« Epstein files » aux USA : l’affaire Mandelson-Epstein, le scandale qui pourrait emporter le Premier ministre britannique, Keir Starmer

La chute de Peter Mandelson s’impose désormais comme l’un des scandales politiques les plus graves qu’ait connus le Royaume-Uni depuis des années. Longtemps circonscrite à une controverse embarrassante, l’affaire a brutalement changé de nature après la publication, il y a quelques jours, de nouveaux documents judiciaires américains liés au milliardaire américain, feu Jeffrey Epstein. Mercredi 4 février 2026, devant le Parlement britannique, le Premier ministre britannique, Keir Starmer, a reconnu publiquement qu’il regrettait d’avoir nommé Peter Mandelson ambassadeur du Royaume-Uni aux États-Unis. Un aveu politique rare — et potentiellement dévastateur. La Police a ouvert une enquête pour abus de fonction publique à l’encontre de l’ancien ambassadeur.
Une figure centrale du New Labour
Si l’affaire provoque une onde de choc aussi profonde, c’est parce que Peter Mandelson n’est pas un acteur secondaire. Ancien ministre à plusieurs reprises sous les gouvernements de Tony Blair et Gordon Brown, il fut l’un des architectes idéologiques du New Labour, incarnation de la modernisation du Parti travailliste dans les années 1990 et 2000.
Stratège redouté, souvent décrit comme un « faiseur de rois », il a longtemps exercé une influence décisive sur la ligne politique du parti, bien au-delà de ses fonctions formelles.
Entre 2004 et 2008, Mandelson a occupé le poste de commissaire européen au Commerce, représentant l’Union européenne dans des négociations majeures avec les États-Unis et la Chine.
Son parcours est également européen. Entre 2004 et 2008, Mandelson a occupé le poste de commissaire européen au Commerce, représentant l’Union européenne dans des négociations majeures avec les États-Unis et la Chine. À Londres comme à Bruxelles, il s’est imposé comme une figure centrale de réseaux de pouvoir transnationaux, à l’intersection de la politique, de l’économie et de la diplomatie.
Les « Epstein files », détonateur venu des États-Unis
L’affaire bascule après la publication récente, par la justice américaine, d’une nouvelle série de documents issus des « Epstein files ». Ces pièces (courriels, échanges écrits, éléments contextuels) confirment que Peter Mandelson a entretenu des relations suivies avec le milliardaire américain déchu, feu Jeffrey Epstein bien après la condamnation de ce dernier en 2008, contredisant les versions minimisantes avancées pendant des années par l’ancien ministre et ancien ambassadeur.
Ces documents, produits hors du Royaume-Uni, agissent comme un accélérateur externe. Ils rouvrent un dossier que Downing Street croyait avoir neutralisé et replacent la question au cœur du débat politique britannique, cette fois sur un terrain factuel difficilement contestable.
Washington, un poste clé devenu point de rupture
Fin 2024, Mandelson est nommé ambassadeur du Royaume-Uni à Washington, l’un des postes diplomatiques les plus sensibles de l’appareil d’État britannique. La nomination est validée par Keir Starmer sur la base des assurances fournies par l’intéressé concernant ses liens passés avec Epstein.

Le Premier ministre britannique, Keir Starmer. (ANDREW CABALLERO-REYNOLDS / AFP).
À l’époque, le gouvernement tente de présenter cette décision comme un geste de gestion politique visant à contenir une polémique.
Mais en septembre 2025, moins d’un an après son arrivée aux États-Unis, Mandelson est limogé. À l’époque, le gouvernement tente de présenter cette décision comme un geste de gestion politique visant à contenir une polémique. La publication récente des « Epstein files » transforme radicalement la lecture de cet épisode : ce qui apparaissait comme un problème d’image devient une faillite institutionnelle.
Pourquoi la police enquête ?
La dimension judiciaire marque un tournant décisif. La Metropolitan Police a ouvert une enquête pour misconduct in public office (abus de fonction publique), une infraction rare du droit britannique.
Les enquêteurs ne s’intéressent pas à la moralité des relations personnelles de Mandelson, mais à une question centrale : a-t-il transmis à Epstein des informations obtenues dans l’exercice de fonctions publiques ou grâce à un accès privilégié aux cercles du pouvoir ?
Les documents américains suggèrent que Mandelson aurait partagé des éléments issus de discussions politiques ou économiques internes, potentiellement exploitables à des fins privées. Pour la police, il s’agit d’établir si ces échanges constituent une violation consciente des devoirs liés à une fonction publique, et s’ils sont suffisamment graves pour justifier des poursuites pénales.
Une bataille politique sur la transparence
Parallèlement à l’enquête policière, une fronde parlementaire s’est organisée pour exiger la publication intégrale des documents liés à la nomination de Mandelson. Des deputes, y compris ceux issus des rangs travaillistes, réclament les dossiers de vetting, les échanges internes et la chronologie précise de ce que le gouvernement savait, et quand.
Parallèlement à l’enquête policière, une fronde parlementaire s’est organisée pour exiger la publication intégrale des documents liés à la nomination de Mandelson.
L’exécutif invoque la sécurité nationale et la nécessité de ne pas entraver l’enquête. Un compromis a été trouvé : les documents les plus sensibles seront examinés par la commission parlementaire chargée du renseignement et de la sécurité. Mais politiquement, le mal est fait : ce bras de fer révèle une perte de confiance profonde entre le gouvernement et le Parlement.
Starmer fragilisé, la question de la fin de cycle
Mercredi 4 février 2026, en reconnaissant devant la Chambre des communes qu’il regrettait la nomination de Mandelson, Keir Starmer a franchi une ligne politique. Loin de clore la crise, cette déclaration l’a déplacée vers une question plus large : celle de son jugement et de son autorité.
Dans les rangs travaillistes, la colère est palpable. Des députés évoquent désormais ouvertement une erreur incompatible avec la promesse de rigueur éthique qui avait porté Starmer au pouvoir. Certains parlent d’un Premier ministre dépassé par ses propres angles morts, incapable de maîtriser le récit et contraint de réagir sous pression.
Dans les rangs travaillistes, la colère est palpable. Des députés évoquent désormais ouvertement une erreur incompatible avec la promesse de rigueur éthique qui avait porté Starmer au pouvoir.
Plusieurs commentateurs politiques britanniques estiment que l’affaire Mandelson-Epstein pourrait constituer le tournant du mandat Starmer, voire le début de sa fin. Non pas nécessairement en raison d’une chute immédiate, mais parce que la crise a entamé ce qui fait la solidité d’un leadership: la confiance interne, la cohérence stratégique et l’autorité morale.
Un cas d’école pour l’Europe
L’affaire dépasse largement la politique intérieure britannique. Elle agit comme un cas d’école sur la porosité entre sphères politiques et réseaux privés transnationaux, sur l’impact de révélations judiciaires étrangères, et sur la fragilité des mécanismes de contrôle démocratique.
À l’ère des archives, des fuites et des enquêtes globalisées, l’affaire Mandelson-Epstein rappelle une réalité désormais centrale pour les démocraties européennes : les zones d’ombre du pouvoir finissent toujours par devenir des affaires d’État. Et parfois, elles emportent bien plus qu’un homme, elles emportent un mandat tout entier.
Alexander Seale (à Londres)
Le président américain Donald Trump annonce un accord commercial avec la Grande-Bretagne, sous le regard de l’ambassadeur britannique aux États-Unis, Peter Mandelson (à droite), dans le Bureau ovale de la Maison-Blanche à Washington, le 8 mai 2025. Photo : Jim Watson/AFP)
