POLITIQUE

En Tunisie, il est urgent d’inverser l’inquiétante régression des droits humains

À la veille d'un référendum crucial sur une nouvelle constitution et des prochaines élections législatives, la révolution tunisienne semble oubliée. Les méthodes de répression du nouveau chef du gouvernement n’ont rien à envier à celle de Ben Ali. Les autorités tunisiennes doivent se saisir de toute urgence de la situation du pays en matière de droits humains, qui a considérablement régressé depuis que le président Kaïs Saïed s’est octroyé les pleins pouvoirs. Plus d'un millier de manifestants ont foulé ce samedi 23 juillet, le centre-ville de la capitale en criant « On refuse la Constitution d'un seul homme » ou  « Liberté, liberté ! », un autre rassemblement de 300 personnes avait déjà eu lieu la veille. De taille modeste par rapport aux marées humaines de la révolution de 2011, ces manifestations illustrent l'opposition au régime actuel, tenu d'un poing ferme par le Président Saïed.

Le nouveau rapport d’Amnesty International, intitulé Tunisie revient sur une année de régression des droits humains depuis l’accaparement du pouvoir par le président Kaïs Saïed, l’organisation détaille de quelles manières le président Saïed a démantelé ou affaibli des garanties fondamentales en matière de droits humains depuis qu’il s’est arrogé les pleins pouvoirs en juillet dernier, alors même qu’il s’est engagé à de multiples reprises à veiller à ce que les autorités respectent les droits humains. Le rapport décrit par quels moyens les autorités tunisiennes, quoiqu’elles ne mettent pas en œuvre une répression de grande ampleur, ciblent des critiques de premier plan et des ennemis présumés du président.

Des manifestations contre la mainmise du président

« Kaïs dégage ! », « On refuse la Constitution d'un seul homme », voila ce que scandaient hier le millier ( t un peu plus) de manifestants qui ont défilé dans l’avenue Bourguiba, cette grande artère du centre de la capitale, Tunis, à la veille d’un référendum controversé attendu ce 25 juillet. Depuis plusieurs semaines, le pays vit au rythme des manifestations contre l’initiative du président tunisien Kaïs Saïed de revoir la Constitution.

On est loin du mouvement né au printemps arabe en 2011, mais dix ans après la révolution, les choses ont bien changé.Ces manifestations illustrent deux points-clés de la situation actuelle en Tunisie : une large apathie de la population et une fragmentation persistante de l'opposition politique. Un an après avoir dissous le Parlement, le chef de l'État espère ainsi entériner une nouvelle Constitution qui lui permettra de jouir de vastes prérogatives sans devoir rendre de comptes.

Une inquiétante régression des libertés d’expression

Kaïs Saïd, élu Président  de la République le 23 octobre 2019, avec plus de 70 % des suffrages cultivait pourtant au départ d'une belle popularité. En 2021, cet universitaire spécialisé en droit constitutionnel et juriste de profession, alors qu'il jouit toujours d'une importante sympathie dans un contexte de blocages politiques et de la pandémie de Covid-19, il s'octroie les pleins pouvoirs constitutionnels, démet des membres du gouvernement et gèle les activités du parlement, puis le dissout, ce qui constitue un coup d'État pour des opposants et analystes.

Kaïs Saïed, élu Président  de la République le 23 octobre 2019, avec plus de 70 % des suffrages cultivait pourtant au départ d'une belle popularité.

« Le premier anniversaire de l’accaparement du pouvoir par le président Saïed est un jalon du démantèlement progressif des garanties en matière de droits humains. En gouvernant par décret sans contrôle ni supervision, le président a sapé plusieurs avancées essentielles en matière de droits humains que le pays avait accomplies au cours des dix années suivant la révolution de 2011, qui a mis fin au régime de l’ancien président Ben Ali », commente Heba Morayef, directrice régionale d’Amnesty International pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.

Et de poursuivre. « Les actes des autorités tunisiennes suscitent de graves préoccupations quant à l’avenir des droits humains en Tunisie. Le président Saïed et d’autres ont multiplié les coups portés aux droits humains et ont tout particulièrement mis à mal l’indépendance de la justice. Si elles ne recourent pas à une répression de grande ampleur, les autorités ont ciblé des critiques de premier plan et des opposants politiques au moyen d’enquêtes judiciaires, de poursuites, voire d’arrestations dans certains cas, ce qui révèle sans équivoque ce que pense le président de la dissidence. »

Démantèlement des garanties en matière de droits humains

Le 30 juin dernier, le président Saïed publiait un projet de constitution qui renforcera à terme davantage ses pouvoirs et menacera davantage les droits humains. Le projet de constitution a été publié à l’issue d’un processus de rédaction obscur et accéléré, sans réelle consultation des organisations de la société civile ou des partis politiques. Si ce texte est adopté par référendum ce 25 juillet 2022, il affaiblira l’indépendance de la justice, accordera au président le droit de déclarer un état d’urgence d’une durée indéterminée et lui permettra de gouverner sans contre-pouvoirs, et ce texte risque de permettre aux autorités de restreindre les droits humains selon des motifs religieux formulés en termes imprécis.

Au mois de juin, le président révoquait 57 juges en faisant valoir des accusations telles que (...) la corruption financière, morale, l’adultère et la participation à des « soirées alcoolisées »

Signe d’une intensification de la situation, le 31 décembre dernier, les autorités ont arbitrairement arrêté deux hommes – Noureddine Bhiri, ancien ministre de la Justice et figure éminente du parti Ennahda, opposé au président Saïed, et Fathi Bledi, ancien responsable de la sécurité – devant chez eux à Tunis, pour les emmener dans des lieux tenus secrets. Les autorités ont ensuite transféré un des deux hommes en détention dans un hôpital. Les deux hommes ont été détenus pendant plus de deux mois sans chef d’inculpation et sans pouvoir faire appel à des avocats.

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