POLITIQUE

JO 2024 et sûreté de l’Etat : la France n’est pas prête à garantir la sécurité


Le 26 juillet 2024 s’ouvriront les JO de Paris. Ce 25 juillet, les organisateurs ont dévoilé leur slogan pour les Jeux olympiques et paralympiques, ainsi que le calendrier des épreuves. L’édition est placée sous le signe de l’ouverture et de l’inclusion. « Ouvrons Grand les Jeux ». La grille tarifaire :  « 50 % des billets olympiques et 50 % des billets paralympiques à moins de 50 euros, et seulement 8 % des billets à plus de 200 euros ». « L’ambition, c’est d’avoir des stades pleins », a déclaré le porte-parole de Paris-2024, Michaël Aloïsio. Après le chaos du 28 mai dernier, au stade de France, les autorités sont toutefois sur le qui-vive et la cérémonie d’ouverture fait figure de point sensible. Risque d’attentat, cyberattaques, accidents, incertitudes quant à la situation épidémique, canicule ou encore d’éventuelles protestations populaires, la liste des menaces qui planent est longue. Le ministère de l’Intérieur et les « foulologues », soit les spécialistes des mouvements de foule, sont au travail, mais la Cour des compte est alarmiste. Dans un rapport révélé par le Canard enchaîné, elle martèle, à chaque page, le même message : « la France n’est pas prête à garantir la sécurité de cet événement planétaire ».

Grève des transports, présence de délinquants, flux très important de personnes sans billet, mauvaise réaction des stadiers et des forces de l’ordre sont les causes principales de l’échec spectaculaire de l’organisation de la finale de la Champions League, au Stade de France de Saint-Denis, le 28 mai dernier.
À deux ans des JO de Paris, la petite communauté des « foulologues »,  qui rassemble des psychologues, des physiciens et des informaticiens, est au travail pour tenter de modéliser les événements de la soirée d’ouverture, comme la gestion de l’ensemble de l’événement sportif. Mais, pour l’instant rien ne filtre. Sollicités par plusieurs médias, ils refusent à l’unisson de communiquer. Violences urbaines, cyberattaques, terrorisme, de son côté, si le ministère de l’Intérieur se dit être prêt à mettre en œuvre des moyens colossaux d’ici 2024, la Cour des comptes est alarmiste dans un document qui donne des sueurs froides.

Des inquiétudes réelles

Dans un rapport provisoire de 76 pages, la Cour des comptes prévient. « Tout événement mal maîtrisé survenant dans la période olympique, mettant en péril la sûreté et la sécurité des citoyens et des visiteurs ne peut que ternir, non seulement l’image des Jeux, mais également celle de la France sur la scène internationale ». Une mise en garde qui résonne avec le fiasco de l’organisation de la finale de la Ligue des champions de football, le 28 mai dernier. Les inquiétudes sur la capacité des autorités à éviter une débâcle du même type peuvent déjà naître de l’analyse du budget prévu pour les dépenses de sécurité.

A deux ans des JO, il n’est toujours pas « précisément établi », selon la Cour des comptes. Les dépenses liées à la cérémonie d’ouverture, où 600 000 personnes sont attendues sur 6 kilomètres le long des berges de la Seine, ne sont toujours pas prévues. « Le projet artistique de l’organisateur n’est pas déposé », explique-t-on à ce sujet au ministère de l’Intérieur. Il s’agit pourtant d’un point d’inquiétude majeur selon le rapport de l’institution car la cérémonie sera « ouverte à un très large public dans le cœur historique de la capitale ». De mêmes doutes pèsent sur le Relais de la flamme, prévu à travers le pays, avant l’ouverture de la compétition.

Des fragilités structurelles

Les fragilités sont également structurelles. De nombreux chantiers ont pris du retard, ce qui se rajoute aux craintes de la Cour des comptes. Les autorités françaises ne pourront pourtant pas plaider la surprise, tant elles répètent depuis des années que les JO et la Coupe du monde de rugby organisée en France en 2023 sont une opportunité pour structurer la filière. Il est désormais urgent « d’accélérer la cadence pour relever le défi sécuritaire considérable que représentent les menaces protéiformes qui pèsent sur les JO et de stabiliser définitivement la cartographie des sites (…) de façon à gérer les enjeux et à planifier précisément les mesures de sécurité », alerte la Cour des comptes.

La version définitive de ce document, qui a été transmis le 21 juillet dernier aux autorités, sera publiée d’ici la fin de l’année avec les réponses des différentes parties prenant part à l’organisation, mais il dit déjà la démesure et les enjeux sécuritaires d’un tel événement. Il s’agira pour la France d’organiser, en termes de densité, de durée et de complexité , « le premier événement mondial, toutes catégories confondues » : 13 millions de spectateurs et de nombreux chefs d’Etat sont attendus, tandis que 4 milliards de téléspectateurs devraient suivre la compétition.