Politique

Iran : la mobilisation se répand comme une traînée de poudre malgré la répression


Dans la soirée du samedi 3 janvier 2026, Téhéran et de nombreuses villes du pays ont été le théâtre de manifestations nocturnes, de courses-poursuites et d’affrontements avec les forces répressives. En réponse directe aux menaces proférées le matin même par Ali Khamenei, une population exaspérée est descendue dans les rues en scandant : « Mort à Khamenei » et « Cette année est une année de sang, Seyyed Ali sera renversé ».

La propagation rapide des protestations de Téhéran à 72 villes (selon le quotidien Etemad, proche du régime) témoigne du caractère massif et généralisé du rejet du pouvoir en place. Malgré des phases de reflux ponctuelles, ce soulèvement ne montre aucun signe d’essoufflement.

18 jeunes morts pour la liberté

  • Après une semaine de silence, Ali Khamenei, guide suprême du régime, a appelé ouvertement à la répression des « émeutiers ».
  • Selon un communiqué du Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI), depuis le 24 décembre 2025 (3 Dey 1404), 18 jeunes ont été tués pour la liberté, le plus jeune n’ayant que 15 ans.
  • À Téhéran, des manifestations ont éclaté dans plusieurs quartiers. Dans l’un d’eux, une foule nombreuse a scandé « Mort au dictateur ». Une femme courageuse portait une pancarte indiquant : « Je ne suis pas une émeutière », en réponse aux propos de Khamenei appelant à « remettre les émeutiers à leur place ».

Dans certains secteurs, des jeunes ont affronté les forces de répression qui tiraient des gaz lacrymogènes.
Les étudiants de l’Université Khajeh Nasir ont également manifesté en scandant : « Bassidji, Sepahi, Daech : c’est vous ! »

La révolte gagne du terrain

  • À Malekshahi, dans la province frontalière d’Ilam, les manifestations ont dégénéré en affrontements sanglants. Les Gardiens de la révolution ont ouvert le feu sur la population, faisant de nombreux morts et blessés parmi des civils sans défense. Les jeunes de la ville ont riposté et affronté les forces répressives.

Le bâtiment de la Fondation dite des martyrs, le commissariat et plusieurs banques ont été détruits.
Des pénuries de sang ont été signalées à l’hôpital de la ville. À ce jour, les noms de quatre martyrs identifiés ont été rendus publics. Des témoignages font état de quartiers entiers échappant temporairement au contrôle des forces gouvernementales.

  • À Kermanshah, de violents affrontements ont opposé la population aux forces répressives, et des coups de feu ont été entendus dans plusieurs quartiers. Des jeunes insurgés ont incendié une école religieuse (hawza) du régime.
  • À Machhad, des manifestations ont eu lieu dans plusieurs secteurs. Des jeunes insurgés ont incendié des motos des forces de répression et bloqué les rues en scandant : « Tant que les mollahs ne seront pas ensevelis, ce pays ne sera pas une patrie ».
  • À Chiraz, les manifestants ont bloqué les forces répressives en s’asseyant sur la chaussée, rue Amir Kabir, tandis que dans le quartier de Golshan, des jeunes ont incendié des pneus pour barrer les routes.
    À Delijan, des symboles du régime ont été incendiés, et à Khash, un kiosque de la police a été la proie des flammes.
  • Des manifestations et des affrontements se sont également poursuivis jusque tard dans la nuit dans 31 autres villes.

Radicalisation des actions de rue

  • Selon les communiqués du CNRI, ainsi que les vidéos et rapports de terrain reçus, le soulèvement est entré dans une nouvelle phase, marquée par une extension géographique accrue et une radicalisation des slogans et des actions de rue. D’après le quotidien Etemad, des protestations et des troubles ont déjà été recensés dans 72 villes.
  • Les funérailles de ceux tombés pour la liberté lors du sixième jour du soulèvement national se sont muées en nouveaux épicentres du mouvement, où le deuil et la colère se sont mêlés en un cri unifié contre le régime clérical.
  • au cinquième jour du soulevement, Les forces de sécurité ont également pris d’assaut le dortoir de l’Université Melli et, selon les rapports, arrêté plusieurs étudiantes. Cette attaque, survenue au plus fort des protestations, a une nouvelle fois mis en lumière la nature profondément répressive du régime et sa crainte du lien grandissant entre les étudiants et le soulèvement national.

Hamid ENAYAT
Ecrivain
Politologue et expert de l’Iran basé à Paris

(Cette capture vidéo, réalisée le 4 janvier 2026 à partir d’images UGC publiées le 3 janvier 2026, montre des manifestants dans le district de Malekshahi, dans la province d’Ilam, à l’ouest de l’Iran. Photo : AFP)


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