REUNION TENDUE A CHIEVRES POUR CELINE TELLIER

Pollution aux PFAS : face à la rupture de la confiance, Céline Tellier favorable à la création d’un comité de suivi citoyen

Une vue des participants à la réunion citoyenne organisée à Chièvres le 25 novembre 2023. D. R.

La réunion organisée samedi matin 25 novembre entre la ministre wallonne de l’Environnement, Céline Tellier (Ecolo), et les experts de la SWDE, de l’Issep, de l’administration (SPW ARNE) et le Pr Alfred Bernard s’est déroulée dans le calme. Si les explications de ce dernier, toxicologue de l’UCL, ont quelque peu rassuré les participants en ce qui concerne la consommation et les risques de cancers (reins, testicules), ceux-ci n’ont pas été totalement convaincus par les engagements et les précisions de la ministre Tellier et des autres experts. Ils demandent la condamnation de façon permanente du puits n°1 à l’origine de la contamination de l’eau de distribution aux PFAS et la mise en place d’un comité citoyen pour suivre l’évolution de la situation. La séance des questions fut un moment de libération de la colère des participants. Sans oublier l’intervention remarquée de Jacqueline Galant (MR), bourgmestre de Jurbise. Les premiers prélèvements devraient débuter le 4 décembre et une liste de 800 adresses à Chièvres est déjà prête pour recevoir les courriers demandant leur autorisation de venir les faire. La ministre Tellier ne voit pas d’objection à la création d’un comité de suivi citoyen pour s’assurer de la concrétisation du plan d’actions du gouvernement. Elle assure qu’elle actionnera le principe du pollueur-payeur dès que le responsable de la pollution sera identifié.

Après la première réunion organisée le 22 novembre à Ormeignies (commune d’Ath), la ministre wallonne de l’Environnement, Céline Tellier (Ecolo) a fait samedi matin 25 novembre le déplacement de Chièvres pour rencontrer les habitants. Elle est accompagnée de Catherine Collart, responsable du service « déchets et sites à risques » à l’Institut scientifique de service public (Issep) ; de Pol Gosselin, un responsable de l’administration (SPW Arne) et d’Isabelle Jeurissen, membre du comité de direction de la Société wallonne des eaux (SWDE). Le Pr Alfred Bernard, toxicologue de l’UCL, est également présent autour de la table, de même que le bourgmestre de Chièvres, Olivier Hartiel (PS).  Il faut dire que c’est la commune la plus touchée par la contamination aux PFAS, par conséquent, les explications sont attendues ici avec plus d’acuité.

Les gens ont le sentiment d’avoir été trompés. Il nous faudra du temps pour rétablir la confiance.

Analyses réalisées par des laboratoires agréés

Dans la salle, située rue des Ecoles à Vaudignies, ils étaient environ 400 personnes à avoir fait le déplacement, les uns pour exprimer leurs craintes, les autres, leur colère. Mais ils sont surtout venus pour poser des questions et enfin écouter directement les explications des experts lors de la rencontre citoyenne.

La réunion commence par la présentation du plan d’actions de l’exécutif wallon (création d’un comité scientifique indépendant, campagne d’études environnementales dans les Zones d’investigations prioritaires, suivi sanitaire de la population, mise en place d’une procédure d’alerte et de communication dès la détection de dépassements, etc.). Isabelle Jeurissen (SWDE) tente de rassurer l’assemblée, précisant notamment que tout est désormais sous contrôle. Les analyses réalisées jusqu’à présent indiquent une concentration en PFAS inférieure à 100 ng/l. « Les analyses sont réalisées par des laboratoires agréés, ce qui garantit la fiabilité des résultats », précise-t-elle, soulignant au passage qu’en s’assurant que le niveau de concentration ne dépasse pas les 100 ng/l, la Région wallonne anticipe la date d’entrée en vigueur de cette norme prévue par l’Europe pour 2026.

De gauche à droite, la ministre Tellier (Ecolo), le Pr Alfred Bernard (UCL), la représentante de l'Issep (Catherine Collart), Pol Gosselin (SPW, ARNE) et le bourgmestre de Chièvres (Olivier Hartiel). D. R.

