Présidentielle française

L’affaire McKinsey, une pierre dans la chaussure de Macron à dix jours du 1er tour de scrutin


A 11 jours du premier tour de l’élection présidentielle, le gouvernement français fait face aux critiques pour les montants fous dépensés en ayant eu recours au cabinet de conseil américain McKinsey, soupçonné de ne pas payer d’impôt en France depuis dix ans.

Une commission d’enquête du Sénat sur le recours par l’Etat aux cabinets de conseil a dénoncé dans son rapport publié mi-mars un « phénomène tentaculaire », au coût croissant pour les finances publiques, et accusé les entités françaises de McKinsey d’optimisation fiscale, de telle sorte qu’elles n’auraient versé aucun impôt sur les sociétés entre 2011 et 2020. Ce matin, sur Europe 1, le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire martelait en réponse aux soupçons d’optimisation fiscale pesant sur des filiales françaises du cabinet américain, que le gouvernement n’avait  « pas de leçons à recevoir en matière de lutte contre l’optimisation fiscale » .

Une vérification fiscale mise en place

Bruno Le Maire a assuré, dans la foulée, qu’une vérification fiscale avait été lancée par son ministère à l’encontre de McKinsey avant le rapport du Sénat.  La Direction générale des Finances publiques aurait lancé ce contrôle en décembre 2021.

Le rapport du Sénat a cité des contrats comme celui de près de 4 millions d’euros à McKinsey pour la réforme des APL, les aides au logement, ou un contrat de 496.800 euros en 2020 pour éclairer les évolutions du métier d’enseignant.

L’affaire fait les choux gras des candidats à l’élection présidentielle et de l’opposition qui s’est, elle aussi, emparée de cette affaire et a réclamé des comptes au président Emmanuel Macron, candidat à sa réélection, ainsi qu’à son gouvernement sur le large recours de l’exécutif à des cabinets de consultants, révélé par un livre « Les Infiltrés », publié en février dernier. La gauche radicale de Jean-Luc Mélenchon a dénoncé un « scandale d’Etat ».

Des révélations qui tombent mal

La vérification en cours porterait sur deux entités françaises du cabinet américain, McKinsey & Company INC. France et McKinsey & Company SAS, précisément les deux sociétés épinglées par le Sénat dans son rapport.

« Le président Macron a pendant cinq ans combattu l’évasion fiscale, combattu l’optimisation fiscale, mis sur pied la taxation des géants du digital », a  renchérit Bruno Le Maire.  Le président français était apparu dimanche dernier très agacé par cette affaire. « S’il y a des preuves de manipulation, que ça aille au pénal », avait-t-il lancé sur le plateau de  France 3. « On a l’impression qu’il y a des combines, c’est faux », a-t-il ajouté, affirmant que « la règle des marchés publics » était respectée pour tous les contrats.

Une affaire portée devant la justice

Le sujet est politiquement sensible pour l’exécutif, accusé depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron de multiplier les contrats avec des groupes privés de conseil, souvent anglo-saxons, avec des contrats le plus souvent non divulgués au public.

De son côté, le cabinet américain de consultance McKinsey a réaffirmé respecter les règles fiscales françaises. Interrogé par la commission d’enquête trois mois avant la publication du rapport du sénat, le responsable du pôle secteur public de McKinsey Karim Tadjeddine avait déclaré que son employeur s’acquittait bien de l’impôt sur les sociétés en France. « Or, l’enquête des sénateurs atteste que le cabinet McKinsey n’a pas payé d’impôts sur les sociétés en France depuis au moins 10 ans », relève la commission.  Le Sénat français a annoncé le 25 mars dernier avoir saisi la justice pour « suspicion de faux témoignage ». 

 


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