Afghanistan : une tragédie prévisible et évitable

Journaliste – Rédacteur en chef.
AFPEn quelques jours, les Talibans ont conquis la quasi-totalité du territoire afghan et pris dimanche la capitale Kaboul. Cette guerre éclair, menée par une troupe de combattants islamistes, déterminés et assoiffés de pouvoir (et de vengeance ?), en a surpris plus d’un. Elle interpelle à plusieurs niveaux et pose questions.
Comment les insurgés ont-ils pu réduire aussi facilement les militaires afghans entraînés depuis plus de 15 ans par l’armée américaine et les Occidentaux qui ont « envahi » le pays après les attentats terroristes du 11 septembre 2001 ? Quelles sont les analyses qui ont abouti à ce désengagement des Etats-Unis et de leurs partenaires occidentaux abandonnant ainsi des populations démunies à la merci des Talibans.
Comment ces décideurs ont-ils pu oublier que le projet de société des nouveaux maîtres de ce pays d’Asie centrale n’est rien d’autre que l’installation d’une république islamiste avec ses dérives que sont la négation des droits des femmes et des minorités ainsi que l’opposition farouche à l’installation d’une société démocratique et de la liberté de la presse ?
L’attitude des Américains et de leurs alliés occidentaux qui appellent désormais à la solidarité internationale et à des négociations de paix avec les Talibans ressemble furieusement au profil du pompier-pyromane.
Vu la qualité de leurs services de renseignements ainsi que celle de leurs technologies de surveillance et de contrôle, les « alliés » (les USA et les Occidentaux) ne pouvaient pas ignorer ce qui allait se passer après leur départ dont on peut se demander aujourd’hui si celui-ci avait été bien préparé. Ils avaient tous les éléments en main pour savoir que, même après 20 ans de présence aux côtés du peuple afghan et de leurs dirigeants, lesquels faisaient l’apprentissage des règles d’une société ouverte et démocratique, le timing de leur désengagement n’était pas bon. Les bases de ce qu’ils avaient contribué à installer étaient encore trop fragiles que pour partir, alors que les Talibans dont le dessein politique n’est pas une inconnue.
Cette tragédie annoncée était prévisible et évitable. L’attitude des Américains et de leurs alliés occidentaux qui appellent désormais à la solidarité internationale et à des négociations de paix avec les Talibans ressemble furieusement au profil du pompier-pyromane. Ce sont eux qui ont créé la situation que tout le monde déplore aujourd’hui. Les « alliés » seront tenus pour responsables de ce qui se joue sous nos yeux aujourd’hui et des heures sombres que la population afghane risque de connaître une fois que les Talibans auront installé leur pouvoir. Celui-ci pourrait s’apparenter à une chape de plomb qui étouffera toute envie de liberté des Afghans. On ne peut qu’être révoltés et se demander s’il y a d’autres intérêts en jeu dans les coulisses et qui échappent au commun des mortels et des observateurs extérieures que nous sommes. Quelle félonie de la part des « Alliés » vis-à-vis du peuple afghan? On serait en droit de les accuser de non-assistance à population en danger si les Talibans concrétisent leur obscur dessein.
Pour les Américains, l’abandon de Kaboul risque d’apparaître comme un triste remake de la chute de Saïgon en 1975 lors de la guerre du Vietnam. Certes, le nouveau président Joe Biden ne fait qu’exécuter une décision de son prédécesseur Donald Trump. Mais était-il obligé de le faire ? N’avait-il pas l’opportunité de réévaluer la situation plutôt que de mettre ses pieds dans les pas d’un ancien chef de guerre dont les décisions ont brillé par leur manque de cohérence et de logique ? Les Européens ont eu tort de suivre aveuglément les Américains sur cette décision d’abandon des Afghans.