Déterminer la durée d’exposition

Ensuite, la parole est donnée au Pr Alfred Bernard pour apporter un éclairage scientifique sur ces polluants éternels. Il présente les PFAS qui se caractérisent par une grande variété : on en dénombrerait environ 10.000. Ils affichent deux propriétés importantes : stables, non biodégradables et non métabolisables. Ce qui en fait des substances chimiques éternelles, capables de franchir toutes les barrières biologiques !

Ces substances ne provoquent pas de mutations pouvant favoriser le développement de cancers de reins ou de testicules.

A ce stade, d’après lui, on ne connaît pas encore la durée d’exposition de la population à ces « substances perverses ». Il relève, au passage, la dangerosité de quatre d’entre elles dont deux sont les plus dangereuses en raison de leur effet cumulatif et du fait qu’elles affichent une longue demi-vie (temps pour réduire la charge corporelle) : le PFOA et le PFOS. Elles sont particulièrement nocives pour les nourrissons, les femmes enceintes et le fœtus. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les USA, très en avance sur l’Europe, d’après le Pr Alfred Bernard ont drastiquement réduit la norme. Elle est passée de 400 ng/l en 2009 à 70 ng/l en 2016 avec une obligation d’informations des citoyens. La tendance pour 2023 va pour une norme de 4 ng/l avec un objectif de 0 ng/l dans le viseur. « Tout dépend du niveau d’exposition, mais si vous protégez la femme enceinte, vous protégez tout le monde », dit le Pr Bernard. Il préconise ici une alimentation variée et équilibrée pour réduire l’effet cumulatif des PFAS dangereux.

Risques d’infections respiratoires chez les enfants

Chez les enfants, l’effet cumulatif de la contamination aux PFAS peut entraîner une diminution de l’immunité lors de la vaccination et un risque accru des infections respiratoires. Mais le Pr Alfred Bernard rassure à propos d’autres pathologies prêtées à la consommation d’eau contaminée aux PFAS. « Ces substances ne provoquent pas de mutations pouvant favoriser le développement de cancers de reins ou de testicules. Des études scientifiques ont montré que les PFOA et les PFOS ne passent pas dans les plantes et les légumes. Mais si vous avez des légumes que vous ne voulez pas manger, vous pouvez me les donner », poursuit-il, déclenchant quelques sourires dans l’assemblée.

Le Pr Bernard apporte un autre élément de satisfaction aux participants. « Les analyses actuelles de votre eau indiquent un taux de 24 ng/l pour les PFAS dont 0 ng/l pour les 4 PFAS dangereux. Donc, le charbon actif fonctionne et on peut même tendre vers 0 ng/l, c’est remarquable », assure le Pr Bernard.

Tout dépend du niveau d’exposition, mais si vous protégez la femme enceinte, vous protégez tout le monde.

BELGA

Pour le Pr Alfred Bernard, les risques de cancers des reins et des testicules liés à la contamination aux PFAS sont très limités. (BELGA PHOTO Laurie DIEFFEMBACQ).

Les recommandations du Pr Bernard

Pour clôturer sa présentation, il se hasarde à quelques recommandations. « Il faudra regarder les plus méchants des PFAS. Le biomonitoring permettra de déterminer la durée de contamination de l’eau contaminée et la charge corporelle de ces PFAS. Il faudra aussi associer aux analyses sérologiques un questionnaire relatif aux enfants et en cas de dépassements de la norme, il faut envisager une procédure pour informer la population et prendre des mesures », conclut-il, rappelant le principe d’une alimentation équilibrée et variée ainsi que les effets protecteurs des fruits, des légumes et des poissons, sous les applaudissements de l’assemblée.

Je n’ai pas d’objection à la création d’un comité de suivi citoyen. Je n’ai pas non plus de souci si on peut se passer du puits n°1.

Après l’intervention de Pol Gosselin (SPW ARNE) et de Catherine Collart, c’est la séance des questions. « Vous annoncez un plan d’actions rassurant, mais on peut regretter que ça démarre aussi tard. Il serait opportun d’associer un comité citoyen à la réalisation de ce plan, parce que dans un an, vous ne serez plus là. Aujourd’hui, l’eau est peut-être bonne avec des normes, vous nous demandez de ne plus nous inquiéter de l’eau du puits n°1, mais nous avons été contaminés pendant des années. C’est inacceptable, on ne veut plus de l’eau du puits n°1 dans notre réseau de distribution », martèle Sylviane. Elle exhorte la salle à se lever pour appuyer sa demande. Elle s’exécute.

