TEMOIGNAGE D'UNE VICTIME D'UN IMPLANT POUR UNE HERNIE

Victime d’un implant défectueux et souffrant le martyre, le comédien français Arnaud Denis demande l’euthanasie en Belgique

BELGA/AFP

Le comédien et metteur en scène français de 42 ans (trois fois nommé aux Molières 2025) n’en peut plus des douleurs atroces qui le handicapent depuis la pose d’une prothèse en polypropylène pour une hernie inguinale (à l’aine) en juillet 2023. Il est également confronté à une perte d’autonomie. Ne pouvant plus supporter ses souffrances, il a initié une démarche pour subir une euthanasie en Belgique en 2026. Il a aussi déposé plainte contre X pour « blessures involontaires ». Il a créé un groupe Facebook qui recueille les témoignages des victimes françaises de prothèses de hernie, il compte environ 1.600 membres.

Se battant depuis plus de deux ans contre des douleurs intenses depuis la pose, en juillet 2023, d’une prothèse en polypropylène pour soigner une hernie inguinale à l’aine, le comédien et metteur en scène français, Arnaud Denis (42 ans) a initié des démarches en Belgique pour se faire euthanasier. Il a un premier rendez-vous fin janvier 2026 pour un entretien préalable à sa demande. C’est ce qu’il a confié récemment à nos confrères de « L’Est républicain ». « Je ne peux plus sortir de chez moi, je n’ai plus de vie sociale, je n’ai plus de vie du tout. On ne peut pas m’aider. Les médecins n’ont plus rien à me proposer », confie-t-il.

Je ne peux plus sortir de chez moi, je n’ai plus de vie sociale, je n’ai plus de vie du tout. On ne peut pas m’aider. Les médecins n’ont plus rien à me proposer.

Un metteur en scène reconnu

Avant l’opération qui allait totalement changer son quotidien et le rendre insupportable, l’artiste avait toute la vie devant lui et avait certainement des projets. Il avait été nominé directement aux Molières 2025 (36ème édition) pour avoir brillamment mis en scène la pièce « Les liaisons dangereuses » dans les catégories « metteur en scène d’un spectacle de Théâtre privé » et « pièce du Théâtre privé ». Par ailleurs, Delphine Depardieu a décroché le « Molière de la Comédienne dans un spectacle de Théâtre privé » pour sa prestation dans la pièce qu’il a mise en scène.

Mais sa vie est devenue aujourd’hui un calvaire au point qu’il veuille la quitter tranquillement en toute possession de ses moyens malgré le combat qu’il mène contre les implants en polypropylène. Il relatait d’ailleurs sa souffrance dans un témoignage posté le 2 août 2025 sur la page Facebook qu’il a créé pour dénoncer le phénomène.

Je ne peux presque plus marcher. Je ne peux plus tenir mon dos. J’ai peur. Je n’ai plus de voûtes plantaires, mes pieds me font mal, ma colonne vertébrale se déforme et se tasse sur elle-même.

« Chers amis, deux ans ce mois-ci. Deux ans que je me dégrade inexorablement depuis l’implantation de cette prothèse de hernie en polypropylène qui a détruit mon corps et mon système immunitaire, malgré une opération de 4h pour la faire retirer aux États-Unis. C’était trop tard, le mal était fait. Ce soir, je vous écris ici car j’ai le cœur lourd. Je ne peux presque plus marcher. Je ne peux plus tenir mon dos. J’ai peur. Je n’ai plus de voûtes plantaires, mes pieds me font mal, ma colonne vertébrale se déforme et se tasse sur elle-même. Je suis descendu à 68 kilos alors que j’en pesais 86 avant l’opération », écrit-il en août dernier sur la page « Victimes françaises de prothèses de hernie » qui compte environ 1.600 membres.

L’actrice française Delphine Depardieu réagit après avoir reçu le Molière d’interprétation féminine dans un théâtre privé pour la pièce « Les Liaisons dangereuses », mise en scène par Arnaud Denis, lors de la 36e cérémonie des Molières, la plus haute distinction théâtrale française, aux Folies Bergère à Paris, le 28 avril 2025. (Thomas SAMSON / AFP).

