#FreeHerFace : des journalistes afghans se masquent pour soutenir les femmes

Sous l’hashtag #FreeHerFace, des présentateurs de télévision expriment leur solidarité avec leurs consœurs visées par un décret des Talibans qui exigent qu’elles se couvrent le visage à l’antenne. Cette mobilisation est une première dans un pays très traditionnel. Le mouvement « libère son visage» prend également de l’ampleur sur les réseaux sociaux où de nombreux autres hommes partagent des selfies masqués en signe de solidarité. Pour l’ONG Human Right Watch (HRW), le décret du ministère afghan de la Promotion de la vertu et de la prévention du vice viole « le droit des femmes à la liberté d’expression et leur autonomie personnelle ». Depuis la prise de pouvoir des talibans en août 2021 dernier, l’ensemble de leurs droits ne font que s’amincir.
Le port du voile intégral
Depuis le 9 mai dernier, le gouvernement taliban oblige les femmes afghanes à se couvrir le visage dans l’espace public et même d’éviter de sortir. Restriction supplémentaire, le 21 mai suivant, le ministère de la Promotion de la vertu et de la prévention du vice a ordonné à toutes les présentatrices de télévision de porter le voile intégral, déclarant qu’il s’agissait d’ « une décision finale et non ouverte à une discussion ». Aujourd’hui, les femmes journalistes doivent se couvrir le visage pour présenter les journaux sur les chaînes télévisées du pays, TOLOnews, Ariana Television, Shamshad TV et 1TV.
En signe de protestation, le mouvement #freeherface inonde les réseaux sociaux. Des hommes soutiennent les femmes afghannes. C’est le cas notamment de Siyar Sirat, ancien journaliste de la chaîne ToloNews, qui a partagé son visage masqué sur son compte Twitter : « en signe de solidarité avec mes collègues et toutes les courageuses femmes afghanes ».

Il s’agit du tout premier mouvement sur les réseaux sociaux depuis le retour des talibans au pouvoir. Sa particularité est que ce sont des hommes qui se mobilisent en solidarité avec les Afghanes et se lèvent pour leurs droits. C’est une grande nouveauté, peut-être un tournant. Jusqu’à présent les hommes étaient peu présents lors des dernières manifestations de femmes à Kaboul.
Des violations croissantes
Pour Human Right Watch, les femmes journalistes ne sont que les dernières victimes de ce qui est devenu, en Afghanistan, la plus grave crise des droits des femmes dans le monde. Le dernier décret des Talibans s’inscrit dans un flux constant de mesures destinées à réduire l’existence des femmes dans la société à sa plus simple expression.
Depuis un an, leurs droits ne font que s’amincir : 84% d’entre elles ont perdu leur emploi ces derniers mois. D’après Reporters sans frontières (RSF) elles étaient 700 en activité à Kaboul l’an dernier. Elle sont moins de cent aujourd’hui. Les Talibans ont aussi bloqué l’accès à l’éducation secondaire des filles, réduit la liberté de mouvement des femmes, entravé l’accès des femmes aux soins de santé et aboli le système conçu pour protéger les femmes et les filles de la violence conjugale et sexuelle.
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