ENERGIE

Opinion: Il faut abroger la loi sur la sortie du nucléaire !

La photo d'illustration montre le site des centrales nucléaires de Tihange, le lundi 24 janvier 2022. BELGA PHOTO ERIC LALMAND.BELGA

Dans quelques jours, le réacteur Tihange 2 sera mis hors service, quelques mois après que Doel 3 ait également été définitivement déconnecté du réseau. Ces deux décisions sont le résultat de la loi de 2003 relative à la sortie du nucléaire, alors qu’il n’y avait pas de crise énergétique, la seconde ayant été déclenchée par un conflit armé et ayant entraîné une perturbation des prix du gaz et de l’électricité. Ne serait-ce pas une politique responsable (et nécessaire) que d’abroger la loi de sortie du nucléaire de 2003 ?

L’argument sous-jacent de cette loi est qu’une centrale nucléaire serait obsolète après 40 ans et qu’elle doive être déclassée. Rien n’est plus faux : il n’y a pas d’arguments techniques pour arrêter définitivement une centrale nucléaire après 40 ans d’exploitation, mais seulement des arguments politiques.

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Les installations nucléaires de la Belgique sont en très bon état. Elles sont inspectées et entretenues périodiquement lors de chaque recharge de combustible (tous les 12 à 18 mois). En outre, elles font l’objet d’une évaluation de sécurité approfondie tous les 10 ans. Dans ce processus, des centaines de millions d’euros sont investis pour maintenir nos installations nucléaires au niveau de sécurité le plus élevé possible. L’industrie nucléaire est l’un des secteurs les plus strictement contrôlés et sécurisés, ce qui devrait nous rassurer dans un contexte où la sécurité est la priorité absolue pour l’ensemble du secteur nucléaire, dans toutes ses activités.

Les installations nucléaires de la Belgique sont en très bon état. Elles sont inspectées et entretenues périodiquement lors de chaque recharge de combustible (tous les 12 à 18 mois).

En outre, en termes de conception de la sécurité, les installations nucléaires belges sont parmi les plus robustes au monde. Autre argument : les centrales existantes nous permettent de renforcer notre indépendance énergétique, car elles produisent de l’électricité 100% belge, qui plus est sans C02. Dans un avenir proche, les centrales seront également en mesure de produire de l’hydrogène, en remplacement du fuel, et là encore sans émissions de CO2. Ceci n’est-il pas un grand atout dans la crise climatique actuelle, où la lutte contre le réchauffement de la planète est devenue une priorité absolue ?

Dans ce contexte, la Belgique prépare – sans trop de contre-réactions claires du monde politique – la fermeture de Tihange 2, quelques mois après celle de Doel 3. D’autres pays étaient également dans cette logique de sortie du nucléaire jusqu’il y a peu, mais la majorité d’entre eux (France, Pays-Bas, Finlande, Suède, …) sont depuis revenus sur cette décision.

Malgré ces différents éléments troublants, le Gouvernement belge ne semble pas vouloir abroger la loi de sortie du nucléaire. Heureusement, des voix de plus en plus nombreuses reconnaissent que cette loi n’a plus de sens. De nombreux pays maintiennent leurs centrales ouvertes plus longtemps, ou choisissent résolument d’en construire de nouvelles. L’énergie nucléaire est plus que jamais une énergie et une technologie d’avenir. Et cet avenir commence demain, dans moins de 10 ans, et non en 2040 ou 2045.

L’énergie nucléaire du futur sera basée sur les petits réacteurs modulaires (SMR), qui devraient être commercialisées au niveau industrie à partir de 2028 au Canada et de 2030 en France. Ces SMR auront l’avantage d’être flexibles, ce qui permettra à leur rendement et à leur production de s’adapter à la nature erratique et intermittente des énergies renouvelables, qui continueront à se développer de manière exponentielle au cours des prochaines années.

Serge Dauby, directeur général du Forum nucléaire, plaide pour l'abrogation de la loi de sortie du nucléaire de 2003. D.R.

L’énergie nucléaire du futur sera basée sur les petits réacteurs modulaires (SMR), qui devraient être commercialisées au niveau industrie à partir de 2028 au Canada et de 2030 en France.

Nous espérons que ces petits réacteurs leur permettront de répondre aux obstacles auxquels se heurtent actuellement les énergies renouvelables (Nimby, opposition des collectivités locales, etc.). Mais les avantages du système SMR ne s’arrêtent pas là. Les SMR constituent le meilleur complément à faible teneur en carbone des sources d’énergie renouvelables et permettent également de produire de l’hydrogène (dit rose) et de la chaleur. Cette chaleur à faible teneur en carbone peut être utilisée pour chauffer les entreprises et les habitations.

La population belge est bien consciente de l’importance et de l’urgence de la situation énergétique belge. Notre dernière enquête montre que 71 % des Belges sont favorables à un mix énergétique composé d’énergies renouvelables et d’énergie nucléaire. Pour pas moins de 80 % d’entre eux, la question de l’énergie influencera leur comportement électoral en 2024.

Il semble donc primordial, sans plus attendre, de faire ses adieux et de supprimer la loi de sortie du nucléaire

Serge Dauby
Managing Director | Belgian Nuclear Forum