Nucléaire : une gestion à la petite semaine qui n’honore pas le Gouvernement fédéral

Journaliste – Rédacteur en chef.
Le Premier ministre, Alexander De Croo, entouré de de deux vices-Premiers ministres et de la ministre de l'Energie. BELGALe Gouvernement fédéral, par la voix du Premier ministre Alexander De Croo (Open VLD) et de la ministre de l’Energie, Tinne Van der Straeten (Groen !) a validé et présenté vendredi 15 juillet un plan énergétique pour permettre à la Belgique et à ses citoyens de passer l’hiver sans encombres et d’aider, en même temps, ses voisins (France, Allemagne, etc.) confrontés à un risque de pénurie d’électricité et de gaz. Ce plan n’inspire pas tellement confiance et si le Fédéral a été obligé d’en présenter un, c’est qu’il y a une certaine inquiétude qui plane sur l’approvisionnement même de la Belgique et que son indépendance énergétique est loin d’être garantie.
A quelques mois de la fermeture du réacteur nucléaire de Tihange 2 dont l’extinction est prévue en février 2023 conformément à la loi de sortie du nucléaire votée en 2003, les autorités fédérales demandent aujourd’hui à Engie/Electrabel de suspendre sa mise à l’arrêt et de le laisser fonctionner durant cet hiver. Comme si une telle décision se prend à la dernière minute et qu’on peut juste décider de prolonger, pour quelques mois seulement, l’exploitation d’un réacteur nucléaire. Par ailleurs, il est aussi demandé aux citoyens de faire preuve de sobriété et de consommer avec parcimonie l’énergie durant l’hiver. Les entreprises, grandes consommatrices d’énergie, sont aussi invitées à faire attention à leur consommation d’énergie, avec comme conséquence, une réduction de l’activité économique.
Même si le mot n’est pas encore prononcé, des mesures de délestage risquent d’être imposées à la population et aux entreprises belges durant cet hiver 2022.
Même si le mot n’est pas encore prononcé, des mesures de délestage risquent d’être imposées à la population et aux entreprises belges durant cet hiver 2022. Concrètement, le Gouvernement fédéral fait donc payer aux citoyens, aux entreprises et à l’énergéticien Engie/Electrabel la lenteur dont il a fait preuve pour décider de la prolongation des réacteurs nucléaires. Et pourtant, l’analyse d’un risque de pénurie d’énergie dans les pays voisins a été faite et présentée, il y a plusieurs mois, aux autorités fédérales par des acteurs bien au fait de la situation. Engie/Electrabel avait aussi tiré la sonnette d’alarme plusieurs fois en demandant au Gouvernement fédéral de hâter le pas pour prendre sa décision de prolongation des réacteurs nucléaires afin d’éviter une mauvaise surprise.
Les mises en garde des différents acteurs n’ont pas été prises en compte et aujourd’hui, le scénario catastrophe tant redouté est à nos portes. Et le Fédéral se retrouve dans une position inconfortable de demandeur face à Engie/Electrabel. Lui qui, par la voix de la ministre de l’Energie, Tinne Van der Straeten, s’est voulu rassurant en soutenant que notre pays pouvait totalement renoncer au nucléaire à l’horizon 2025 et que la Belgique pouvait compter sur ses voisins pour combler sa dépendance énergétique. Aujourd’hui, c’est l’inverse qui est sur la table.
Le Fédéral se retrouve dans une position inconfortable de demandeur face à Engie/Electrabel.
Or, bien avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie, bien avant les mesures de rétorsion qu’agite aujourd’hui le maître du Kremlin visant à priver l’Europe de l’approvisionnement de son gaz, l’alerte avait été sonnée. Le comble du paradoxe et de l’incompréhensible est la situation de l’Allemagne qui se retrouve aujourd’hui à continuer à maintenir la fermeture de ses centrales nucléaires, une source de production d’électricité qui n’émet pas de CO2 ou très peu, pour relancer des centrales au charbon hyper polluantes.
Dans le même temps, les pays, qui avaient décidé de renoncer à l’atome, en reviennent. La France a même décidé de nationaliser EDF pour garder la main sur sa production d’électricité nucléaire et pouvoir garantir à ses habitants des tarifs abordables. Elle a aussi décidé d’investir dans le nucléaire du futur. La Suisse va prolonger la durée de vie de ses centrales nucléaires existantes pour se prémunir d’un black-out électrique cet hiver. Et le Japon, où l’accident nucléaire de Fukushima en mars 2011, a déclenché ou renforcé le mouvement de désengagement vis-à-vis de l’atome dans le monde, va relancer 9 réacteurs nucléaires.
Le réchauffement climatique est là, avec ses conséquences que sont des étés de plus en chauds, voire caniculaires, et des hivers de plus en plus froids.
Le réchauffement climatique est là, avec ses conséquences que sont des étés de plus en chauds, voire caniculaires, et des hivers de plus en plus froids. Par conséquent, ceux qui comptent sur un hiver doux en 2022 permettant ainsi de limiter la demande d’électricité et de gaz pour se chauffer se fourrent le doigt dans l’œil.
Il est donc temps de décider de miser sur le nucléaire et sur celui du futur ainsi que sur les énergies renouvelables pour espérer relever le défi climatique. Notre avenir et celui de la planète en dépendent.
