EDITO

Afghanistan : quel gâchis !

AFP

Vingt ans après avoir envahi l’Afghanistan, les USA et leurs alliés occidentaux ont décidé de quitter le pays. Et pourtant, la mission première qu’ils s’étaient fixés est loin d’être remplie. L’objectif était de chasser les Talibans du pouvoir et de sécuriser ce pays d’Asie centrale de près de 40 millions d’habitants. On est loin du compte.

En effet, les Talibans, des islamistes rigoristes, sont accusés d’avoir accueilli et soutenu les membres du mouvement Al-Qaïda, auteur des attentats du 11 septembre 2001 qui ont fait plus de 3.000 morts aux USA. Certes, le pays de l’Oncle Sam et ses alliés européens ont éjecté les Talibans du pouvoir, mais fort est de constater que ceux-ci ont pris leur mal en patience et qu’ils sont plus déterminés que jamais à reprendre la direction de la république islamique. L’annonce du départ des USA et de leurs alliés, qui sera effectif au 31 août, les a d’ailleurs revigorés quand on voit la vitesse avec laquelle ils sont en train de reconquérir les villes, une à une, laissant derrière eux d’innocentes victimes. Pire encore, ils installent un pouvoir islamique avec ses dérives marquées par la charia où la liberté d’expression, la liberté de croyance et la liberté des femmes sont bannies.

Quel gâchis ! Car vingt ans après l’arrivée des Américains et de leurs alliés occidentaux, suscitant l’espoir de l’installation d’une vie politique apaisée où les libertés minimales de base reconnues à chaque citoyen seront respectées, le pays du commandant Massoud, le Lion du Panshir, également assassiné par Al-Qaïda, revient malheureusement à la case départ. Quel gâchis quand on voit le coût financier et les pertes en vies humaines de la présence des USA et de leurs alliés dans le pays durant toutes ces années. Selon des estimations, on dénombre plus de 2.300 militaires américains tués et plus de 20.000 blessés ainsi que des centaines de morts parmi les autres nationalités (britanniques, etc.). Le coût financier pour les Américains est évalué à environ 1.000 milliards de dollars. Mais ce sont les Afghans qui ont payé le plus lourd tribut durant cette guerre de tranchées avec les Talibans : près de 60.000 membres des forces de sécurité tués et environ deux fois plus de civils disparus.

En prenant la décision de quitter l’Afghanistan, le nouveau président américain, Joe Biden honore la promesse faite à son peuple de ramener ses ressortissants à la maison. Mais il met le monde et les Afghans en danger. Il n’est pas exclu que les Talibans adoucissent leur position d’antan, mais difficile de penser qu’ils vont subitement tourner le dos à Al-Qaïda. Il est fort à parier que ce mouvement terroriste va reconstruire une nouvelle base arrière en Afghanistan, source de menace pour la paix mondiale. On n’ose pas imaginer le règne (de terreur ?) sous lequel vont bientôt vivre les femmes, les filles et tout citoyen afghan avec le retour des Talibans au pouvoir. Quant au reste du monde, il n’aura pas d’autres solutions que de renforcer sa sécurité, d’approfondir la coopération entre les différents pays et d’augmenter les moyens de ses services secrets. Il pourrait aussi pratiquer la politique de la main tendue aux Talibans, futurs maîtres de Kaboul. Mais avec prudence et vigilance.

Quid des Afghans qui ont déjà fui ou qui se jetteront bientôt sur le chemin de l’exil au risque d’y perdre la vie ? Il faudra leur garantir l’asile. Alors pourquoi la Belgique ne suit pas l’exemple de pays comme l’Allemagne et les Pays-Bas en mettant sur pause les expulsions d’Afghans déboutés du droit en asile dans l’attente de l’évolution de la situation dans leur pays ?