EDITO

France : la recomposition du paysage politique est en marche

Il y a une vraie dynamique autour du président de la France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon. AFP

Même si les résultats du premier tour de la présidentielle française sont encore provisoires dimanche soir, ils ont toutefois livré des indications et, sauf surprise de dernière minute après le dépouillement complet, tout porte à croire qu’on s’achemine vers un remake du combat du second tour de 2017 avec un duel entre Emmanuel Macron (candidat LREM) et Marine Le Pen (Rassemblement national). Mais à quelques exceptions de taille : les circonstances ne sont pas les mêmes : la France sort de deux années de crise Covid-19 avec son lot de mécontents (à l’instar d’autres pays européens et dans le monde), la population est malmenée par une crise de l’énergie et de la baisse du pouvoir d’achat (l’Europe et d’autres pays du monde y sont également confrontés) et il y a l’invasion de l’Ukraine par la Russie (une guerre au sein de l’Europe).

Mais il y a aussi un élément à ne pas négliger : la candidate Marine Le Pen de 2022 n’est pas celle de 2017. Son discours policé et empathique, centré sur les problèmes auxquels sont confrontés les Français (baisse du pouvoir d’achat, problèmes d’emploi, hausse du prix des carburants, etc.), et l’irruption dans le paysage politique français du polémiste Eric Zemmour (qui tient un discours plus agressif et plus centré sur l’immigration et son leitmotiv du Grand remplacement) ont contribué à rendre la fille de Jean-Marie Le Pen plus rassurante et plus fréquentable. « Rien n’est joué », a martelé dimanche le président-candidat, Emmanuel Macron. Il ne croit pas si bien dire. Il devra aller chercher cette victoire du second tour en donnant des gages et en mouillant véritablement son maillot.

Les premiers résultats du premier tour ont désormais confirmé l’explosion des partis traditionnels qui n’ont pas su proposer une alternative convaincante aux électeurs. La droite (Les Républicains/LR) et la gauche (PS) affichent un score minable (moins de 5% pour LR et moins de 2% pour le PS). Même les Ecologistes ne font plus recette dans l’Hexagone. Les électeurs français ont donc voté pour les extrêmes (l’extrême droite et l’extrême gauche).

Le Parti socialiste français étant désormais laminé, il va devoir se réinventer pour ne pas totalement disparaître du paysage politique hexagonal.

Une recomposition du paysage politique français est en marche et un élément à prendre en considération est la mobilisation autour des idées de Jean-Luc Mélenchon. Dans les territoires et départements d’Outre-Mer  (les Dom-Tom), celui-ci rafle la majorité des voix, y damant le pion à l’extrême droite. Le Parti socialiste français étant désormais laminé, il va devoir se réinventer pour ne pas totalement disparaître du paysage politique hexagonal. Qui va reprendre le flambeau de la gauche? Le ralliement de certains de ses membres à La République en marche (LREM d’Emmanuel Macron) va se poursuivre, d’autres pourraient être tentés de relancer un « nouveau PS », mais avec quelle offre politique

L’extrême droite est désormais bien aux portes du pouvoir et celui-ci ne lui est plus aussi inaccessible.

Il y a une vraie dynamique autour de la France Insoumise/l’Union populaire de Jean-Luc Mélenchon et son programme attire les jeunes. N’est-il pas donc temps pour les gauches (traditionnelle et mélenchoniste) et les Ecologistes d’entamer une réflexion en profondeur en vue de mener la bataille des législatives (12-19 juin 2022) et de se mettre en ordre de bataille pour la présidentielle de 2027 ? Des alliances peuvent se nouer avec LREM… Car en face, l’extrême droite est désormais bien aux portes du pouvoir et celui-ci ne lui est plus aussi inaccessible. Car une alliance réussie entre Marine Le Pen, Eric Zemmour, Nicolas Dupont-Aignan et quelques responsables de LR (comme Eric Ciotti & Co) pourrait sérieusement faire triompher les idées de l’extrême droite (intolérance, rejet de la différence, absence d’ouverture, etc.).

Mais les responsables politiques belges ne doivent pas assister aux déboires des partis traditionnels en France en pensant qu’ils seront épargnés. Le phénomène les touchera bientôt, ce n’est qu’une question de temps…