ENERGIE

Ne serait-il pas temps de décider de prolonger le nucléaire ?

Les réacteurs nucléaires Doel 3 et Doel 4 quand ils étaient encore en activité à Beveren (en Flandre orientale). Doel 3 est désormais éteint. BELGA

Après la décision de l’Europe d’intégrer le nucléaire et les centrales au gaz dans sa taxonomie, il est désormais temps que le Gouvernement fédéral fasse preuve de réalisme et de pragmatisme. Et de décider de prolonger au moins les deux récents réacteurs nucléaires que sont Doel 4 et Tihange 3. En effet, plusieurs éléments plaident en faveur de cette option. Il y a non seulement la décision européenne, mais il y a aussi des objectifs environnementaux. Sans oublier des éléments importants que sont la sécurité d’approvisionnement énergétique de la Belgique et de maintien de la facture d’énergie des citoyens dans une structure de coûts supportables pour les ménages belges.

La mobilisation grandit autour de la prolongation du nucléaire. La dernière en date est celle des fédérations patronales du pays (FEB, UWE, Voka, Beci), après celle des travailleurs, des ingénieurs et même le Pr Jean-Pascal van Ypersele, une référence en matière de protection du climat, recommande depuis 2019, de garder certaines centrales nucléaires opérationnelles plus longtemps (à condition que la sécurité soit garantie). Désormais, des représentants des partis de la majorité (Vooruit, Open VLD, etc.) ont des inquiétudes sur la sécurité d’approvisionnement électrique de la Belgique en cas de sortie du nucléaire. Ils rejoignent ainsi le MR qui s’est prononcé depuis longtemps en faveur de l’atome.

Au niveau environnemental, la prolongation des deux centrales nucléaires permettrait à la Belgique de ne pas augmenter ses émissions de CO2, apportant ainsi sa contribution à l’engagement européen d’une réduction des émissions polluantes. En matière de sécurité énergétique, beaucoup d’incertitudes planent sur les garanties d’importations d’électricité dans la mesure où les pays visés sont soit dépendants de la Belgique (Royaume-Uni), soit risquent de se retrouver en demande d’électricité. A l’heure où le discours politique encourage les citoyens à opter massivement pour des voitures électriques, il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que la demande d’énergie ira crescendo et que sans capacité de production nucléaire, la Belgique risque de se retrouver à court d’approvisionnement électrique. Le caractère intermittent des énergies renouvelables (éoliennes, panneaux photovoltaïques, etc.) devrait davantage inciter à la prudence plutôt que d’opter pour une stratégie privilégiant uniquement ses sources d’énergie afin de remplacer le nucléaire.

Sur un autre plan, des analyses ont montré que le renoncement à l’atome risque de se traduire non seulement par la perte de millier d’emplois (au moins 7.000 emplois), mais aussi par la perte d’expertise et de compétences en la matière, alors qu’on sait très bien que la technologie nucléaire est également utilisée pour soigner notamment le cancer.

Décider de la prolongation du nucléaire ne signifie pas qu’il faut renoncer à investir dans les énergies renouvelables et dans la technologie de l’atome du futur.

Par conséquent, il est donc temps de décider de procéder à la révision de la loi de sortie progressive du nucléaire datant du 31 janvier 2003 pour permettre la prolongation d’au moins 10 ans de Doel 4 et de Tihange 3 comme le dit l’Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN).

Mais décider de la prolongation du nucléaire ne signifie pas qu’il faut renoncer à investir dans les énergies renouvelables et dans la technologie de l’atome du futur (petits réacteurs modulaires de nouvelle génération, etc.), car l’avenir est au mix énergétique pour espérer contribuer à la limitation du réchauffement climatique. Il demeure toutefois la question des déchets nucléaires. Or ici, il ne faut pas oublier que nos chercheurs n’ont jamais arrêté les travaux pour trouver des solutions à cette problématique. Il y a des expériences d’emprisonnement des déchets dans la roche menées notamment à Mol pour l’enfouissement géologique. La Finlande et la Suède ont pris une avance en la matière et rien n’empêche de poursuivre l’expérience. Par ailleurs, d’autres recherches sont menées pour réduire non seulement la toxicité des déchets nucléaires, mais aussi leur volume. Et il y a aujourd’hui la réversibilité qui permet d’aller rechercher les déchets nucléaires existants pour les utiliser comme matières premières ou ressources pouvant encore servir.

Au vu de tous ces éléments, il est donc temps de décider la prolongation du nucléaire au nom du réalisme, du pragmatisme, de la défense de l’environnement et surtout en faisant preuve d’un courage politique.