Iran : Ce que Alain Bauer dit et que personne ne veut entendre


Il y a des vérités qui dérangent trop pour être répétées. Pas parce qu’elles sont fausses. Précisément parce qu’elles sont vraies. Alain Bauer les dit. Depuis un mois. Sur plusieurs plateaux de télévision français.  Avec la régularité et le sang-froid de quelqu’un qui sait de quoi il parle et qui sait que personne ne va le relayer.

Bauer, rappelons-le pour ceux qui découvriraient le personnage, n’est pas un va-t-en-guerre de plateau.  C’est un criminologue de rang international, conseiller sécurité des gouvernements qui comptent, ancien Grand Maître du Grand Orient de France, homme de confiance de Michel Rocard.

Quand il parle, il a des sources. Quand il affirme, il ne bluffe pas. Et ce qu’il affirme depuis un mois devrait faire l’ouverture de chaque journal télévisé d’Europe occidentale. Il n’en fait aucun.

Cherchez l’erreur.

Minzadehei, le nom que personne ne prononce

Le 3 mars 2026, l’armée israélienne frappe un site souterrain dans la banlieue nord-est de Téhéran.  Le nom du site : Minzadehei. Comptez le nombre de fois où vous l’avez lu dans la presse.
Prenez le temps qu’il faut.

Le site est dissimulé avec l’élégance habituelle du régime des mollahs : une zone de loisirs en surface, un club équestre à proximité, rien qui ne trahisse, depuis le ciel, ce qui se passe en dessous.

Cette vérité dérange le récit.  Alors on la passe sous silence.

Les Israéliens n’ont pas trouvé ce site grâce à des satellites. Ils l’ont trouvé en suivant des scientifiques nucléaires iraniens qui s’y rendaient clandestinement, en prenant soin de ne pas se faire repérer.
Quand vos meilleurs cerveaux nucléaires jouent à cache-cache pour aller travailler, c’est qu’on ne fait pas de la recherche fondamentale sur l’énergie propre.

Ce qu’on y faisait ? Selon l’IDF et selon Bauer, on enrichissait l’uranium à 90 % (qualité militaire, rien d’autre) et on travaillait à l’intégration de la matière fissile avec un vecteur balistique.  En clair : on assemblait l’ogive. Pas le programme. Pas la théorie. L’ogive.

L’ambassadeur israélien l’a dit avec une clarté que la diplomatie s’autorise rarement : sans cette frappe, le site aurait « très bientôt atteint un point où il n’aurait plus pu être détruit. »  Traduction pour les non-spécialistes : quelques semaines de plus, et la fenêtre se refermait. Définitivement. Quelques semaines.

Voilà ce que Bauer répète. Voilà ce que la presse entend et décide de ne pas amplifier, occupée qu’elle est à comptabiliser les victimes civiles des frappes, ce qui est légitime, tout en s’arrangeant pour ne jamais poser la question symétrique : combien de victimes si l’Iran avait eu la bombe ?

La Montagne de la Pioche, le secret que personne ne cherche

Pendant qu’on vous parle de cessez-le-feu et de droit international, il existe en Iran un site qui résume à lui seul l’absurdité de croire qu’on peut régler ce dossier avec des conférences de presse et des résolutions onusiennes. Son nom persan : Kuh-e Kolang Gaz La.
Traduction littérale : la Montagne de la Pioche.  Son emplacement : à 1,5 kilomètre au sud du complexe de Natanz, creusée dans le massif des Zagros.

Sa profondeur estimée : suffisante pour que même les GBU-57 américains, les Massive Ordnance Penetrators de 14 tonnes, les bombes les plus puissantes de l’arsenal conventionnel américain, celles qui ont éventré Fordow, ne soient pas garantis d’y faire grand-chose.

La construction a débuté en 2020. L’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique) n’y a jamais mis les pieds.  Et depuis les frappes de juin 2025, les images satellites montrent que les Iraniens ont accéléré les travaux : entrées de tunnels renforcées avec des dalles de béton massives, enfouies sous des mètres de terre, matériel de chantier lourd en activité permanente.

Depuis 2018, l’Iran a méthodiquement reconstitué et amplifié ses réserves. Onze tonnes d’uranium.

