SOCIETE

Prisons : si Marche-en-Famenne est sous tension, c’est l’émeute à Forest


Alors que Marche-en-Famenne est proche de l’implosion, les détenus de Forest (Bruxelles) se révoltent. Ce mardi 26 juillet, ils se sont barricadés à l’aide d’armoires en métal, de bureaux et de chaises, dans l’aile B, afin de protester. Des psychologues sont également restés bloqués un moment dans leur bureau avec des détenus. Déjà en mars dernier, un rapport alarmant de la Commission de surveillance de la prison de Forest alertait sur l’état du bâtiment, sur un personnel insuffisant, comme sur les conditions de détention minimalistes, le manque de suivi médical et l’absence d’hygiène, sources de frictions. L’objet de leur révolte cette fois ? Les demandes de libération conditionnelle et les permissions de sortie qui restent en rade. Depuis plusieurs semaines, comme à la prison de Marche-en-Famenne, l’équipe de direction n’assume pas sa mission d’avis.

Le manque de personnel pénitentiaire est un problème chronique, mais il a été renforcé par la crise sanitaire. À Forest, la situation est particulièrement critique : « On compte durant toute l’année de 30% à 35% du personnel absent », indique le rapport de la Commission de surveillance de Forest-Berkendael (Link : https://ccsp.belgium.be/wp-content/uploads/2022/04/CdS-Forest-Berkendael-Rapport-annuel-2021.pdf). Avec des conséquences à la fois sur les conditions de travail des agents et sur les conditions de détention des détenus.
Suppression de préaux, de visites, limitation du temps au téléphone, impossibilité de respecter le régime « porte ouverte », et relations tendues avec le personne. Le manque d’effectifs touche également la direction des établissements. Résultat : les détenus se rebellent.

Des cris de colères et des meubles déplacés

« Alors que nous en discutions, un brouhaha se fit entendre au travers d’une porte qui donne sur les ailes A et B de la prison. Ce brouhaha s’intensifia et donna lieu à des cris de colère et de meubles déplacés. Quelque chose n’allait pas. Nous sommes sortis de la section psychosociale pour gagner le centre de la prison. Les agents s’agitaient et se rendaient vers les ailes A et B », explique Benjamin Thiry, psychologue clinicien en milieu carcéral.
« Je descendis les escaliers et rejoignis les surveillants en contrebas. La situation était grave. Personne ne le disait mais tout le monde le sentait. La directrice avait l’oreille collée au téléphone : elle appelait la police et lui demandait d’envoyer des renforts au plus vite. Les détenus de l’aile B avaient demandé aux agents pénitentiaires de quitter la section pour s’y barricader à l’aide d’armoires en métal, de bureaux et de chaises ».

Des négociations tendues

« Des directeurs du site de Saint-Gilles rejoignirent leur collègue déjà sur place. Ils se rendirent à l’aile B afin d’échanger avec les détenus courroucés. Deux d’entre eux furent désignés pour représenter les autres et accompagnèrent les directeurs et certains agents dans le réfectoire de la prison, ainsi transformé en salle de négociation », poursuit-il.
« Sur les écrans de sécurité, je voyais une enfilade de policiers en combinaison d’intervention à l’entrée principale de la prison. Immobiles, ils attendaient un éventuel ordre d’intervention en cas de débordement de la situation intérieur. Vers 11h30, la négociation toucha à sa fin, les deux détenus et le personnel de la prison sortirent du réfectoire de manière calme et résolue. Les deux ambassadeurs des détenus s’entretinrent avec leurs pairs. Ils décidèrent de regagner leur cellule dans le calme. Les policiers se retirèrent et quittèrent les lieux ».

De nombreux avis en retard

Quelle est la demande des détenus ? Ils réclament la rédaction des avis des directeurs relatifs à leurs demandes de sorties. La loi prévoit, en effet, que la direction de l’établissement pénitentiaire doit remettre un avis relatif à ces demandes de congés, de sorties ou de libération anticipées, avant que les avocats des détenus ne les soumettent au tribunal d’application des peines.
Or, à cause d’un accroissement des tâches administratives au sein de l’administration pénitentiaire et d’une pénurie de personnel, les directeurs sont de moins en moins disponibles pour rédiger leurs avis dans de bonnes conditions. Cette situation génère des frustrations chez les détenus et une tension grandissante.

 Des détenus libérables, mais pas libérés

Le rapport Commission de surveillance de Forest-Berkendael du mois de mars dernier confirmait déjà cette situation et soulignait les répercussions du « sous-effectif » sur le moral des détenus. Les retards de plus en plus lourds et fréquents dans la gestion de leurs dossiers les privent de leurs droits les plus élémentaires dans le processus de réhabilitation censé les accompagnés vers la sortie.
Les délais étant démesurés, la majorité des détenus prestent des peines plus longues, alors qu’ils sont éligibles à une libération anticipée. Le cas des prisons bruxelloises est particulièrement problématique à cause du manque de directeurs.

Le quotidien des équipes est d’autant plus compliqué que les directeurs présents doivent tout gérer, depuis les problèmes de dépotoirs bouchés, d’humidité importante, d’extracteurs hors service, de manque d’étanchéité de la plomberie, d’infiltrations, jusqu’à la présence de rats. Soins dentaires, rendez-vous médicaux, consultations psy, le rapport dénonce aussi les difficultés d’accès aux soins de santé. Ici aussi la situation qui résulte de moyens défaillants : manque de médecins, de psychologues, de psychiatres et d’infirmiers, sans compter un matériel souvent défectueux. Le projet, annoncé depuis longtemps, de transférer le service médical des prisons du SPF Justice vers le SPF Santé publique n’est toujours pas effectif.

 

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