EDITO

L’insécurité ne se limitera pas à Kaboul

D.R.

A quelques jours du départ définitif (fixé au 31 août) des Etats-Unis et de leurs partenaires occidentaux d’Afghanistan, le groupe terroriste Etat islamique a frappé fort jeudi soir, donnant ainsi un aperçu de sa capacité de nuisance et de l’insécurité qu’il entend instaurer dans ce pays d’Asie centrale. Deux attentats suicides ont fait des dizaines de morts dont une douzaine de militaires américains aux portes de l’aéroport de Kaboul.

Cet attentat ne fait que confirmer la tragédie tant redoutée et qui était prévisible au regard de la situation dans le pays. Il confirme également que le moment choisi par les Alliés pour quitter définitivement le pays n’était pas opportun et que les militaires afghans n’étaient pas prêts pour prendre en main en main la sécurité de la population. Personne ne dit qu’il faut rester indéfiniment en Afghanistan, mais les Etats-Unis et les Occidentaux avaient tous les moyens à leur disposition pour procéder à une analyse efficace des risques. Si ce travail, qui aurait nécessité une contribution et une collaboration des différents services secrets, avait été fait, les Alliés auraient tout de suite compris que le risque d’un développement de l’activité terroriste dans le pays était trop élevé.

Les attentats suicides de jeudi soir sont un échec tant pour les Américains que pour les Talibans et les Européens. Pour les Etats-Unis, c’est justement ce qu’ils voulaient éviter en décidant de quitter l’Afghanistan qui se produit et le président Joe Biden sera tenu pour responsable de la mort des militaires américains. Certes, la décision de quitter l’Afghanistan avait été prise par son prédécesseur Donald Trump, mais il n’était pas obligé de l’exécuter. Il pouvait valablement opter pour le maintien des GI’s pour quelque temps encore en expliquant justement le risque trop élevé des attentats terroristes. Lui et ses conseillers ont mal jugé la situation. Ils ont donc commis une faute qui place aujourd’hui la population qui aspire à vivre en paix entre le marteau (les Talibans qui vont leur imposer les principes de la charia et la réduction drastique des libertés) et l’enclume (les terroristes qui vont instaurer une insécurité dans le pays).

Les terroristes vont non seulement exporter leur guerre sur d’autres continents, mais ils vont aussi faire des adeptes, ce qui aura pour conséquence d’accroître la menace dans le monde.

Les attentats de jeudi soir sont également un échec pour les Talibans car ils démontrent qu’ils ne peuvent tenir leur engagement de faire en sorte que l’Afghanistan, sous leur pouvoir, ne devienne encore la base arrière du groupe terroriste Etat islamique. Ils sont aussi un échec pour les Européens qui n’ont pas su faire entendre une autre voix et se sont contentés de suivre ou de subir (aveuglément ?) la décision des Américains de quitter l’Afghanistan.

Mais qu’on ne s’y trompe pas. L’insécurité ne se limitera pas à l’Afghanistan et sa capitale Kaboul. Non. Le développement de l’activité terroriste dans ce pays d’Asie centrale menace la stabilité et la quiétude relatives du monde entier, tant en Europe qu’en Amérique et en Afrique. Les terroristes vont non seulement exporter leur guerre sur d’autres continents, mais ils vont aussi faire des adeptes, ce qui aura pour conséquence d’accroître la menace et l’instabilité dans le monde. Quel funeste dessein. Et pourtant, cette triste évolution de la situation était prévisible. Au lieu de s’enfermer dans une décision de départ d’Afghanistan, prise par Donald Trump, il aurait mieux fallu réévaluer la situation avec sérénité et sans précipitation. Car quand une action échoue, comme ça semble être le cas maintenant, c’est qu’il y avait forcément une autre option, mais qu’on ne l’a pas prise.