Molenbeek Saint-Jean, victime d’une bête et méchante stigmatisation

Journaliste – Rédacteur en chef.
Le président de Vooruit, Conner Rousseau a sérieusement dérapé. BELGAPersonnalité politique adulée pour ses prises de positions progressistes en Flandre et en ayant cassé les codes notamment grâce à son style décontracté, le président des socialistes flamand, Conner Rousseau (Vooruit) a jeté un gros pavé dans la marre mardi. En déclarant chez nos confrères de l’hebdomadaire flamand, Humo, que « quand je roule dans Molenbeek, moi non plus, je ne me sens pas en Belgique. Mais la plupart de ces personnes sont nées ici. Le plus important est qu’elles parlent notre langue et qu’elles travaillent. A Bruxelles, à cause de la pénurie d’enseignants, des gens donnent des cours en arabe en classe, parce qu’ils ne parlent pas français. Inacceptable. Et que fait le gouvernement flamand ? Il augmente le coût des cours de langue pour réduire les listes d’attente », il a apporté de l’eau au moulin des partisans du grand remplacement, des xénophobes et des racistes de tout bord qui ne s’embarrassent pas de la vérité.
Quelle mouche a bien pu piquer le jeune Conner Rousseau pour qu’il adopte des éléments de langage et la phraséologie des ennemis du vivre ensemble ? Quel mépris, quel manque de respect pour les habitants de Molenbeek Saint-Jean !
La mission d’un responsable politique rationnel et raisonnable n’est-il pas d’éviter de jeter l’opprobre sur une partie de la population et de prôner l’inclusion plutôt que l’exclusion.
Certes, il s’est par la suite rattrapé en essayant de corriger le tir, en précisant que cette partie de son entretien dans Humo visait à plaider pour une meilleure mixité sociale et à promouvoir l’apprentissage des deux principales langues du pays. Mais le mal est fait. Il a stigmatisé inutilement une commune bruxelloise qui a été pointée du doigt lors des attentats de Paris en novembre 2015 et ceux de Bruxelles en mars 2016, parce que la plupart des auteurs y ont grandi. Ce faisant, il a commis une faute en ne mesurant pas la portée de ses propos et le mal que ceux-ci pourraient provoquer. La mission d’un responsable politique rationnel et raisonnable n’est-elle pas d’éviter de jeter l’opprobre sur une partie de la population et de prôner l’inclusion plutôt que l’exclusion?
Par ses propos (irréfléchis ?), il a brûlé une bonne partie du capital sympathie et du respect dont il bénéficie jusqu’à présent, non seulement en Flandre, mais aussi dans la partie francophone du pays. Il a défiguré l’image de cette commune de Bruxelles où des initiatives comme Molengeek (atelier de codage, etc.) ont permis de redorer son blason sur le plan national et à l’international. Il a blessé inutilement des jeunes qui ont retrouvé la fierté de leur commune.
Il ne faut plus créer des quartiers où on avait tendance à rassembler des ressortissants de la même nationalité au risque de créer des ghettos.
Les réactions ulcérées et l’indignation que Conner Rousseau a provoquées dans les partis politiques francophones et même dans son propre camp sont justifiées et à la mesure du mal qu’il a fait. Mais il convient aussi de ne pas s’arrêter à ces critiques, car sa sortie doit inciter encore davantage les responsables politiques et les différents acteurs à se mobiliser encore plus pour éviter de tomber dans les travers du passé. Il ne faut plus créer des quartiers où on avait tendance à rassembler des ressortissants de la même nationalité au risque de créer des ghettos. Il faut soutenir davantage des parcours d’intégration et inciter ceux qui viennent en Belgique à apprendre au moins l’une de nos trois langues nationales (français, néerlandais, allemand). Les gouvernants ou les représentants politiques ont une grande responsabilité dans la réussite de ces projets, ils doivent plutôt en assurer la promotion au lieu de jeter inutilement de l’huile sur le feu en faisant (inconsciemment ?) le jeu des ennemis de l’harmonie entre toutes les couches sociales de la population.
