1er mai à Herstal : le MR aligne ses propositions pour la réforme fiscale

Journaliste – Rédacteur en chef.
Georges-Louis Bouchez, le président du MR et Charles Michel, président du Conseil européen lors de la fête du 1er mai des Libéraux francophones dimanche à Herstal. BELGADans son discours du 1er mai, le président du MR, Georges-Louis Bouchez veut augmenter le pouvoir d’achat des Belges notamment en augmentant la quotité exemptée d’impôts de 9.000 euros à 12.000 euros et veut corriger les injustices fiscales qui défavorisent les travailleurs. Il veut réserver les augmentations de la pension minimale à ceux qui ont travaillé au moins 15 ans plutôt qu’aux chômeurs affichant 29 ans de chômage et qui gagnent plus que les indépendants. Pour le MR et l’Open VLD (représenté au congrès des Libéraux francophones à Herstal, par son président Egbert Lachaert), il faut moins taxer le travail.
A l’instar des autres formations politiques, c’est avec un plaisir non dissimulé que le MR a réuni ses militants pour une fête du 1er mai en présentiel, après deux années consécutives marquées par des restrictions rendant tout rassemblement impossible pour cause de mesures anti-Covid-19. Et pour les retrouvailles, les Libéraux francophones ont choisi un lieu symbolique pour célébrer la fête du travail : la Fabrik à Herstal, le site des anciens ateliers des ACEC. Il s’agit d’un lieu symbolique du passé industriel glorieux de la Wallonie. C’est aussi un des fiefs du Parti socialiste en province de Liège. Une provocation ? « Nous avons choisi ce lieu pour trois raisons : aller là où nous n’avons pas encore assez convaincu ; ensuite, la Wallonie a eu un glorieux passé, et je pense que quand on connaît ses forces, on est plus apte à affronter l’avenir. Enfin, nous les libéraux, nous refusons le fatalisme. Les anciens bassins industriels wallons n’ont pas vocation à être des terres de chômage, où il y a moins d’insertion sociale, un taux d’emploi faible, des résultats scolaires médiocres. Les gens qui y vivent ne doivent pas baisser les bras, mais regarder l’avenir avec enthousiasme car les solutions libérales les sortiront de la précarité et des difficultés », résume Georges-Louis bouchez, le président du MR.
C’est devant un aéropage de hautes personnalités du MR qu’il a pris la parole aux alentours de midi, à la suite d’une série d’intervenants qui ont tous loué la valeur travail et seriné l’objectif final que vise les Libéraux francophones : permettre à la Belgique d’atteindre un taux d’emploi de 80% à l’horizon 2030 (en 2020, le taux d’emploi des 20-64 ans affiche 64,6% en Wallonie, 74,7% en Flandre et une moyenne belge de 70%). Au premier rang, on note la présence de tout ce qui compte au MR : l’ancien ministre des Affaires étrangères et ancien commissaire européen, Louis Michel et ses deux fils, Charles (président du conseil européen) et Mathieu (secrétaire d’Etat à la Digitalisation) ; le ministre-Président du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Pierre-Yves Jeholet et la ministre de l’Enseignement supérieur, Valérie Glatigny. Le gouvernement wallon est représenté en force par son vice-Président, Willy Borsus, Valérie De Bue (Fonction publique, Tourisme, Sécurité routière) et Adrien Dolimont (Budget, Aéroports wallon). La secrétaire d’Etat au Budget, Eva De Bleeker et son président de parti (Open VLD), Egbert Lachaert sont aussi installés au premier rang. Sans oublier la ministre de l’Emploi et du Tourisme du gouvernement de la Communauté germanophone, Isabelle Weykmans.
La réforme fiscale, priorité des Libéraux
La prise de parole des uns et des autres est rythmée par deux animateurs et des projections de vidéos axées sur l’emploi et l’objectif des 80% de taux d’emploi en 2030. Dans l’une d’elles, Louis Michel raconte comment il a lancé la fête du 1er mai chez les Libéraux en 1982 à l’invitation d’un ancien bourgmestre d’Estaimpuis. Car cette fête du travail ne peut pas être l’apanage des seuls partis de gauche.
Le pouvoir d’achat, c’est le pouvoir de choix. L’Etat doit arrêter de donner des chèques. Les gens n’en veulent pas.
Sur l’estrade dressée au milieu de l’assemblée, Georges-Louis Bouchez délivre son discours avec conviction. Il a une pensée pour la ministre des Affaires étrangères, Sophie Wilmès (MR) qui s’est mise en congé pour être aux côtés de son mari qui se bat contre un cancer. L’assemblée applaudit avec insistance comme pour lui envoyer toute la chaleur de son empathie.
On perçoit de loin quelques notes de musique sans qu’elles ne perturbent les prises de parole. Sans oublier les odeurs de saucisses qui cuisent sur les barbecues. Pour ce 1er mai 2022, le président du MR rappelle une des priorités des Libéraux francophones, soutenue par le parti frère flamand (Open VLD) : la réforme fiscale devant mener à la baisse des impôts et ainsi soutenir le pouvoir d’achat des travailleurs. « Le pouvoir d’achat, c’est le pouvoir de choix. L’Etat doit arrêter de donner des chèques. Les gens n’en veulent pas ; ils veulent vivre dignement des fruits de leur travail et décider à quoi ils affectent leur budget », ramasse Georges-Louis Bouchez.
La ministre Valérie Glatigny dimanche à Herstal. BELGALa ministre de l’Enseignement supérieur, Valérie Glatigny, dimanche à Herstal.
