Le 9 mai prochain pourrait signer un tournant crucial dans le conflit. Dans la plupart des pays de l'ancienne Union soviétique, c’est le jour de commémoration de la victoire sur l’Allemagne nazie par la Russie en 1945, soit la capitulation de Berlin face aux troupes alliées et donc la fin pour les Soviétiques de la Grande Guerre. Et si Vladimir Poutine profitait de cette date pour déclarer la guerre à l’Ukraine ? Sur le papier, l’hypothèse a de quoi surprendre. Mais, officiellement, depuis le début de l’invasion, dans un périlleux exercice de propagande, la Russie n'a pas une seule fois évoqué le mot « guerre ». Le Kremlin parle d’« opération militaire spéciale ». On fait le point avec Claude Moniquet, ancien agent de renseignement de la Direction générale de la Sécurité extérieure (DGSE), particulièrement en Europe de l'Est et dans les Balkans. Entretien.
L-Post : D'après des responsables britanniques et américains, Vladimir Poutine pourrait profiter du défilé militaire sur la place rouge pour déclarer la guerre totale à l'Ukraine. Qu’en pensez-vous ?
Claude Moniquet : Cette thèse ne repose sur aucune base concrète. C’est une pure supputation liée au fait que dans l’histoire et l’imagination russes, cette date est extrêmement symbolique. C’est celle de la victoire contre le nazisme. Etant donné que Vladimir Poutine prétend aujourd’hui mener une opération pour chasser du pouvoir les « Nazis et les drogués » de Kiev, il est donc tentant de penser qu’il en profiterait pour faire le lien avec la « Grande Guerre Patriotique ». Mais, actuellement, aucune source russe officielle n’a fait état d’une telle volonté dans le chef du Kremlin. Le ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, l’a même totalement exclue ce dimanche 1er mai, en déclarant à un média italien : « nous célébrerons solennellement le 9 mai, comme nous le faisons toujours. (...) Nos militaires n'ajusteront pas artificiellement leurs actions à une date quelconque, y compris le Jour de la Victoire »
L-Post : Cela veut-il donc dire qu’il n’y a rien à attendre le 9 mai ?
Claude Moniquet : Nul n’est devin et je ne le suis pas non plus. Toutefois, les Britanniques et les Américains ont démontré depuis des mois qu’ils disposaient d’excellentes sources de renseignement proches du Kremlin et qu’ils savaient anticiper. Le ministre anglais de la Défense, Ben Wallace, et le porte-parole du Département d’Etat à Washington viennent, par ailleurs, de déclarer, à vingt-quatre heures d’intervalle, qu’ils « ne seraient pas étonnés » que Poutine se serve de la tribune du 9 mai pour déclarer la guerre à l’Ukraine. Est-ce que cela sous-entend qu’ils en savent plus ? D’après des rapports du renseignement américain, « cette piste est hautement crédible ». Mais évidemment, rien n’est certain.
Dans le cadre légal actuel, la Russie ne peut envoyer en Ukraine que des soldats professionnels en service actif et des volontaires
L-Post : Pourquoi cette nuance sémantique éventuelle de « déclarer la guerre » ?
Pour nous et, surtout pour les Ukrainiens, il est incontestable que la guerre est déclarée. Mais, pour le peuple russe, depuis deux mois, le message officiel est qu’il s’agit d’une simple « opération militaire spéciale ». C’est donc d’abord un effet de propagande. C’est inscrire les évènements dans une continuité historique, certes totalement artificielle, mais qui ferait sens pour des oreilles russes : en 1945 la Russie a vaincu le nazisme, et aujourd’hui, elle se bat à nouveau contre l’hydre fasciste. Mais il y a aussi un aspect plus pratique. Dans le cadre légal actuel, la Russie ne peut envoyer en Ukraine que des soldats professionnels en service actif et des volontaires. Si la « guerre » est officiellement déclarée, Vladimir Poutine pourra alors faire aussi appel aux réservistes et aux conscrits.
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