Politique

Fatou Diomé : au pied de l’élection, défendre Marianne contre les racistes et les radicaux


L’élection présidentielle française est évidemment bousculée par l’actualité ukrainienne. La crise humanitaire et le flux migratoire qu’elle provoque, entre autres choses, résonne dans le débat public. Dans son dernier ouvrage, « Marianne face aux faussaires », l’autrice franco-sénégalaise défend, avec une verve à l’envolée habituelle, notre aptitude à vivre ensemble qu’elle juge menacée par les identitaires de tous bords. Avec la puissance de la langue de Molière, revendiquant sa double nationalité, elle déclare à la fois son amour pour la France et sa haine des discours identitaires, racistes, sexistes et islamophobes. « Le complexe colonial est des deux côtés, chevillé au corps », répond-t-elle au sectaire de l’identité.

Marianne porte plainte

Née en pays sérère, au sud-ouest du Sénégal, installée à Strasbourg depuis plus de vingt-cinq ans, Fatou Diome est devenue célèbre par son premier roman, « Le Ventre de l’Atlantique », aux éditions Anne Carrière (2003). Exploratrice engagée de la complexité des relations telles qu’elles sont vécues au quotidien entre la France et les mondes africains, elle a depuis publié une bonne dizaine d’ouvrages, des productions qui portent toutes, dans un verbe imagé, un message philosophico-politique.

C’est ainsi qu’en 2017, elle publie « Marianne porte plainte ! », aux éditions Flammarion. « Face aux attaques racistes, sexistes, islamophobes, antisémites, Marianne mérite mieux qu’une lâche résignation. Ne laissons pas les loups dévorer les agneaux au nom de l’identité nationale », affirme l’auteur, qui s’interroge sur le concept d’identité nationale, sur la place qu’elle occupe dans le débat politique, sur les excès de ses défenseurs, mais aussi sur l’instrumentalisation de la laïcité.

Craindre les loups et les faux bergers

Dans son nouvel opus, « Marianne face aux faussaires », Fatou Diomé tente de définir cette fameuse notion d’identité française. « Vivant en France depuis 1994, française depuis 2002, j’ai constaté l’évolution du discours politique qui n’a cessé de dériver, jusqu’à la cristallisation actuelle autour de l’identité. Pour la binationale que je suis, construite par la langue et les valeurs humanistes, la tristesse va crescendo. Bien que consciente de mon impuissance, j’ai la faiblesse de ne pouvoir être indifférente aux voix qui s’élèvent, prônant la haine », affirme Fatou Diome.

Dans cet essai personnel et émouvant, l’autrice renvoie fermement dos à dos les identitaires étriqués et les opportunistes victimaires, qui monopolisent le débat politique. Elle défend Marianne contre les faussaires des deux camps et dessine une France ouverte, laïque, lucide et généreuse, celle qui lui donne toujours envie de se sentir française et sénégalaise.
« Le cri des loups et des faux bergers – les faussaires – est devenu assourdissant. Ma paix intérieure réside dans le dialogue des cultures. Ceux qui font une fixation sur l’identité française oublient apparemment l’histoire de la France ».

Face à l’info ou face à l’infâme ?

La proximité d’une élection présidentielle a le don, chez elle, de rehausser sa combativité naturelle en réveillant certaines angoisses qu’elle ne dissimule pas : cette élection risque-t-elle de trahir Marianne ?
Le péril que Fatou Diomé appelle à conjurer, en cinq ans, a pris des proportions nouvelles. Ceux qu’elle désigne comme « les loups » rôdent désormais aux portes du pouvoir. Ils ont tanière ouverte sur les chaînes d’information continue où se confondent, écrit-elle, le « face à l’info et le face à l’infâme ».

« De la droite décomplexée, nous sommes passés, sans intermède, à l’extrême droite sans complexes. Cependant, j’affronte toutes les malfaisantes bêtes à crocs », assume l’écrivaine, qui réitère sur tous les tons l’absolu principe organisateur de sa pensée : « au Sénégal, en France comme au Kamtchatka, ne vivent que les miens, la seule identification complète restant humaine. Cette identification m’oblige, partout, à prendre la parole, chaque fois que notre aptitude à vivre ensemble – qui rend possible qui je suis – se trouve menacée ».

Fatou Diomé se sent ainsi le devoir de nous rappeler que les tenants d’une « identité nationale » sont très éloignés des principes de la République, qui en vertu de sa loi fondamentale ne distingue pas ses enfants selon qu’ils y sont natifs ou adoptifs. Ces loups-là ne sont certainement pas des descendants de Marianne. En moins de 200 pages, l’autrice franco-sénégalaise nous livre un essai armé et puissant, porté par l’esprit des Lumières.

 

Copyright : Capture d’écran YouTube

 


Recent Posts

  • Breaking News

Ex-ministre travailliste, Liam Byrne décortique la stratégie des leaders populistes : « ils exploitent les frustrations du peuple »

Ancien ministre travailliste britannique dans les gouvernements de Tony Blair et de Gordon Brown, député…

5 heures ago
  • Société

Liège lance une concession pour la construction de 2 stations de recharge rapide

LIEGE. Enfin. Et même si ce n’est pas pour tout de suite, la Ville de…

10 heures ago
  • Breaking News

Des irrégularités dans la procédure de licenciement de la directrice générale de l’Agence pour le commerce extérieur ?

Le licenciement brutal de Fabienne L’Hoost, il y a près d’un mois, de la direction…

19 heures ago
  • Breaking News

Les exportations belges ont reculé de 4% en 2024 par rapport à 2023, mais la dépendance a augmenté

Ce sont les observations d’une analyse du SPF Economie qui a comparé la situation de…

1 jour ago
  • Breaking News

Après Jori Dupont, le PTB enregistre le départ d’une députée wallonne, Rachida Ait-Alouha : « la confiance est rompue »

La députée, élue pour la première fois aux élections régionales en 2024, en région liégeoise,…

1 jour ago
  • Breaking News

Manifestation des enseignants du supérieur ce mardi à Liège

LIEGE. Ce mardi en fin de matinée, soutenus par la CSC Enseignement, des enseignants du…

1 jour ago