DES NAVETTEURS VONT DEVOIR SE DEBROUILLER

SNCB : une grève de trois jours qui ne fait pas l’unanimité au sein des syndicats cheminots

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A l’appel de la CGSP-Cheminots, les cheminots des chemins de fer belges (SNCB, Infrabel, HR Rail) observent depuis dimanche 8 mars à 22h une grève nationale de trois qui se terminera le 11 mars à la même heure. Le syndicat socialiste entend dénoncer les mesures adoptées par le gouvernement fédéral Arizona et jugées préjudiciables pour le secteur et le personnel. Il s’agit notamment de la fin des engagements statutaires dès le 1er juin 2026 qui seront remplacés par des recrutements contractuels, l’introduction des restructurations pour des raisons économiques ou encore l’allongement de l’âge de la retraite. Même si les protagonistes assurent que le front commun syndical n’est pas rompu, il semble qu’il sérieusement fissuré, car la CGSP-Cheminots semble avoir initié la grève de trois sans concertation avec les autres syndicats (CSC-Transcom, SLFP-Cheminots, SACT, etc.).

Après l’échec de la réunion de conciliation, les chemins de fer belges sont paralysés par une grève de trois jours qui a démarré dimanche 8 mars 2026 à 22h qui se terminera mercredi 11 mars à la même heure. Même s’il a décidé de faire cavalier seul, le syndicat socialiste, CGSP-Cheminots assure dans son tract distribué, il y a quelques jours, que le préavis de grève couvre « l’ensemble du personnel de la SNCB, d’Infrabel, de HR Rail et de toutes les filiales ».

Parallèlement à la grève de trois jours, le rail belge sera touché par un quatrième jour d’action le 12 mars.

Parallèlement à la grève de trois jours, le rail belge sera touché par un quatrième jour d’action le 12 mars par un mouvement national décrété par toutes les instances de tous les syndicats. Mais ici, la CSC-Transcom a déposé un préavis qui couvrira le personnel non-roulant et jugé non-essentiel (guichetiers, personnel administratif, agents travaillant dans les ateliers, etc.).

Fin des engagements statutaires

Par son action, la CGSP-Cheminots entend poursuivre le combat contre les mesures décidées par le gouvernement fédéral, Arizona. La principale décision politique contestée est la fin des engagements statutaires dans les chemins de fer belges, remplacés par des recrutements contractuels. Pour les organisations syndicales, il s’agit d’une mesure qui va fragiliser les cheminots et faciliter leur mise à la porte tout en limitant les contestations en interne.

Par son action, la CGSP-Cheminots entend poursuivre le combat contre les mesures décidées par le gouvernement fédéral, Arizona.

Mais d’autres mesures sont vouées aux gémonies par les syndicats. C’est notamment la mise en place d’un nouveau mécanisme de concertation sociale. En effet, jusqu’à présent, les questions liées au statut du personnel, au statut syndical, ainsi qu’à la règlementation des prestations et des heures de repos font l’objet d’un vote en Commission paritaire nationale (CPN) à la majorité des deux tiers. En cas de blocage, les questions sont transférées à un comité de pilotage, composé également de façon paritaire et qui décide aussi à la majorité des deux tiers.

Comité d’escalation

Mais le changement au niveau de la concertation sociale est qu’en cas de blocage, c’est un comité d’escalation qui sera saisi et qui statuera à la majorité simple. Et comme le banc patronal y sera majoritaire ou il suffirait qu’un représentant syndical s’aligne sur la direction pour faire basculer le vote, les syndicats redoutent (à juste titre) que la porte ne soit ouverte à toutes les modifications, même celles qui seront préjudiciables aux cheminots.

Nous avons été surpris par la décision et son annonce par les dirigeants de la CGSP-Cheminots.

Une autre mesure mécontente les syndicats : l’allongement de l’âge de la retraite pour le porter à 67 ans à l’horizon 2030.

Même si les mesures sont contestées par les syndicats, le préavis de grève de trois n’est, cette fois, lancé que par la CGSP-Cheminots et visiblement sans concertation avec les autres syndicats. « Nous avons été surpris par la décision et son annonce par les dirigeants de la CGSP-Cheminots et dans certaines régions, ils assurent s’être concertés avec leurs homologues des autres syndicats, mais ce n’est pas vrai », nous confié plusieurs responsables des autres syndicats agréés ou reconnus cheminots.

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Le ministre fédéral de la Mobilité, Jean-Luc Crucke (Les Engagés), n’entend pas faire arrière sur la réforme des chemins de fer belges. (BELGA PHOTO BENOIT DOPPAGNE).

Recours contre la réforme

Le Syndicat autonome des conducteurs de train (SACT) manifeste ouvertement sa position. « La CGSP/ACOD a décidé de faire cavalier seul, sans raison et sans concertation avec ses partenaires pour les 3 jours de mars. (…). Est-ce que le SACT suivra cette grève ? Il n’y aura aucune communication de notre part, chaque conducteur y verra ou pas son intérêt à y participer. Par contre, une chose est certaine concernant nos pensions, nous attaquerons l’Etat belge par tous les canaux de juridiction possibles », a indiqué le SACT sur son compte Facebook.

La CGSP/ACOD a décidé de faire cavalier seul, sans raison et sans concertation avec ses partenaires pour les 3 jours de mars.

Ses dirigeants prennent l’exemple d’une réforme similaire au Royaume-Uni pour alerter sur les conséquences que pourraient subir les chemins de fer suite à la réforme portée par la nouvelle majorité politique fédérale. Car d’après eux, celle-ci va ouvrir la voie à la privatisation du rail belge

« Début février, nous avons rencontré des responsables de l’ASLEF (syndicat des conducteurs anglais), qui se réjouissent, tout comme les usagers, de la renationalisation des chemins de fer anglais. La gestion et les coûts des titres de transport ont été une catastrophe à tout niveau durant ces années de privatisation. La sécurité a été compromise à plusieurs reprises. Nos politiciens feraient bien de se renseigner », concluent-ils.

Modernisation en trompe-l’œil

D’autres voix s’élèvent pour dénoncer la réforme. « La décision du gouvernement fédéral de mettre fin aux engagements statutaires dans le rail à partir du 1er juin 2026 constitue une attaque frontale contre le service public et contre les droits des cheminots », a commenté Philippe Dubois, un ancien dirigeant de la CGSP-Cheminots sur Facebook.

En organisant volontairement cette fracture, le gouvernement oppose les générations, fragilise les solidarités et prépare un affaissement général des conditions de travail.

« Derrière les éléments de langage rassurants sur la « modernisation de la gestion du personnel » et le prétendu respect des droits acquis, il s’agit en réalité d’un choix politique assumé : faire basculer progressivement tout le personnel vers des contrats précaires, plus faciles à licencier, moins protégés, et donc plus soumis au chantage permanent à la « compétitivité » et à la « performance ». En organisant volontairement cette fracture, le gouvernement oppose les générations, fragilise les solidarités et prépare un affaissement général des conditions de travail », poursuit-il dans une longue publication.

(Les quais rénovés de la gare de Gand-Saint-Pierre, photographiés lors d’une visite de presse d’Infrabel et de la SNCB, le mercredi 3 décembre 2025 à Gand. BELGA PHOTO JONAS D’HOLLANDER).




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