La directrice du théâtre de Moscou démissionne : la guerre froide est aussi culturelle

Malgré la propagande du Kremlin et la menace clairement communiquée à la population de mesures de rétorsions, des Russes osent dire « non » à la guerre. Alors que des manifestations se poursuivent depuis quelques jours dans le pays, la Culture s’insurge à son tour. La directrice du théâtre d’État et du Centre culturel Vsevolod Meyerhold, du nom du metteur en scène victime de la répression de Staline en 1939, a annoncé sa démission sur les réseaux sociaux pour protester contre l’invasion russe de l’Ukraine. Directrice artistique de l’institution depuis 2013, Elena Kovalskaya en avait pris la direction en 2020. A travers du #StopPoutine, en Russie, comme ailleurs dans le monde, le milieu culturel s’oppose aux agissements du Président russe.
« Mes amis, en protestation contre l’invasion en Ukraine, je démissionne du poste de directrice du théâtre d’État », a indiqué Elena Kovalskaya sur les réseaux sociaux. Elle dénonce une guerre contre « le fraternel peuple d’Ukraine ». Elle estime qu’« il est impossible de travailler pour un meurtrier et de toucher un salaire de lui ». « Ne sous-estimez jamais le pouvoir des arts », ponctue-t-elle. Elena Kovalskaya symbolise aujourd’hui la résistance de la création artistique en Russie face à l’oppression politique.
« Il est impossible de travailler pour un meurtrier »
D’autres célébrités du milieu culturel russes ont aussi appelé, au péril de leur carrière, à la paix entre les deux pays. « Non à la guerre », a publié sur Instagram l’acteur et animateur Ivan Urgant, le roi des programmes télévisés de fin de soirée en Russie. Oxxxymiron, le rappeur le plus populaire du pays, s’est aussi déclaré contre l’invasion de l’Ukraine dans une vidéo partagée sur les réseaux sociaux. Il a également annulé des concerts prévus à Moscou et à Saint-Pétersbourg.
Les artistes n’ont toutefois pas franchi la ligne rouge. Le nom de Vladimir Poutine n’a pas été directement mentionné. Le message envoyé par le chef de l’Etat depuis le début des opérations est très clair : tout commentaire négatif sur sa décision d’entrer en guerre sera considéré comme une trahison par le maître du Kremlin.

Copyright : Théâtre d’Etat de Moscou – Facebook
L’onde de choc provoquée par l’invasion de l’Ukraine se répercute culturellement par-delà les frontières russes. Cette année, la Russie ne pourra pas participer au concours Eurovision de la chanson. « Nous restons déterminés à protéger les valeurs d’un concours culturel qui favorise les échanges internationaux et la compréhension mutuelle, rassemble les publics, célèbre la diversité à travers la musique et unit toute l’Europe sur une même scène de spectacle », a précisé l’Union européenne de Radio-Télévision (UER), dans un communiqué.
Une censure culturelle internationale
Des mesures contre la présence artistique russe ont également été prises dans plusieurs pays d’Europe et aux Etats-Unis. Au Royaume-Uni, la Royal Opera House a annulé la venue prévue du Ballet du Bolchoï à Londres. Au Carnegie Hall de New York, le chef d’orchestre russe Valery Gergiev, Directeur général du célèbre théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg et proche de Poutine depuis 1992, a été remplacé.
L’orchestre philharmonique de Zagreb a annulé deux œuvres du compositeur russe Piotr Illitch Tchaïkovski qui devaient être jouées vendredi soir dans la capitale. En Estonie, le théâtre Vaba Lava a annulé les Journée de Saint-Pétersbourg prévues à Narva du 1er au 5 Mars.
En Slovaquie, l’Orchestre Philharmonique National a supprimé de son programme une partie de la Cantate Alexandre Nevski de Prokofiev, qui retrace les luttes du jeune prince russe, pour éviter d’éventuels malentendus à propos du texte de cette œuvre. En Lettonie, le groupe renommé de rock BrainStorm a annulé sa tournée en Russie, tandis que l’Opéra national a annoncé que son orchestre jouerait l’hymne national de l’Ukraine Chtche ne vmerla Ukraïna avant chaque concert et n’inviterait plus d’artistes de l’étranger qui ne condamnent pas l’attaque russe.
Enfin, en Pologne, le vice-ministre de la Culture Jaroslaw Sellin, tout en évoquant la beauté de la culture, de la musique et de la littérature russes, a déclaré qu’une coopération culturelle avec la Russie ne lui semblait actuellement plus possible aux vues des folles conceptions néo-impériales du pouvoir russe. La guerre froide entre la Russie et l’Occident est aussi culturelle.
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