LA CRISE POLITIQUE S'AGGRAVE A BRUXELLES

Bruxelles : après l’échec de la mission d’Yvan Verougstraete, Les Engagés se disent disponibles, mais ne prendront pas la main

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Les Engagés ne décolèrent pas le parti libéral flamand, Anders (ex-Open VLD), accusé d’avoir torpillé la formation d’un gouvernement effectif à Bruxelles. Cheffe de la majorité centriste au Parlement bruxellois, Gladys Kazadi estime que le parti de Frédéric De Gucht joue un jeu dangereux en bloquant toute initiative visant à doter la Région de Bruxelles-Capitale d’un gouvernement de plein exercice. « Ce sont des opportunistes politiques qui voient Bruxelles comme un jeu politique où l’intérêt politique de leur parti prime sur celui de toute une région », fustige Gladys Kazadi. De son côté, le PS bruxellois estime que « Bruxelles ne peut rester l’otage d’un seul parti » et relève l’attitude paradoxale de l’ex-Open VLD.

Pilotée par un gouvernement en affaires courantes depuis les élections régionales du 9 juin 2024, la Région de Bruxelles-Capitale va devoir encore fonctionner avec un exécutif démissionnaire pendant un certain temps. En effet, ce mardi 20 janvier 2026, le formateur Yvan Verougstraete qui a commencé sa mission à la mi-décembre 2025 a jeté l’éponge constatant l’échec de sa démarche.

Face aux nouvelles exigences de l’Open VLD (Anders) et au refus du ministre du Budget de participer aux négociations visant à mettre en place les réformes pourtant indispensables pour relever Bruxelles et la doter d’un budget crédible, nous devons acter que les conditions de la réussite de notre initiative ne sont pas présentes.

« Face aux nouvelles exigences de l’Open VLD (Anders) et au refus du ministre du Budget de participer aux négociations visant à mettre en place les réformes pourtant indispensables pour relever Bruxelles et la doter d’un budget crédible, nous devons acter que les conditions de la réussite de notre initiative ne sont pas présentes. Après 19 mois de rendez-vous manqués, de tabous et de vetos, c’est l’existence même de la Région qui est en péril », a-t-il indiqué dans un communiqué.

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Président d’Anders (ex-Open VLD), Frédéric De Gucht est fustigé par les partis bruxellois qui l’accusent de privilégier les intérêts de son parti avant ceux de Bruxelles. (BELGA PHOTO BENOIT DOPPAGNE).

L’Open VLD ciblé

Le président des Engagés cible un parti politique précis ayant d’autres intérêts que ceux des Bruxellois.

« Maintenant que nous avons trouvé la solution pour pouvoir installer un gouvernement avec un majorité néerlandophone et pour diminuer le déficit de plus d’1 milliard d’euros comme cela était attendu, l’Open VLD (Anders) invoque une nouvelle raison pour ne pas venir s’asseoir à la table des négociations, ne fût-ce que par l’intermédiaire de son ministre du budget : il exige le retour à l’équilibre budgétaire dès 2029. Je regrette sincèrement qu’un parti préfère privilégier un symbole, qui n’est demandé ni par l’Union européenne ni par les agences de notation, à la possibilité de chercher un compromis réaliste », poursuit Yvan Verougstraete. Et de rappeler son passé de patron d’entreprise : « Je n’ai pas une grande expérience politique mais mon passé m’a appris que le plus important pour les banques et pour les citoyens n’est pas le chiffre que l’on pourrait mettre dans le fichier Excel du budget 2029 mais la crédibilité de ceux qui l’annoncent. Le précédent gouvernement, entre autres avec l’Open-VLD, avait annoncé le retour à l’équilibre en 2024… ».

Je n’ai pas une grande expérience politique mais mon passé m’a appris que le plus important pour les banques et pour les citoyens n’est pas le chiffre que l’on pourrait mettre dans le fichier Excel.

Yvan Verougstraete qui pensait présenter une feuille de route solide le 5 février 2026 jette donc l’éponge. Les partis (Les Engagés, Ecolo, PS, Défi, Groen, Vooruit, CD&V) qui discutaient de la formation d’un gouvernement de plein exercice avaient pourtant déblayer le terrain et annoncer la couleur : ramener le déficit prévisionnel 2029 à -248 millions d’euros (soit une amélioration de 1,4 milliard d’euros vs déficit à politiques constantes !), 14 chantiers prioritaires et 65 réformes concrètes ou décisions clés à prendre en 2026, etc.