Arnaud Denis cible des responsables

Les douleurs extrêmes ont commencé quelques jours après l’opération pour la pose d’un implant Medtronic en polypropylène à la clinique Ambroise Paré à Paris. Il évoque notamment un testicule qui noircit, une perte d’audition et d’appétit, une asthénie, des saignements urinaires et digestifs ainsi que des troubles sensoriels et une perte de poids, etc. L’opération réalisée en avril 2024 aux USA (elle a coûté 40.000 euros) pour retirer l’implant n’a pas changé grand-chose : son état général a continué à se dégrader même si les douleurs ont légèrement diminué.

Je vis comme un patient cancéreux en phase terminale

Aujourd’hui, il dit vivre « comme un patient cancéreux en phase terminale ». Dans le témoignage sur la page Facebook, il explique qu’un neurologue lui a diagnostiqué en 2024 le syndrome ASIA (Autoimmune syndrome induced by adjuvants). Il s’agit en fait de l’apparition de symptômes auto-immuns et inflammatoires rares provoqués par un adjuvant (silicone des implants, vaccins, etc.). Le syndrome ASIA se manifeste par différents symptômes (fatigue intense, douleurs articulaires/musculaires chroniques, troubles cognitifs, insomnies, etc.).

Il cible plusieurs responsables de son malheur.

« J’accuse Johnson & Johnson et les autres fabricants d’implanter des produits incompatibles avec le corps humain. J’accuse les chirurgiens de ne pas informer les patients des risques encourus, qui sont lisibles sur la notice. J’accuse l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, ndlr) et les réglementations européennes trop laxistes qui favorisent un marché cupide plutôt que la santé des patients. Gardez ma vérité intacte. Ils m’ont volé mon corps, mes muscles, ma digestion, ma sexualité, ma santé, ma carrière, mon autonomie. Ils m’ont volé tout ce qui constitue la dignité d’une vie d’homme », dénonce l’homme de théâtre, devenu lanceur d’alerte, sur la page Facebook.

BELGA

Centre de distribution de Medtronic en Flandre. Photo prise en février 2018. (BELGA PHOTO YORICK JANSENS)

Le fabricant Medtronic rejette toute responsabilité

Dans un courrier que lui a envoyé Medtronic et que nos confrères de « L’Est républicain » ont pu lire, le fabricant de la prothèse se montre rassurant.

« À ce jour, au regard de l’ensemble des investigations et données de matériovigilance portées à sa connaissance, Medtronic conclut à la conformité du modèle de prothèse (…). Les données de suivi continuent de présenter un rapport bénéfice-risque positif », indique la société. Elle le renvoie vers les praticiens. « Les risques éventuels de douleurs ainsi que d’autres risques liés à la chirurgie sont évoqués dans les documents d’information disponibles, les professionnels de santé demeurant les interlocuteurs privilégiés des patients implantés sur ce sujet ».

À ce jour, au regard de l’ensemble des investigations et données de matériovigilance portées à sa connaissance, Medtronic conclut à la conformité du modèle de prothèse

Il va porter plainte contre X pour « blessures involontaires », parallèlement à une plainte collective qui se prépare contre les implants anti-hernie. Arnaud Denis se doute qu’il ne verra pas l’issue des enquêtes qui seront menées. « J’ai le corps d’un centenaire. Ils comprendront tout ça dans 20, 30 ou 50 ans. Mais combien de victimes entre-temps ? Combien de vies volées ? Promettez-moi de continuer le combat pour moi, en mon nom, si jamais je ne m’en sors pas. Mes forces m’abandonnent. Ne les laissez pas dire que ça ne « venait pas de l’implant », que je « faisais une dépression ». Ils m’ont humilié, ils ne m’ont pas cru, pendant deux ans de souffrance continue. Je n’ai jamais pu retrouver mon corps malgré mes efforts », poursuit-il dans son post Facebook.

Ph. Law.

(Les acteurs français Arnaud Denis et Marilyne Fontaine répètent la pièce « L’importance d’être sérieux », d’après le roman d’Oscar Wilde, mise en scène par Gilbert Desveaux, le 11 janvier 2013 au théâtre Grammont de Montpellier. Photo : BELGA/AFP).