Calme apparent à Lviv, la plus grande ville de déplacés de guerre en Ukraine

Journaliste – Rédacteur en chef.
Scène quotidienne des habitants de Lviv sous les alertes des bombardements, les habitants trouve refuge dans divers endroits de la ville. Crédit: Hervé Lequeux/BePressSituée à environ 550 km de Kyiv, la capitale, la ville de Lviv a accueilli, en deux semaines, 200.000 Ukrainiens fuyant la guerre. Pour le Belgo-Ukrainien, Andrij Ustiyanych (39 ans), la ville se prépare au combat tout en essayant de vivre normalement. Mais la guerre est le principal sujet de discussion dans les bars et la résistance s’organise. Il a amené sa femme et sa fille de 10 mois dans un village situé à 10 km de la frontière polonaise. D’une manière ou d’une autre, il veut participer à la défense de son pays et refuse de partir. Il pense venir rendre visite à sa mère restée en Belgique, mais une fois que l’Ukraine sera libérée de l’invasion russe. Témoignage.
Deux semaines après l’invasion de l’Ukraine par la Russie et malgré les contacts diplomatiques et les sanctions économiques, les armes continuent à parler en Ukraine. Vladimir Poutine poursuit son escalade militaire dans différentes villes du pays et ne semble pas vouloir desserrer l’étau autour des villes encerclées. Les engins militaires continuent à pilonner les bâtiments publics. Mais la résistance s’organise et les Ukrainiens tiennent tête aux militaires russes. Même si certaines villes sont, pour l’instant, épargnées par les combats, leurs populations ne se font pas d’illusion. C’est le cas à Lviv, située à l’Ouest de l’Ukraine, à un peu plus de 550 kilomètres de Kyiv, la capitale.
C’est là que nous avons joint ce mercredi après-midi, Andrij Ustiyanych, Belgo-Ukrainien de 39 ans, retourné vivre dans son pays après avoir passé près de 25 ans en Belgique. Il nous décrit l’ambiance qui règne dans cette ville, inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco. « La situation est assez calme par rapport aux autres villes où les combats font rage. Dans le centre-ville, les services communaux fonctionnent, les rues sont balayées et les poubelles sont ramassées », témoigne-t-il. Mais il s’empresse de préciser. « Dans les bars et cafés, la guerre est sur toutes les lèvres. C’est le premier sujet de discussion », dit-il.
Andrij Ustiyanych, Belgo-Ukrainien de 39 ans, vit à Lviv et veut défendre son pays. D.R.200.000 Ukrainiens déplacés à Lviv en 14 jours
La ville est désormais confrontée à un afflux massif d’Ukrainiens fuyant la guerre. Certains s’y arrêtent, en espérant retourner chez eux une fois les combats terminés dans leurs localités, d’autres y font escale dans leur périple pour quitter le pays. C’est que Lviv se trouve sur le trajet qui mène en Pologne. Andrij Ustiyanych a d’ailleurs conduit sa femme et sa fille de 10 mois dans village, situé à 10 km de la frontière polonaise. « C’est pour les mettre à l’abri, car les combats risquent de nous toucher à Lviv, mais moi, je veux rester pour défendre mon pays, d’une manière ou d’une autre », poursuit-il.
Hervé LequeuxLa vie continue tant bien que mal à Lviv, la ville de déplacés de guerre la plus importante d’Ukraine. Photo Hervé LEQUEUX / bePress Photo Agency
En attendant l’arrivée redoutée des militaires russes, Lviv doit résoudre un autre problème plus immédiat. « Il y a maintenant un déficit de logement. Un coach sportif que je connais a créé une association et a lancé une page Facebook pour répertorier les logements à louer à un prix raisonnable et des abris gratuits pour accueillir la population qui arrive. Lviv est désormais considérée comme la plus grande ville de déplacés en Ukraine. D’après le maire, elle a accueilli 200.000 personnes en deux semaines pour une population initiale de près de 800.000 habitants. Les personnes fuyant la guerre viennent notamment d’Irpine et de Boucha », explique Andrij Ustiyanych.
Mobilisation sans faille des Ukrainiens derrière leur président
D’après lui, malgré le calme apparent, la résistance s’organise. En témoignent des préparatifs qui ne trompent pas t qui indiquent que les autorités redoutent des heures agitées. « Dans les rues, on voit des militaires et des résistants faire des patrouilles. L’armée s’active à la défense territoriale, les résistants défendent leurs villes. Dans les forces de résistance, on trouve des gens de 18 à 60 ans, voire plus âgés. Ils reçoivent une formation de base. La mobilisation est aujourd’hui telle qu’il y a une liste d’attente de gens qui veulent servir comme résistants. On installe des barrages pour bloquer l’accès des routes. Il y a aussi des abris anti-bombes, mais on voit qu’il n’y a pas assez de places », précise notre interlocuteurs au bout du fil.
A l’échelle du pays, il estime qu’il y a déjà quelque 100.000 résistants entraînés au maniement des armes pour contrer l’avancée des troupes russes.
Bachelier en droit et titulaire d’un master en sciences politiques décroché à l’Université de Liège, Andrij Ustiyanych a travaillé, entre 2012 et fin 2014, à l’Agence wallonne à l’exportation (Awex) où il s’est occupé de l’accueil des investisseurs étrangers venant des pays de l’Est (Moldavie, Pologne, etc.). Une fois son contrat terminé, il est rentré dans son pays d’origine pour aider les entreprises wallonnes à y décrocher des contrats. Il a également travaillé avec le consul honoraire belge à Lviv.
Un sondage a montré que 93% de la population soutiennent Volodymyr Zelenski et voteraient pour lui aujourd’hui.
Il est arrivé en Belgique à 14 ans et sa maman réside encore à Boncelles (en région liégeoise). Il compte venir lui rendre visite, mais pas avant que son pays, l’Ukraine, soit libéré de l’invasion russe. D’après lui, quasiment toute la population est mobilisée derrière son président, Volodymyr Zelenski. « Un sondage a montré que 93% de la population le soutiennent et voteraient pour lui aujourd’hui. Il a montré qu’il est un homme d’Etat prêt à défendre son pays », conclut Andrij Ustiyanych.