Avec 2 députés sur 89 à Bruxelles

Cheffe de groupe des Engagés au Parlement bruxellois, Gladys Kazadi ne décolère pas non plus contre l’ex-Open VLD. « Je suis remontée contre leur attitude, car tout a été fait pour les intégrer dans le cadre des négociations. Mais les dirigeants d’Anders se sont comportés en opportunistes politiques. Ils voient Bruxelles comme un jeu politique et privilégient leurs intérêts à ceux de la Région », peste Gladys Kazadi.

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Cheffe de groupe des Engagés au Parlement bruxellois, Gladys Kazadi fustige l’attitude des députés bruxellois de l’ex-Open VLD qui sont aux abonnés absents. (BELGA PHOTO NICOLAS MAETERLINCK).

Je suis remontée contre leur attitude, car tout a été fait pour les intégrer dans le cadre des négociations. Mais les dirigeants d’Andere se sont comportés en opportunistes politiques.

Elle fustige le mutisme des députés bruxellois de l’ex-Open VLD. « Je n’entends pas les 2 députés bruxellois. Je leur rappelle qu’ils ont engagés pour Bruxelles et non pas pour la Flandre. Chez Les Engagés, on s’est fait mal en mettant hors-jeu le MR, notre partenaire au Fédéral et en Wallonie pour entamer des négociations à Bruxelles parce qu’on pense d’abord aux intérêts des Bruxellois avant les nôtres. Et ici, on voit le parti Anders qui refuse même de venir la table des négociations avec deux députés sur 89 et qui bloque la Région de Bruxelles-Capitale. J’espère qu’ils pourront se regarder dans un miroir », poursuit Gladys Kazadi.

Même sonnés par l’échec de mission de formateur de leur président, Yvan Verougstraete, la cheffe de groupe annonce que Les Engagés sont toujours « disponibles pour participer à une démarche, mais nous ne prendrons pas la main ».

« Attitude d’obstruction répétée » de l’Open VLD

De son côté, le PS aussi charge l’ex-Open VLD. « Bruxelles ne peut rester l’otage d’un seul parti. L’attitude de l’Open VLD/Anders atteste d’un paradoxe fondamental : celui de vouloir répondre à l’urgence budgétaire tout en rendant toute négociation impossible, au sein du gouvernement en affaires courantes tout comme à la table des négociations ; celui de vouloir réformer Bruxelles tout en empêchant toute majorité d’émerger pour voter ces mêmes réformes », a commenté le PS bruxellois.

Bruxelles ne peut rester l’otage d’un seul parti. L’attitude de l’Open VLD/Anders atteste d’un paradoxe fondamental.

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Président des socialistes bruxellois, Ahmed Laaouej fustige aussi l’attitude des libéraux flamands. (BELGA PHOTO JONAS ROOSENS).

Le parti dénonce « l’attitude d’obstruction répétée » des libéraux flamands, rappelant au passage que le parti Anders avait refusé plusieurs propositions qui lui avaient été faites.

« Pour rappel, l’open VLD avait refusé :

  • En novembre 2024, la participation du CD&V via la création d’un 4e Secrétaire d’Etat ;
  • En février 2025, la proposition des informateurs De Beukelaer et Van den Brandt ;
  • En septembre 2025, la proposition du facilitateur Verougstraete ;
  • En janvier 2026 enfin, la proposition du formateur Verougstraete».

La branche bruxelloise du PS qui dirige le gouvernement en affaires courantes à Bruxelles qu’il continuera son action malgré la situation. « Le PS continuera à assumer pleinement sa responsabilité à partir du Parlement bruxellois. Le PS rappelle enfin que la priorité demeure l’installation d’un gouvernement de plein exercice en vue de proposer un budget sérieux pour répondre aux urgences sociales, environnementales et économiques de notre Région », conclut les socialistes bruxellois.

(Le président des Engagés, Yvan Verougstraete a jeté l’éponge ce mardi 20 janvier 2026, constatant l’échec de sa mission de formateur à Bruxelles. Il fustige l’attitude des libéraux flamands. Photo : Belga).