Société

Mutilations génitales : une pratique patriarcale pour garder le contrôle sur la sexualité des femmes


Il n’y a pas que le 8 mars qui compte. Chaque jour qui passe où une femme souffre de violences sexuelles est un jour qui compte. Pour nous rappeler qu’en Belgique, ce sont 26.000 personnes qui sont soit excisées soit à risque, début février, un clitoris de 5 mètres de haut a été installé, place de la Monnaie à Bruxelles, par le Groupe pour l’Abolition des Mutilations Sexuelles (GAMS). L’ablation totale ou partielle des organes génitaux féminins extérieurs, à des fins non thérapeutiques, imposée aux filles et aux femmes, est un acte patriarcale barbare. Deux victimes guinéennes témoignent.

Copyright : GAMS Facebook

Plus de 200 millions de filles et de femmes vivant actuellement dans 30 pays d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Asie ont subi une clitoridectomie, une excision ou une infibulation. Dans certaines cultures, les femmes sont considérées comme « impures » et « non aptes au mariage » si elles ne subissent pas de mutilations génitales féminines (MGF).
Selon l’UNICEF, « même lorsqu’elles sont conscientes des répercussions sur la santé physique et psychologique de leurs filles, les familles préfèrent perpétuer la pratique pour ne pas subir de jugements moraux ou de sanctions sociales ». Depuis 1996, le GAMS Belgique (ASBL) lance des actions de sensibilisation. Les hommes sont particulièrement interpellés à s’investir dans la lutte contre les stéréotypes culturels, un projet soutenu par le programme Daphné de l’Union Européenne, avec le soutien de la direction de l’égalité des chances et de l’Institut de l’Egalité entre les femmes et les hommes (IEFH).

L’OMS rappelle que l’excision est une violence de genre et une atteinte grave aux droits des femmes

Des vacances en enfer

Les vacances d’été sont particulièrement propices à cette pratique : 3 filles sur 10 de parents issus de pays pratiquant les MGF sont menacées d’être excisées au pays. C’est quelque chose dont elle n’a jamais pu parler en famille.

Et pourtant, Kadhou, guinéenne, a subi la pire forme de mutilation génitale qui soit : l’infibulation, c’est-à-dire l’ablation, sans anesthésie, du clitoris, des petites lèvres et de l’essentiel des grandes lèvres, puis la couture de ce qui subsiste de ces dernières : « j’avais 13 ans et  ma petite sœur 8 ans. Nous sommes parties heureuses en vacances au pays. Notre enfance s’est arrêtée cette année-là. Un matin, on nous a réveillées tôt. Quatre femmes sont arrivées. L’une d’entre elles a mis de l’eau à chauffer, une autre s’est jetée sur moi, m’a attrapé les deux bras et m’a attirée vers les toilettes. Elle m’a plaquée au sol et est restée à cheval sur ma poitrine pendant que deux autres me tenaient les pieds. La quatrième m’a écarté les jambes. Je n’ai pas vu le couteau arriver, mais j’ai senti la douleur m’arracher le ventre et j’ai hurlé, et puis le sang, beaucoup de sang… Tout de suite, elles m’ont dit qu’il ne fallait pas pleurer. Elles disent que c’est la honte quand on pleure ! Elles ont fini leur travail. J’étais à moitié sonnée, mais quand je les ai vues, quelques minutes plus tard, attraper Binta, ma petite sœur j’ai  hurlé : « nooon ! S’il vous plaît, pas ma petite sœur ! » Et elles l’on fait à elle aussi… ».

Tout comme celui de Kadhou, les témoignages sont légion. Sous couvert culturel, des femmes sont privées de plaisir par un acte barbare et sans le moindre respect des règles d’hygiène. L’OMS rappelle que l’excision est une violence de genre et une atteinte grave aux droits des femmes. les plus chanceuses souffriront toute leur vie de maux de ventre et de douleurs intenses à chaque rapport sexuel. Pour les autres, elles attraperont, par manque de soins, le tétanos, le sida ou deviendront stériles. Dans les cas les plus extrêmes, l’hémorragie de l’excision sera si importante, qu’elles y trouveront la mort.

Le nombre de filles et de femmes excisées ayant subi ou à risque de subir une mutilation génitale féminine vivant en Belgique a doublé en 5 ans.

Selon le GAMS, chaque année, en moyenne 1500 femmes excisées accouchent dans une maternité belge et nécessitent un suivi particulier. La cicatrice de l’excision peut ne pas s’ouvrir au moment de l’accouchement. Sans prise en charge appropriée, les poussées de la maman sont inefficaces et e bébé risque de mourir in utero. Aux complications gynéco-obstétricales, se rajoutent les troubles psychosexuelles.

En Belgique aussi…

Ce moyen pour les hommes de contrôler la sexualité des femmes n’appartient pas qu’à d’autres continents. Si le sujet demeure tabou, le nombre de filles et de femmes excisées ayant subi ou à risque de subir une mutilation génitale féminine vivant en Belgique a doublé en 5 ans. Selon la dernière étude de la prévalence du SPF Santé Public, mise à jour le 4 février 2019, on estime que vivent en Belgique 17.575 filles et femmes excisées et 8.342 à risque de l’être, soit 25.917 au total dont 9.164 mineures. Cette explosion des chiffres s’explique par le fait que notre pays a dû faire face à une crise migratoire avec un afflux de familles syriennes et irakiennes, mais aussi des familles d’Afrique de l’Est comme la Somalie et l’Erythrée, pays à forte prévalence de MGF.

Les cinq nationalités les plus représentées sont la Guinée, la Somalie, l’Egypte, l’Ethiopie et la Côte d’Ivoire. Les principales villes concernées sont Bruxelles, Anvers et Liège. C’est le côté néerlandophone du pays qui est le plus à risque.

 

 

Des sanctions pénales

L’article 38 de la Convention d’Istamboul et l’article 3 de la Convention Européenne des droits de l’Homme rappellent qu’« aucune raison liée à la culture, la coutume, la religion, la tradition ou le prétendu ‘honneur’ ne saurait justifier les mutilations sexuelles féminines ». La Belgique a voté une loi spécifique punissant pénalement l’excision. L’article 409 du Code pénal (entré en vigueur le 27 mars 2001) prévoit une peine de 3 à 5 ans de prison pour « quiconque aura pratiqué, facilité ou favorisé toute forme de mutilation des organes génitaux d’une personne de sexe féminin, ou tenté de le faire, avec ou sans consentement de celle-ci. »
Circonstance aggravante, si elle est pratiquée sur une mineure d’âge, parents et exciseurs, en ce compris un médecin, sont passibles d’une peine de 5 à 7 ans de réclusion.

Face à cette pénalisation de l’acte, il serait logique de penser que le risque d’excision diminue dans notre pays. Il n’en est rien. Si plusieurs cas d’excisions perpétrés en France y ont déjà été jugés, cette pratique terrifiante demeure toutefois insuffisamment signalée à la justice dans notre pays et, a fortiori, insuffisamment condamnée.

 

Toute personne qui a connaissance d’un risque d’excision doit signaler les fillettes en danger pour les protéger en s’adressant à l’Asbl INTACT ou au SAJ (Service d’Aide à la Jeunesse : www.aidealajeunesse.cfwb.be). En cas d’extrême urgence, appelez le n° 101 (police) ou le n° 112 (numéro d’appel d’urgence européen).
Vous avez besoin d’un suivi ? Depuis le 1er mars 2014, deux centres de référence, l’UZ Gand et le CHU St-Pierre, proposent une prise en charge multidisciplinaire des femmes excisées.
Plus d’infos sur : http://www.gams.be/

 


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