Ce qu’on y cache ?  Les hypothèses sérieuses sont au nombre de trois : stockage de l’uranium enrichi à haute teneur soustrait aux décombres des sites bombardés, assemblage de centrifugeuses pour reconstituer une capacité d’enrichissement, ou, hypothèse que personne ne veut formuler à voix haute, enrichissement clandestin à l’abri de tout regard et de tout projectile.

La Montagne de la Pioche n’a pas été bombardée.

Pas par oubli. Parce qu’on ne sait pas comment la détruire depuis les airs.  C’est le sanctuaire nucléaire iranien que les militaires américains eux-mêmes regardent avec un mélange de frustration et d’inquiétude.

Des voix à Washington ont évoqué des opérations de forces spéciales pour y planter des explosifs de l’intérieur. D’autres ont suggéré des options que la bienséance interdit de détailler. La presse occidentale, elle, n’en parle pas. Chercher pourquoi serait lui prêter trop d’intentions.

Disons simplement que ça ne rentre pas dans le récit.

Les 11 tonnes, pas 440 kilos

Voici un exemple parfait de la manière dont l’information est tronquée sans être techniquement fausse.

Depuis des semaines, vous entendez parler de 440 kilos d’uranium enrichi à 60 %.  Le chiffre est réel. Il désigne le stock quasi-militaire, celui qui se transforme en matière à bombe en quelques semaines de centrifugation supplémentaire.  C’est le chiffre spectaculaire, celui qui permet dix à onze bombes. Mais ce n’est pas le stock total.

Bauer, lui, donne le chiffre complet : 11 tonnes d’uranium enrichi, à des niveaux variés, 3 %, 5 %, 20 %, 60 %.

Depuis le retrait américain du JCPOA (++) en 2018, l’Iran a méthodiquement reconstitué et amplifié ses réserves. Onze tonnes.

Et depuis juin 2025, l’AIEA n’a plus accès à aucun site iranien. Personne ne sait précisément où se trouve ce stock.  Une partie est enfouie sous les décombres des sites bombardés.
Une autre a été déplacée avant ou pendant les frappes, dans des conteneurs de la taille d’une bouteille de plongée, vers des destinations inconnues.

La question n’est donc plus seulement l’Iran peut-il fabriquer une bombe ?

La question est : où est la matière première, et entre quelles mains pourrait-elle se retrouver ?
C’est ça, le vrai sujet. Pas les 440 kilos. Les 11 tonnes dont on ne sait plus où elles sont.

Le malaise occidental ou l’art de se voiler la face

Soyons directs.

La bien-pensance occidentale a besoin que cette guerre soit simple : Israël bombarde, des civils meurent, c’est une violation du droit international, fin de l’analyse.

Cette grille de lecture a le mérite de la clarté morale et l’inconvénient d’être intellectuellement malhonnête.

Elle refuse d’intégrer ce que Bauer dit.  Elle refuse de regarder Minzadehei en face. Elle refuse de poser la question qui fâche : si les frappes n’avaient pas eu lieu, si Minzadehei avait terminé son travail, si la Montagne de la Pioche avait livré ses secrets, que répondait-on le jour d’après ?

Un Iran nucléaire militaire ne se négocie pas après coup. Ça ne se dissuade pas après coup.

Ça change la géopolitique du Moyen-Orient, les équilibres mondiaux, et la vie de quelques millions de personnes de manière définitive et irréversible.

Bauer dit la vérité.

Une vérité désagréable, qui oblige à admettre que les Israéliens n’ont pas frappé par caprice ou par expansionnisme, mais parce qu’ils regardaient une horloge tourner et qu’ils savaient ce qui se passait quand le compte à rebours atteignait zéro.

Cette vérité dérange le récit.  Alors on la passe sous silence.

Vous venez de la lire.

Aldo MUNGO
Armées & Défense

 

Sources : IDF, Institute for Science and International Security, Arms Control Association, Carnegie Endowment for International Peace, Foundation for Defense of Democracies, AIEA  et Alain Bauer, qui a l’élégance de dire à voix haute ce que d’autres murmurent dans les couloirs.

https://www.facebook.com/armeeetdefense

++ : ndlr : JCPOA pour Joint Comprehensive Plan of Action ou Plan d’action global commun, accord sur le nucléaire iranien signé en 2015 entre l’Iran et les puissances mondiales (Chine, France, Allemagne, Russie, Royaume-Uni, États-Unis, visant à limiter le programme nucléaire iranien à des fins civiles en échange de la levée de sanctions économiques.

 


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