Nucléaire : que de temps et d’énergie perdus

Journaliste – Rédacteur en chef.
Les installations du Centre de recherche nucléaire à Mol où est mené le projet Myrrha. Il permettra de réduire notamment la toxicité et le volume des déchets nucléaires. BELGAAprès des semaines, voire des mois à s’opposer à la prolongation du nucléaire, plusieurs responsables, principalement chez Ecolo-Groen (la ministre fédérale de l’Energie, Tinne Van der Straeten en tête) et le chef du premier ministre, Alexander De Croo (Open VLD) semblent désormais ouvrir la porte à cette éventualité. Pour justifier le revirement auquel on assiste dans leur chef, ils invoquent aujourd’hui la guerre déclenchée par l’invasion de l’Ukraine par la Russie et ses conséquences pour la sécurité d’approvisionnement de la Belgique, notre dépendance en gaz vis-à-vis de la Russie et l’impact sur la facture d’énergie des ménages. Il s’agit-là d’une prise de conscience tardive, voire un manque de vision et d’anticipation. Gouverner, c’est prévoir et dans cette équation, l’anticipation est un élément indispensable. Dans le cas de la sortie du nucléaire, ces éléments ont malheureusement fait défaut.
Il y a longtemps que des observateurs avertis ont mis ces éléments sur la table en attirant l’attention sur la menace qui pèse sur la Belgique si notre pays maintenait l’agenda de l’extinction de tous les réacteurs nucléaires d’ici 2025. Certes, il y a eu les enchères pour sélectionner des projets de substitution à l’atome condamné avec à la clé un mécanisme de subsidiation devant profiter aux industriels porteurs de ces projets (le fameux CRM), mais ces derniers font la part belle à des centrales au gaz. Or, celles-ci sont émettrices de CO2, ce qui place la Belgique en porte-à-faux par rapport à ses objectifs de réduction des émissions polluantes.
Gouverner, c’est prévoir et dans cette équation, l’anticipation est un élément indispensable. Dans le cas de la sortie du nucléaire, ces éléments ont malheureusement fait défaut.
Si toute la classe politique avait suivi les partisans de la sortie du nucléaire et si cette petite porte pour un éventuel changement de fusil d’épaule n’avait pas été laissée entrouverte, la Belgique serait aujourd’hui dans une situation plus que délicate, sérieusement exposée à des décisions sur lesquelles elle n’aurait aucune emprise ou très peu pour son indépendance énergétique. Par ailleurs, il y a aussi d’autres données tout aussi importantes comme la perte de compétences et d’expertise en la matière et les destructions d’emplois liées à la sortie du nucléaire. Certes, il n’est jamais trop tard pour changer d’avis. Mais quelle perte de temps et que d’énergie gaspillée à tenter de convaincre les partisans de la sortie du nucléaire qu’il est hautement préjudiciable de mettre tous les œufs de la Belgique dans le seul panier des énergies renouvelables. D’autres pays voisins l’ont compris, notamment les Pays-Bas et la France. Cette dernière, par la voix de son président-candidat, Emmanuel Macron, a désormais confirmé la volonté de l’Hexagone de ne pas totalement tourner le dos à l’atome civil, mais mieux encore d’investir dans le nucléaire du futur.
Certes, il y a la question des déchets nucléaires, mais des recherches sont bien avancées pour trouver des solutions à leur stockage ainsi que pour réduire leur toxicité, leur volume et leur durée de vie.
Aujourd’hui, plus que jamais, c’est l’avenir au mix énergétique alliant le nucléaire et celui du futur ainsi que le développement des énergies renouvelables pour garantir l’indépendance énergétique de la Belgique (et de tous les pays du monde) et lutter contre le réchauffement climatique. Ces deux sources de production nous permettront d’exclure progressivement les énergies fossiles de l’équation et de renoncer totalement à celles-ci à terme. Certes, il y a la question des déchets nucléaires, mais des recherches sont en cours et certaines d’entre elles sont d’ailleurs bien avancées pour trouver des solutions à leur stockage ; pour réduire leur toxicité, leur volume et leur durée de vie ainsi que pour faciliter leur réutilisation comme matières premières. C’est notamment le cas du projet Myrrha, un nouveau réacteur dont les caractéristiques rencontrent les préoccupations liées aux déchets nucléaires.
