France : le Premier ministre et la présidente de France Tv tirent à boulets rouges sur le rapport de la Commission sur l’audiovisuel public


Comme nous lavions déjà indiqué ici, le rapport de la Commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public a été publié ce mardi matin sur le site de l’Assemblée nationale. Une Commission sous haute surveillance, très médiatisée et sans doute lune des plus sulfureuses de cet exercice parlementaire. La présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte, et le Premier ministre, Sébastien Lecornu, tirent à boulets rouges sur le rapport. La première parle du « plus grand plan social de lhistoire culturelle française », alors que le second estime que le rapport « passe à côté de l’essentiel».

À l’initiative de l’UDR, le parti d’Eric Ciotti, les travaux avaient été lancés au mois de septembre dernier afin de clarifier l’utilisation des 4 milliards d’euros alloués à l’audiovisuel public français, une démarche présentée comme inédite, voire historique, à l’Assemblée nationale. Aujourd’hui, le texte est accessible sur le site de l’institution et suscite de vives réactions dans les différents camps politiques.

Des réactions vives et contrastées après la publication du rapport

Le président de la Commission, Jérémie Patria Leitus (parti Horizons d’Edouard Philippe), avait pourtant annoncé dans son propos liminaire qu’elle ne serait ni un tribunal politique, ni le lieu de la « politique spectacle ».

Une promesse qui, selon plusieurs observateurs, n’a pas été pleinement tenue. Les auditions ont en effet parfois été qualifiées de « cirque », de « buzz » ou encore de « starisation » du débat public, certains dénonçant même une opposition politique marquée. Ces critiques interviennent dans un contexte de forte polarisation de la société française, à la veille d’une campagne électorale qui s’annonce particulièrement tendue.

Des tensions internes et une méthode contestée

Le style du rapporteur, Charles Alloncle, a été remis en question à plusieurs reprises, y compris au sein même de la Commission. Le Président a, à plusieurs occasions, exprimé son désaccord, notamment face à certains tweets ou à la divulgation de montants jugés imprécis et non nécessaires à la compréhension des débats.

La mise en avant de rémunérations concernant des personnalités non auditionnées, comme Virginie Efira, à propos du Festival de Cannes a également suscité des critiques.

La mise en avant de rémunérations concernant des personnalités non auditionnées, comme Virginie Efira, à propos du Festival de Cannes a également suscité des critiques. À tel point que des échanges parfois vifs ou enfantins ont opposé le rapporteur et le Président, une querelle largement relayée sur les réseaux sociaux et qui a contribué à fragiliser la crédibilité des travaux.

La présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte juge le rapport biaisé. (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

Des réactions politiques vives après publication

Après la publication, ce mardi matin, de la publication du rapport, la présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte, a vivement réagi, dénonçant un texte profondément biaisé. Elle fustige un « rapport à charge », reposant selon elle sur « des insinuations, des approximations et des contre-vérités ».

Dans une critique particulièrement sévère, elle alerte sur les conséquences des propositions avancées, évoquant un « affaiblissement historique » du service public audiovisuel.

La présidente de France TV va jusqu’à parler du « plus grand plan social de lhistoire culturelle française », estimant que ces orientations fragiliseraient durablement les missions d’information.

La présidente de France TV va jusqu’à parler du « plus grand plan social de lhistoire culturelle française », estimant que ces orientations fragiliseraient durablement les missions d’information, de création et de cohésion du service public.

Du côté du gouvernement, le ton se veut plus mesuré, mais demeure critique. Le Premier ministre Sébastien Lecornur regrette un rapport qui « passe malheureusement à côté de lessentiel ».

S’il reconnaît la nécessité d’ouvrir le débat sur l’avenir et le financement de l’audiovisuel public, il considère que les conclusions proposées ne répondent pas pleinement aux enjeux structurels du secteur, notamment en matière de transformation numérique, de concurrence internationale et d’évolution des usages. Il qualifie ainsi le document « doccasion manquée », soulignant une approche jugée incomplète et insuffisamment opérationnelle.

Le rapporteur de la Commission parlementaire sur l’audiovisuel public, Charles Alloncle. (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

Des recommandations structurantes et controversées

Le texte préconise, en ce qui concerne la neutralité, l’un des axes majeurs de l’enquête, de « veiller, pour les salariés, à leurs expressions publiques à caractères politiques », autrement dit de limiter l’expression d’opinions, aussi bien à l’antenne que sur les réseaux sociaux. Le rapport prévoit également une diversification des profils d’éditorialistes présents sur les antennes du service public, afin d’élargir les points de vue et de renouveler les intervenants.

Charles Alloncle propose de modifier le mode de nomination des dirigeants de l’audiovisuel public, en confiant cette responsabilité directement au Président de la République plutôt qu’à l’ARCOM.

Par ailleurs, plusieurs propositions visent à réorganiser le paysage audiovisuel public. Le rapport recommande notamment des rapprochements entre médias, comme entre France 24 et France Info, ainsi qu’entre France 2 et France 5, dans un objectif de rationalisation et d’économies, estimées à 200 millions d’euros par an. Il propose également de « réduire les jeux télévisés et les rediffusions qui sont redondants sur ces chaînes » et d’encourager davantage de production interne. Cette stratégie pourrait, selon le rapporteur, générer jusqu’à un milliard d’euros d’économies, dont une partie serait destinée au désendettement de l’État, une mesure centrale du dispositif.

Enfin, Charles Alloncle propose de modifier le mode de nomination des dirigeants de l’audiovisuel public, en confiant cette responsabilité directement au Président de la République plutôt qu’à l’ARCOM. Une recommandation qui suscite de nombreuses réserves, certains y voyant un risque accru de politisation de l’audiovisuel public.

Très consulté depuis sa mise en ligne, le rapport a déjà suscité un large intérêt, signe de l’importance du débat qu’il soulève. Reste désormais à savoir si ces réactions et ces préconisations se traduiront concrètement en réformes.

Yannick Ferruzca (depuis Paris)


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