Economie

Dilemme : si l’Allemagne boycotte le gaz russe, la récession s’abattra sur le pays


L’Allemagne, très dépendante de la Russie pour son approvisionnement en hydrocarbures, risque de manquer de gaz l’hiver prochain. Elle a activé fin mars le premier niveau de son plan d’urgence pour garantir l’approvisionnement face à la menace d’un arrêt des livraisons. Et pourtant, même dans un pays aussi dépendant des importations d’hydrocarbures russes, des voix s’élèvent pour boycotter le secteur. Faut-il ou non couper le gaz à Poutine ? Si les Occidentaux restent divisés sur un embargo, pour l’Allemagne, une telle décision plongerait le pays dans la récession, affirment à l’unisson les cinq grands instituts de prévision économique allemands.

Un nœud gordien

Champion économique à l’Europe depuis de nombreuses années, le réveil est difficile pour l’Allemagne qui découvre, avec la guerre en Ukraine, toutes les fragilités. Les perspectives sont sombres pour le pays pris au piège inextricable de sa dépendance à l’importation d’énergies fossiles russes. Si le pays interrompt aujourd’hui ses approvisionnements énergétiques en provenance de la Russie, notamment de gaz, il basculera dès l’an prochain dans la récession, affirmaient, ce mercredi 13 avril, à l’unisson pas moins de cinq instituts de prévision économique allemands (DIW, IFO, IfW, IWH et RWI).

Berlin, qui se fournissait avant la guerre à plus de 55% auprès de la Russie, a déjà réduit cette part à 40%, mais malgré de multiples démarches, trouver d’autres fournisseurs qui permettent de compenser les quantités manquantes et dans des délais satisfaisants reste très  hypothétique.

L’absence de réflexion stratégique

Dans un premier scénario « central » présenté, qui prend en compte les conséquences de la guerre en Ukraine avec un conflit et des sanctions qui perdurent mais sans prendre en compte un arrêt des livraisons de gaz, les cinq instituts de prévision ont considérablement abaissé leurs prévisions de croissance pour 2022, désormais attendue à 2,7%, contre une estimation à 4,8% en octobre.
Cela se traduit également dans un taux d’inflation attendu de 6,1% cette année. Et pour 2023, ils tablent sur un PIB remontant à 3,1%.

Dans un « scénario alternatif », les cinq organismes de prévisions ont calculé quelle serait l’évolution économique en cas d’arrêt des approvisionnements russes en gaz naturel et en pétrole à partir de la mi-avril, soit dès à présent. Dans ce cas, c’est une « récession brutale » en 2023 qui s’abattrait sur l’Allemagne. L’économie allemande pourrait reculer de 2,2 % et l’inflation pourrait grimper à 7,3 %, soit « la valeur la plus élevée depuis la fondation de la République fédérale».
La chute du PIB serait notamment de 5% au deuxième trimestre de 2023, avant que l’économie ne se reprenne en fin d’année. Cette perte de PIB s’élèverait à 220 milliards d’euros pour 2022 et 2023, l’équivalent de 6,5% de la richesse annuelle, précisent-ils.

Depuis la guerre déclarée par le Kremlin à l’Ukraine, les Allemands découvrent l’absence de pensée stratégique d’Angela Merkel. Le pays, fort dépendant à l’importation de la Russie, mais aussi de la Chine, doit combattre une récession qui pointe, sous la houlette d’un nouveau chancelier, Olaf Scholz, devenu enfin plus visible et offensif.

Freiner les sanctions ?

Alors que la Commission européenne prépare une 6ème vague de sanctions à l’encontre de Vladimir Poutine cet avertissement « prévisionnel » pourrait apporter de l’eau au moulin des Etats-membres à l’UE qui freinent des quatre fers, comme le chancelier allemand Olaf Scholz, contre l’adoption de « puissantes sanctions » incluant l’arrêt des achats de pétrole et de gaz, demandées par le président ukrainien Volodymyr Zelensky.

Si l’Allemagne est extrêmement dépendante du gaz russe, l’Italie, l’Autriche et la Hongrie se trouve dans la même situation. Selon des chiffres rendus publics par Velina Tchakarova, directrice de l’Institut autrichien pour l’Europe et la politique de sécurité (AIES), depuis le début de la guerre en Ukraine, fin février, le Kremlin a engrangé 27,3 milliards de dollars avec les achats de pétrole, de gaz et de charbon par l’Europe. L’UE a décrété un embargo sur les achats de charbon, mais leur montant est très inférieur à ceux de gaz et pétrole.

 

Copyright : « Nous ne voulons pas du gaz de Poutine. Plutôt geler que de financer la guerre » – manifestation à Thuringe, en Allemagne, le 5 mars 2022 – AFP


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