Contrôler davantage le Forem
Au nom du MR, il plaide donc pour une augmentation de la quotité exemptée d’impôts de 9.000 euros à 12.000 euros. Ce dernier montant n’est rien d’autre que le revenu d’intégration sociale (RIS). Par cette proposition, le MR espère convaincre le Belge d’aller travailler plutôt que de se contenter d’un RIS. Les Libéraux francophones se donnent pour mission de corriger, d’après eux, une série d’injustices. « Lorsque vous gagnez 20.000 euros, vous payez 1.876 euros d’impôts. Si vous les gagnez via le chômage, vous paierez 0. Un euro gagné doit être taxé de la même manière et plus favorablement pour ceux qui travaillent et bâtissent notre pays », explique leur bouillant président.
Il égrène les propositions du MR avec précision. Le financement de la réforme fiscale passera, d’après lui, notamment par une gestion plus efficace de l’Etat et par une augmentation du taux d’emploi. Car pour le MR, atteindre un taux d’emploi de 80% rapporterait 26 milliards d’euros dans les caisses de l’Etat via la sécurité sociale. « Le MR veut s’appuyer sur les politiques de formation, l’enseignement, et aussi le contrôle accru des ASBL et structures qui participent à l’activation des demandeurs d’emploi. Le Forem n’est pas au niveau. Nous devons améliorer l’efficience de ces structures », poursuit-il.
Le MR veut s’appuyer sur les politiques de formation, l’enseignement, et aussi le contrôle accru des ASBL et structures qui participent à l’activation des demandeurs d’emploi. Le Forem n’est pas au niveau.
Il rappelle que grâce au gouvernement Michel et l’ancien ministre, Daniel Bacquelaine, la pension minimale atteindra bientôt 1.500 euros sans qu’une nouvelle réforme n’intervienne. « C’est l’évolution logique des réformes et des indexations. Nous voulons aller plus loin : une pension minimale pour tout le monde, quel qu’ait été le parcours de vie. Chacun doit en effet pouvoir subvenir à ses besoins primaires. Personne ne doit terminer sa vie dans la misère », explique l’opiniâtre président du MR. Il estime que ceux qui ont travaillé doivent bénéficier d’une pension plus élevée que les personnes profitant des périodes dites assimilées, d’inactivité. Il veut donc réserver les augmentations de la pension minimale aux Belges totalisant au moins 15 ans d’activité plutôt qu’à ceux qui ont chômé 29 ans, car ponctue-t-il, il n’est pas normal que ces derniers touchent plus qu’un indépendant ayant travaillé durant la même période.
Aider la jeunesse avec un capital jeunes
Le MR mise aussi sur la jeunesse, en particulier les jeunes voulant lancer une activité économique, acheter un logement, suivre des formations ou encore poursuivre leurs études. « Nous proposons le capital Jeunes. Ce capital, non cumulable avec des allocations sociales, permettrait de déployer des moyens publics pour un projet productif. C’est un capital pour la jeunesse, car la jeunesse est notre capital le plus important », assène-t-il.
Les Libéraux, tant du Nord que du Sud, veulent baisser les impôts. Le président des Libéraux ne pouvait pas clôturer son discours sans une petite pique aux partis de gauche. « La Belgique étouffe sous la fiscalité. Il ne faut pas se laisser avoir par des slogans vides de sens : la taxation des riches, c’est en fait la taxation de classe moyenne, celle qui a pu mettre de côté à force d’années de travail ou d’investissements immobiliers. La Belgique a besoin d’un tax down. Tous les pays qui ont des taux d’imposition élevés sont ceux qui produisent le moins sur le plan économique », conclut-il avant de clôturer la séance des discours et d’ouvrir celle des festivités récréatives.
Le président de l'Open VLD, Egbert Lachaert était très sollicité à Herstal dimanche.« Je suis venu ici à Herstal pour participer à la fête des Libéraux francophones, parce qu’on n’a pas cette tradition en Flandre. Nous sommes d’accord avec les propositions du MR. Il faut taxer moins les revenus du travail. La réforme fiscale est une priorité pour les Libéraux, au Nord et au Sud du pays. Dans l’accord gouvernemental fédéral, il est écrit qu’il faut la préparer maintenant et qu’on peut l’exécuter après », nous a confié Egbert Lachaert, sollicité de tous côtés.
La réforme fiscale est une priorité pour les Libéraux, au Nord et au Sud du pays. Dans l’accord gouvernemental fédéral, il est écrit qu’il faut la préparer maintenant et qu’on peut l’exécuter après.
Différentes activités sont proposées : bricolage, grimage, déguisements, réalité virtuelle, espace jeux, etc. L’espace réservé à l’expo en hommage à l’ancien président, feu Jean Gol est pris d’assaut. Un orchestre africain entretient l’ambiance à un bout de la salle, pendant que différents stands proposent des dégustations locales de toutes sortes (bières, fromages, etc.). L’ancienne ministre Jacqueline Galant entretient la conversation sur le stand de Mons-Borinage. La présidente du mouvement MCC, amarré au MR, distribue des pins d’invitation à « la fête à Gérard (Deprez, NDLR) », le fondateur du mouvement, prévue le 18 juin à Bastogne.
A l’autre bout de la Wallonie, le président du PS a rassemblé les militants dans son fief, à Charleroi. Il brocarde la délocalisation du 1er mai du MR à Herstal. « Le 1er mai appartient aux travailleurs et à personne d’autre ! Je suis un peu écœuré quand je vois la parodie du 1er mai, cette mascarade des Libéraux qui, depuis quelques années, prétendent fêter le travail. Bon, ils fêtent le travail un jour par an et 364 jours par an, ils célèbrent le capital. (…) Cette année, ils sont à Herstal, un des hauts lieux de notre histoire industrielle. Une commune où très largement, les citoyens accordent majoritairement leur confiance aux Socialistes. (…) Ils sont là par provocation pour aller nous narguer », ironise Paul Magnette, président du PS.
