Opinion

Transports : la gratuité n’existe pas


Dans une interview accordée samedi à nos confrères du « Soir », le président du PS, Paul Magnette plaidait pour la gratuité totale des transports en commun, notamment pour le transport ferroviaire. Pour ce dernier exemple, il cite une enveloppe de 700 millions d’euros par an pour couvrir le manque à gagner pour l’entreprise ferroviaire, SNCB. Pour financer une telle mesure, l’ancien ministre des Entreprises publiques (SNCB, bpost, etc.) propose par exemple de taxer davantage des comptes-titres. Et pour justifier une telle mesure, il met en avant la lutte contre le réchauffement climatique, car d’après lui, la gratuité des transports devrait garantir un transfert modal des passagers et des marchandises de la route vers les trains et les bus.

Aujourd’hui, une grande majorité de la population est consciente de l’enjeu environnemental, de l’utilisation rationnelle de l’énergie ainsi que des ressources naturelles, car ces dernières sont loin d’être illimitées. Les Etats prennent des mesures pour lutter contre la pollution, même si pour l’instant, elles sont insuffisantes. La sensibilisation en vue d’une préservation de la nature et de laisser une terre plus saine pour les générations à venir se poursuit et il ne faut surtout pas baisser les bras. Mais avancer aujourd’hui la gratuité des transports en commun comme l’une des solutions pour motiver la population à se tourner vers les trains et les bus est illusoire. Elle peut certes séduire sur le plan théorique, mais la pratique risque de se heurter à différents obstacles et problèmes.

D’abord, sur le plan budgétaire. La gratuité n’existe pas. Il y a toujours quelqu’un qui paie quelque part. Aux dernières nouvelles, la Belgique croule déjà sous une dette de plus de 580 milliards d’euros et creuser davantage le déficit ne ferait que reporter la charge de la dette sur les générations futures qu’on veut justement préserver. Car le financement d’une telle mesure risque probablement de se faire avec de l’argent que l’Etat n’a pas et qu’il faudra emprunter pour ce faire. L’autre solution serait de taxer encore un peu plus les actifs et, à ce petit jeu, c’est souvent la classe moyenne qui risque de se retrouver comme le cochon payeur. Celui-ci est aujourd’hui trop chargé par toutes sortes de taxation.

Ce que demandent surtout les navetteurs ou les usagers des transports en commun, ce n’est pas la gratuité du service, mais plutôt une offre de qualité (ponctualité, régularité, etc.), mieux calibrée pour garantir une meilleure connexion entre les différents modes de transport public.

Ensuite, la proposition du président du PS manque de cohérence. Car, à l’époque où il était ministre des Entreprises publiques, notamment de la SNCB en 2012, Paul Magnette avait défendu la libéralisation du transport national de voyageurs par train portée par la Commission européenne (quatrième paquet ferroviaire). Venir plaider aujourd’hui pour un financement public du transport ferroviaire est une démarche à tout le moins paradoxale après avoir poussé à la libéralisation du transport national des voyageurs par rail ouvrant ainsi la voie à la privatisation du secteur.

Ce que demandent surtout les navetteurs ou les usagers des transports en commun, ce n’est pas la gratuité du service, mais plutôt une offre de qualité (ponctualité, régularité, etc.), mieux calibrée pour garantir une meilleure connexion entre les différents modes de transport public. Or, cet objectif n’est pas encore atteint. Par ailleurs, la formation politique que dirige Paul Magnette a fait partie de Gouvernements qui ont imposé des économies au groupe ferroviaire belge (SNCB, Infrabel) réduisant ainsi sa capacité d’investissement pour améliorer son offre et l’obligeant à réduire les effectifs plus que de raison. Et puis, pour finir, quelle valeur ou quel respect accorde-t-on vraiment à ce qui est gratuit ? Dans la plupart des cas, peu… A l’analyse, c’est plutôt dans une offre de qualité et riche qu’il faut investir pour espérer arriver à un transfert modal.


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