Tellier favorable à la création d’un comité de suivi citoyen

« Je n’ai pas d’objection à la création d’un comité de suivi citoyen. Je n’ai pas non plus de souci si on peut se passer du puits n°1, mais il y aura un problème de quantité », répond Céline Tellier.

Les mains se lèvent dans la salle pour s’exprimer. Le modérateur, Pascal François, gérant-fondateur de la société de communication, AFP Pro Management, s’excuse de ne pouvoir donner la parole à tout le monde dans l’assemblée. « Il y a eu une incurie administrative irresponsable de la part de la SWDE, de la ministre et de l’administration dans ce dossier. Vous nous affirmez avec arrogance et insolence que l’eau est potable, alors qu’elle est contaminée et qu’elle contient encore des PFAS. Que signifie une eau potable contaminée ? C’est dangereux, on en ras le bol », tonne Patrick Defays. Il reproche un manque d’ambition à la Région wallonne.

Céline Tellier manque cruellement d’empathie et ne mesure pas le désarroi, ni la colère de la population. Elle est froide et trop technique. Elle aurait dû démissionner. 

Les citoyens de Chièvres en veulent à la Sociéét wallonne des eaux (SWDE). D. R.

La ministre Tellier dit comprendre « la colère de la population par rapport à un problème de communication lors des dépassements d’octobre 2021 à mars 2023. Je réitère mes excuses ». Elle se dit favorable à l’instauration du seuil de 4ng/l pour les 4 PFAS les plus dangereux. Son mea culpa ne convainc pas. « Elle essaie de se racheter, mais le mal est fait. Elle ne rassure pas, elle manque cruellement d’empathie et ne mesure pas le désarroi, ni la colère de la population. Elle est froide et trop technique. Elle aurait dû démissionner », analyse Marc, venue avec sa compagne qui est membre de la locale d’Ecolo.

Colère de Jacqueline Galant

« En octobre 2021, l’info avait circulé qu’il y avait un problème de pollution, on a arrêté de boire l’eau du robinet pendant un mois, mais on ne nous a plus rien dit après et on a recommencé à boire l’eau du robinet et après 2 ans, on découvre qu’on nous a laissé boire de l’eau contaminée pendant tout ce temps. Tous les partis ici à Chièvres savaient qu’il y avait quelque chose », renchérit la compagne de Marc.

Je n’ai pas d’objection à la création d’un comité de suivi citoyen. Je n’ai pas non plus de souci si on peut se passer du puits n°1.

« J’interviens en tant que bourgmestre et je suis fâchée, parce qu’on a reçu un courrier en août 2021 et puis, plus rien jusqu’au 22 novembre 2023. e n’ai pas d’objection à la création d’un comité de suivi citoyen. Je n’ai pas non plus de souci si on peut se passer du puits n°1», s’emporte calmement Jacqueline Galant, bourgmestre de Jurbise. Pour toute réponse, Céline Tellier met son intervention sur le compte d’une démarche politicienne.

BELGA

La députée-bourgmestre de Jurbise, Jacqueline Galant (MR, photo) se dit fâchée sur la ministre wallonne de l’Environnement, Céline Tellier (Ecolo). (BELGA PHOTO Bruno FAHY).

La santé n’a pas de prix

Dominique a habité Chièvres de mars 2021 à début 2023. Elle est venue avec des documents dont un courrier qu’elle a envoyé le 8 septembre 2021 à la SWDE demandant des explications sur la pollution à l’époque, elle a reçu une réponse de la « Wallonne des eaux » le 19 octobre 2021. « Ce n’est pas normal comme délai », déplore-t-elle. « Les gens ont le sentiment d’avoir été trompés. Il nous faudra du temps pour rétablir la confiance. C’est à nous de mettre tout en place pour ce faire », observe Pol Gosselin.

Bourgmestre de Chièvres, Olivier Hartiel (PS) affirme qu’une liste de 800 adresses est déjà établie afin d’envoyer un courrier demandant aux destinataires leur accord pour le passage des experts de l’Issep en charge des prélèvements. « Nous attendons encore des réponses du cabinet Tellier et de la SWDE, mais on a attendu trop longtemps pour mettre en place le plan d’action. La santé n’a pas de prix », conclut-il. Les prélèvements devraient commencer le 4 décembre.