprises comptant au moins 25% d’ouvriers, cette acceptation descend même à 8,8%.
Une crainte élevée des potentiels abus
La grande majorité des employeurs s’attend à ce que cette mesure fasse l’objet d’abus. 76% des entreprises (3 sur 4), quel que soit le nombre de travailleurs, pensent que la suppression du certificat médical pour les absences d’une journée entraînera une augmentation des absences d’un jour. Seul 1 employeur sur 10 estime que la mesure n’entraînera pas d’augmentation des absences d’un jour.
« Securex a précédemment démontré que les abus en cas d’absence pour cause de maladie étaient généralement peu nombreux1. Le risque d’abus est d’ailleurs plus faible dans les environnements où l’accent est mis sur la confiance et non sur le contrôle » commente Elisabeth Etter, Consultante en Absentéisme chez Securex.
« Une différence importante réside dans la solidarité et l’engagement que les travailleurs ressentent envers leur employeur et leur travail. Il est possible qu’il y ait plus d’absences d’un jour, mais également moins d’absences de plusieurs jours car, sans certificat médical, davantage de personnes retourneront au travail après seulement un jour. »
Les réactions des entreprises interrogées montrent que nombre d’entre elles s’attendent à ce que les travailleurs utilisent un « jour de congé maladie sans certificat », pour lequel aucune justification n’est requise, en particulier les lundis et les jours de pont.
Elisabeth Etter clarifie cela : « L’étude démontre qu’il n’y a pas plus d’abus les lundis et les vendredis, ni les jours de pont. Les employeurs doivent traiter les absences au travail de façon cohérente et constructive, sur la base d’accords clairs dans lesquels le dialogue est important. Par exemple, que l’absence soit signalée via un appel téléphonique au manager, et non par un SMS ou un email. Il est bon d’avoir un contact personnel dès le début de l’absence. »
Une adaptation radicale est nécessaire
Toujours selon Securex, plus de 8 entreprises de plus de 50 travailleurs sur 10 continuent de demander à leur personnel de présenter un certificat médical lorsqu’un travailleur s’absente une journée pour cause de maladie. Moins d’une entreprise concernée sur dix (8,7%) ne le demande jamais. Cette obligation est moins courante dans la région de Bruxelles et ne concerne que 69,2% des grandes entreprises ont tendance à collaborer avec davantage d’employés. Les grandes entreprises employant plus d’un quart d’ouvriers exigent systématiquement un certificat médical pour un jour d’absence en raison de maladie (90,7%).
Cette nouvelle mesure nécessitera donc un changement majeur dans les grandes entreprises en Belgique. Cette mesure peut inciter à se concentrer encore davantage sur la motivation des travailleurs.
« Cette mesure est en contradiction avec une politique RH basée sur le contrôle, qui augmente effectivement le risque d’abus. La suppression du certificat médical d’un jour est l’occasion de donner aux travailleurs un signal constructif de confiance, de solidarité et de responsabilité qui débouche sur une situation gagnant-gagnant », précise Elisabeth Etter.
Aucun soutien non plus de la part des PME
Le gouvernement fédéral a également déjà annoncé que la mesure serait évaluée un an après son introduction et éventuellement étendue aux petites entreprises de 20 travailleurs ou plus. Selon l’enquête de Securex auprès des employeurs, 8 entreprises sur 10, comptant entre 20 et 50 travailleurs, ont déjà indiqué qu’elles n’étaient pas prêtes à introduire la mesure en question. Seules 9,5% d’entre elles sont disposées à le faire.
