EDITO

Gare de Mons : et si la justice se penchait sur le dossier ?

De gauche vers la droite, Santiago Calatrava; l'ancien bourgmestre de Mons, Elio Di Rupo (PS) et Vincent Bourlard, ancien patron d'Eurogare. BELGA

En voilà un dossier qui a fait couler beaucoup d’encre et dont les irrégularités, ou plutôt les illégalités maintes fois répétées passent sous le radar comme si de rien n’était. La dernière livraison de la Cour des comptes sur le sujet, sortie il y a près d’un mois, est venue confirmer une série de manquements dans le dossier de construction de la gare de Mons, laquelle a pris huit ans de retard. La Cour des comptes relève, si besoin en était encore, un concours d’architecture truqué, un marché public illégal, un manque total de transparence et une absence de suivi du chantier.

La première question à se poser est de savoir comment un projet de construction d’une passerelle envisagée par la SNCB pour un budget de 37 millions d’euros a évolué pour se transformer en une gare dont le coût s’élève aujourd’hui à plus de 332 millions d’euros ? Pourquoi la SNCB a-t-elle changé son fusil d’épaule pour se lancer dans un chantier pharaonique dont l’opportunité se révèle aujourd’hui inutile. La Ville de Mons a-t-elle voulu faire jeu égal avec Liège en faisant tout pour avoir elle aussi sa « gare Calatrava » au point de commettre des indélicatesses ?

Au vu des conclusions de la Cour des comptes, il serait sain et opportun que la justice s’empare du dossier et mène des investigations approfondies.

Ensuite, quels sont les différents marchés publics qui ont été lancés pour encadrer les différents lots du chantier ? Des mains invisibles politiques ont-elles joué un rôle dans le dossier ? Les experts de la Cour des comptes ont fait un travail remarquable ; ils ont débroussaillé le terrain et dégagé la voie. Au vu des conclusions de la Cour des comptes, il serait sain et opportun que des investigations plus approfondies soient menées afin d’identifier les responsabilités. Et un acteur qui doit maintenant s’engager sur la voie pour une enquête à charge et à décharge n’est autre que la justice. Il n’y a que cette dernière qui pourra obliger celles et ceux qui observent aujourd’hui le silence de livrer leur version dans le cheminement du dossier afin d’éclairer la lanterne des citoyens. La première personne concernée n’est autre qu’Elio Di Rupo (PS). Actuel Ministre-président du Gouvernement wallon, il était bourgmestre de la cité du Doudou à l’époque où le projet de construction de la gare de Mons a été initié et il officiait comme président du jury qui a validé la maquette proposée par l’architecte international, Santiago Calatrava. Ce dernier a aussi signé la gare de Liège-Guillemins dont le coût avoisine 437 millions d’euros !

Un autre acteur du dossier qu’il serait intéressant d’entendre est Vincent Bourlard, ancien membre du comité de direction de la SNCB et patron d’Eurogare, la filiale du transporteur ferroviaire et maître d’ouvrage du chantier de la gare de Mons. Mais Elio Di Rupo et Vincent Bourlard ne sont certainement pas les seuls à interroger dans le dossier. Mais ce sont les principaux protagonistes. La gare de Mons était annoncée pour 2015, elle est désormais programmée pour 2023 !

Près d’un mois après le rapport de la Cour des comptes, difficile de trouver le texte final. Comme si le dossier dérange en haut lieu.

Le dossier de la gare Calatrava de Mons rappelle furieusement un autre également lié à la SNCB : sa filiale logistique ABX dont la constitution et la gestion ont coûté environ 1,3 milliard d’euros à l’entreprise ferroviaire (et au contribuable belge), mais que la SNCB a fini par céder pour environ 30 millions d’euros au fonds d’investissement, 3i, en 2006. Pour mémoire, 3i a revendu ABX en 2008 à l’opérateur DSV pour plus de 400 millions d’euros… C’est à croire que la SNCB adore les « bonnes affaires »…




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