EDITO

Sans-papiers : des critères de régularisation plutôt qu’une crise gouvernementale

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Ce 20 juillet est un jour de deuil national décrété par les autorités fédérales. Un moment de recueillement pour rendre hommage aux nombreuses victimes des inondations de la semaine dernière. L’initiative est à saluer, car elle démontre l’empathie de responsables politiques (en communion avec la population) vis-à-vis d’une situation dramatique.

Mais comment un gouvernement fédéral, constitué de responsables politiques aussi sensés, peut-il faire preuve d’une telle compréhension face à la douleur des citoyens et se montrer en même temps inflexible devant la douleur d’individus qui n’ont d’autres choix que de mettre leur vie en danger pour obtenir un sésame de citoyenneté ? Sont-ils une menace pour notre sécurité ? Représentent-ils une complication ou un écueil sur le chemin de développement du pays ? Mettent-ils en danger notre autosuffisance alimentaire ou l’avenir de nos enfants ? Difficile de ne pas répondre à ces questions par la négative. Or, les solutions proposées jusqu’à présent (zone neutre, envoyé spécial, etc.) manquent d’humanité et illustrent une fermeté qui interpelle devant une situation aussi dramatique que désespérée. Difficile de ne pas s’indigner face à la situation de 475 sans-papiers en grève de la faim depuis près de 60 jours à Bruxelles (église du Béguinage, locaux de l’ULB et de la VUB) et qui, jusqu’à présent, trouvent porte close auprès des autorités fédérales. Qu’ont-ils fait pour mériter un tel traitement, alors que la plupart résident sur le territoire, certes de façon irrégulière, mais depuis au moins 10 ans et y travaillent ?

Il faut donc travailler au sein du gouvernement pour trouver une solution de sortie par le haut, où il n’y aura ni vainqueur, ni vaincu.

La vie d’un homme ou d’une femme, prêt(e) à se sacrifier pour obtenir une existence administrative, ne vaut-elle pas plus qu’une crise gouvernementale ? Assurément que oui. Il est donc temps de prendre de la hauteur pour trouver une solution à une situation déshonorante pour la Belgique. Celle-ci et la réponse qui y est apportée pour l’instant la présentent, aux yeux de l’opinion européenne et internationale, comme un pays qui s’émeut du sort d’un opposant politique en grève de la faim en Russie (Alexeï Navalny), un pays prêt à se mettre à dos une grande puissance asiatique (la Chine) pour la défendre des Ouïghours, mais qui tourne, en même temps, le dos face à une situation de détresse humaine sur son territoire.

Il faut donc travailler au sein du gouvernement pour trouver une solution de sortie par le haut, où il n’y aura ni vainqueur, ni vaincu. Il faut trouver une alternative où personne ne perdra la face. Menacer publiquement de quitter la coalition Vivaldi comme l’affirment PS et Ecolo ne facilite pas les choses. Au contraire. Cette attitude met les autres partenaires de la majorité inutilement en difficultés et instaure un rapport de force qui, inévitablement, entraînera un raidissement. Or, il y a urgence, car la situation des grévistes de la faim est plus que critique et une issue fatale dans leur rang n’est pas exclue après une période aussi longue de refus de s’alimenter (près de 60 jours). La détresse physique et psychologique des grévistes arrive à un point de non-retour ou l’a déjà atteint pour certains. Après cette crise, il faudra se pencher sérieusement sur la mise en place d’un cadre législatif avec des critères clairs et précis d’une politique d’accueil des réfugiés ou des immigrés.


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