« Media Crash : qui a tué le débat public ? » : une enquête dévoile l’influence des puissants sur l’info

En France, neuf milliardaires détiennent 90% des médias privés et ils n’hésitent pas à utiliser l’information pour défendre leurs intérêts privés. Sans tomber dans le complotisme, ce documentaire, en salle ce mercredi 16 février dans l’hexagone, fait le point sur les dangers de la concentration des médias dans les mains de quelques puissants. « La mal-information, c’est comme la malbouffe. Et la malbouffe entraîne des conséquences claires sur la santé. Une bonne démocratie est une démocratie bien informée. Et quand on est mal informé, on ne peut pas décider en tant que citoyen » est le fil conducteur de l’enquête menée par Valentine Oberti et Luc Hermann sur la fabrique de l’information et les coulisses de grands médias.
« Il y a ce que vous voyez, ce que certains souhaitent que vous voyiez et ce que vous ne voyez pas », annonce le documentaire. Jamais la France n’a connu une telle concentration des médias privés au détriment de l’information d’intérêt public. « En cachant ce qui est essentiel, en grossissant ce qui est accessoire, ces médias façonnent, orientent, hystérisent pour certains le débat, avec la complicité de certains responsables politiques, qui s’en accommodent volontiers ».
Dans une époque où qui ne pense pas mainstream est complotiste, comment alerter sur les entraves à la liberté d’informer (…)?
Qui a tué le débat public ? Pressions sur les journalistes, intimidations, censures, autocensures, offensives idéologiques, produit par Mediapart et Première Ligne, société de production spécialisée dans le journalisme d’investigation et notamment productrice de Cash Investigation sur France 2, le sujet réalisé dans un style très télévisuel est un best-of du pire des menaces auxquelles doit faire face la presse contemporaine. En moins d’une heure trente, il démontre à partir d’une série d’exemples concrets en quoi les citoyens, de par la mainmise de grands patrons sur des journaux, des télévisions et des radios, sortent démocratiquement perdants d’un système médiatique basé sur l’hyper-concentration des médias.
Un documentaire d’interpellation
Découpé en trois chapitres (les incendiaires, les barbouzes et les complices), le film commence par s’intéresser à la figure de Vincent Bolloré, à la tête d’une forteresse médiatique en France, qui comprend notamment Canal+ et les chaînes CNews et C8, et par Bernard Arnault, troisième fortune mondiale et leader mondial du luxe LVMH, propriétaire du groupe Les Echos-Le Parisien.
Il apporte des faits, un peu une boîte noire de l’information. Il raconte comment l’information est produite, il désigne ceux qui l’entravent et ceux qui aussi parfois résistent pour que cela sorte, tout ce qui fait en somme que le citoyen peut être mal informé.

Copyright : Vincent Bolloré, capture d’écran du film « Media Crash, qui a tué le débat public ? » © Mediapart / Premières Lignes
Dans un contexte de campagne présidentielle extrêmement complexe, Valentine Oberti et Luc Hermann donne la parole à des journalistes entravés qui n’arrivent pas à travailler, qui racontent leur pression et ses coulisses étranges de certaines informations qui passent à la trappe. Avec cette question cruciale en toile de fond : dans une époque où qui ne pense pas mainstream est complotiste, comment alerter sur les entraves à la liberté d’informer sans alimenter l’idée dangereuse que « la vérité est ailleurs » et que les médias nous mentent ? Un documentaire d’interpellation à l’ambition « moins cinématographique que citoyenne », précisent les réalisateurs dans un communiqué de presse. A voir très certainement.
Bande annonce: https://www.youtube.com/watch?v=pa3bEmxx01M
Copyright : « Media Crash, qui a tué le débat public ? » © Mediapart / Premières Lignes
