EDITO

Russie/Ukraine : Vladimir Poutine pose un test au monde démocratique

Le président Emmanuel Macron en tournée en Afrique alors que l'influence de la France est en déclin dans les pays du Sahel. AFP

Après des jours de tergiversations, Vladimir Poutine a douché les maigres espoirs d’un règlement à l’amiable du conflit larvé entre la Russie et l’Ukraine à propos des territoires sécessionnistes du Donbass. En effet, le président russe a reconnu, dans une allocution solennelle prononcée lundi soir, l’indépendance des républiques autoproclamées de Donetsk et de Louhansk. Dans la foulée, il annonce l’envoi de forces armes russes pour y rétablir la paix. Par ces décisions autoritaires qui violent la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine, le maître de Kremlin fait un pied de nez aux dirigeants occidentaux (le président français Emmanuel Macron en tête) et américain (Joe Biden) qui s’activent depuis des jours pour obtenir un règlement du conflit par la voix diplomatique.

Mais c’est aussi un test pour le monde démocratique. Que vont faire les dirigeants du monde libre ? Il est clair que le président russe attend de voir maintenant comment ils vont réagir vis-à-vis de sa démarche qui n’est rien d’autre qu’une agression pure et simple d’un Etat indépendant en usant de la force. Il y aura certes des protestations tous azimuts, notamment de la part de l’Onu et de l’Union européenne, voire des sanctions économiques, mais malheureusement, elles ne changeront rien à la situation. Des discussions vont s’enclencher, mais redoutant une guerre qui entraînera des dégâts humains plus importants que ce qui est à déplorer actuellement dans la région et qui, au final, pourrait embraser la planète toute entière, les dirigeants du monde libre vont probablement acter, à l’issue de discussions interminables, un accord qui reconnaîtra la situation imposée par le maître de Kremlin.

Le triste épisode qui se joue dans le Donbass avec Vladimir Poutine qui vient au secours des populations russophones demandant leur autonomie rappelle furieusement la crise des Sudètes en 1938 avec Hitler.

N’est-ce pas ce qu’ils ont fait en 2014 en acceptant l’annexion de la Crimée par la Russie, alors que cette dernière avait officiellement reconnu le rattachement de la Crimée à l’Ukraine en 1997 comme république autonome? Le triste épisode qui se joue aujourd’hui dans le Donbass avec Vladimir Poutine qui vient au secours des populations russophones demandant leur autonomie rappelle furieusement la crise des Sudètes en 1938. En effet, Adolf Hitler, poursuivant ses visées pangermanistes et dénonçant la supposée oppression tchécoslovaque dont sont victimes les populations allemandes des Sudètes, a imposé à Prague l’annexion au Reich de cette région. La France, le Royaume-Uni et l’Union soviétique qui étaient pourtant des alliés de la Tchécoslovaquie n’ont pas défendu cette dernière l’abandonnant à son triste sort. Hitler avait d’ailleurs exigé que les Tchèques vivant dans la région des Sudètes partent en renonçant à leurs biens.

Pour éviter la guerre, Winston Churchill aurait d’ailleurs écrit à Lloyd George, un autre dirigeant britannique : « j’ai l’impression que nous allons devoir choisir, pendant les prochaines semaines, entre la guerre et le déshonneur et j’ai assez peu de doute sur l’issue de ce choix ». Le 29 septembre 1938, le président du Conseil français, Edouard Daladier ; le Premier ministre britannique, Neville Chamberlain et le Duce italien, Benito Mussolini paraphent les accords de Munich avec Adolf Hitler dans la capitale bavaroise validant l’annexion de la région des Sudètes par l’Allemagne. L’objectif était de préserver la paix. Adolf Hitler avait garanti à ses interlocuteurs que c’en était fini de ses revendications territoriales. Quelques mois plus tard, il mange ses engagements et exige de nouveau, en mars 1939, que la Tchécoslovaquie lui cède la Moravie et la Bohème sinon il bombarderait Prague. Le 15 mars 1939, l’armée allemande marchait sur Prague…

J’ai l’impression que nous allons devoir choisir, pendant les prochaines semaines, entre la guerre et le déshonneur et j’ai assez peu de doute sur l’issue de ce choix.

La question est de savoir aujourd’hui si, dans sa quête de reconstitution de la grande URSS d’antan, Vladimir Poutine ira aussi loin que le Führer allemand. En tout, les occidentaux et les européens doivent tout faire pour éviter que l’histoire ne se répète. Il est temps de faire preuve de fermeté et d’indiquer au maître de Kremlin la limite à ne pas dépasser. Mais où la mettront-ils ? C’est là toute la question…